Bourges 13 juin 2009

13 JUIN 2009 :

SEANCE SOLENNELLE

A L'HOTEL DE VILLE DE BOURGES



            "Le soleil se renouvelle chaque jour. Il ne cesse d'être éternellement nouveau", a écrit Héraclite. Un soleil voulu généreux a, en effet, baigné le 13 juin dernier, les magnifiques Salons de l'Hôtel de Ville de Bourges, où s'est tenue la séance solennelle de Printemps de notre Académie


            Après une visite - savamment guidée - de la cathédrale Saint-Etienne et de sa crypte, membres et invités ont pu partager un excellent déjeuner auquel assistait M. le Ministre Serge Lepeltier, servi dans l'un des Salons d'honneur : un temps de convivialité apprécié dans cet espace inondé de lumière et de la brillance des cristaux.


            Puis, présidée par M. Alain Bilot, Officier des Arts et des Lettres, la séance solennelle a débuté. Entre une superbe toile du peintre le plus connu de Bourges au XVIIème siècle (Jean Boucher) et son buste en marbre, avait pris place une bonne cinquantaine de personnes attentive – sous le plafond décoré de motifs allégoriques – aux discours qui devaient pertinemment composer le programme de cet après-midi.

            Un hommage fut d'abord rendu par le Chancelier - M. le Professeur Bazot - à notre regretté, dévoué et sympathique clavaire honoraire, récemment décédé : M. Philippe Deloup, dynamique acteur du rayonnement de nos activités académiques, si intensément impliqué dans la vie de notre institution de 1982 à son départ dans le Midi.

            Le Président, Alain Bilot, présenta ensuite le récipiendaire reçu au cours de cette séance : le grand reporter et historien Jean-Yves Montagu. Né tout près de Valençay, passionné d'écriture et d'enquêtes, ce Berrichon - qui couvrit le premier "Paris-Dakar", y connut des conditions extrêmes et œuvra avec le très célèbre Yann Arthus Bertrand - a sillonné le monde. Avec la volonté de défier les audaces tout en cultivant la sensibilité, il parcourut tout particulièrement, l'Afrique et le Moyen-Orient où il réalisa de grandes      enquêtes : un genre journalistique qui lui a ainsi permis, comme il l'avait toujours souhaité, de "donner un sens à l'aventure" et ce, en dépit des modes… "Son éthique exigeante", remarque Alain Bilot, "l'incite à vérifier sans cesse l'exactitude de ses sources, manier la langue française avec précision, être à l'écoute de tous" : un professionnalisme qui le conduisit à collaborer à de nombreux médias, rédiger différents guides, intégrer divers milieux (notamment, nomadiser avec les derniers Bédouins d'Arabie ou vivre le quotidien de moines cisterciens). Historien avisé, J. Y. Montagu a prouvé combien il était attaché à la terre de ses racines, lui qui n'hésite pas à assimiler le Berry à "une œuvre d'art". Devenu le spécialiste de la guerre secrète en Berry, il avait choisi précisément de centrer son discours de réception sur l'empreinte écossaise en Berry, de la guerre de Cent Ans à la Seconde Guerre mondiale.

Avec une rigueur de chercheur et la quête de la richesse du détail, Jean-Yves Montagu fit bénéficier l'assistance, d'une remarquable prestation, très documentée, qui fut le reflet même de sa fascination pour l'ancrage d'une grande histoire relationnelle "France-Ecosse" : des liens, des actes fondateurs associant spirituellement et matériellement des Ecossais au destin de la France. En faisant référence à ses ancêtres écossais venus en Berry il y a quelque 590 ans et sachant véhiculer beaucoup de passion doublée d'une touche émotionnelle, J. Y. Montagu nous a transportés dans un espace "temps", bien antérieur à 1419 (date officielle de la rencontre Berry-Ecosse).

            Jouant avec les matériaux historiques, la symbolique, l'imaginaire, le Merveilleux celtique et la musicalité des mots, J. Y. Montagu usa d'un discours érudit et tout en nuances pour décrypter les influences, valoriser l'impact d'une transcendance évidente : un discours habile qui permit de démystifier la notion importante pour son objet d'étude, de "géo-stratégie".

            En présence de Mme Monique Siméon (descendante de Zulma Carraud), de M. Coudert (propriétaire de la résidence du couple Carraud à Nohant-en-Graçay) et de M. Petit, (maire-adjoint à Nohant-en-Graçay, venu évoquer les projets autour de l'œuvre de Zulma), Isabelle Papieau fit une judicieuse et vivante communication sur "Zulma Carraud, amie de Balzac : de la femme philanthrope à l'auteur d'ouvrages d'éducation".

Notre Clavaire brossa le vécu de cette autre "Bonne Dame de Nohant" (non pas Nohant-Vic mais, Nohant-en-Graçay, dans le Cher), née à Issoudun, tout près de la Théols : un parcours de vie parallèlement visualisé à travers de très jolis panneaux d'exposition prêtés par M. Petit, Président de l'association des Amis de Zulma Carraud. Isabelle Papieau relata ce que fut l'enfance de Zulma Carraud, au sein d'une famille incarnant les valeurs de la Bourgeoisie provinciale républicaine et contextualisa son amitié atypique avec Balzac. Puis, elle expliqua minutieusement et à travers un regard sociologique, la façon dont cette Issoldunoise – guidée par la philosophie du siècle des Lumières, à l'origine de sa croyance aux vertus du Progrès –  se livra à Nohant-en-Graçay où elle s'était retirée, à un bi-paternalisme. Cette communication mit notamment l'accent sur l'ingérence de Zulma Carraud dans le domaine des équipements et de l'enseignement, qui inspira l'écriture de certains célèbres romans balzaciens et l'incitera à rédiger, dès 56 ans, des historiettes didactiques destinées aux fillettes de Nohant : une œuvre couronnée d'ailleurs, par le Prix Montyon et s'inscrivant avec subtilité, dans un rapport de proximité esthétique, sociale, avec le monde rural…

            Une belle et éclectique journée pour bien terminer ce printemps…

 

 
Dernière modification : 06/07/2009
 
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