LES LOGES DE VIGNE
I. GENERALITES :
La vigne : objet de rapport et de fierté – vin d’honneur et de l’amitié – d’un entretien laborieux.
« Il n’y a rien de plus important ici bas que la culture de la vigne. » MONTESQUIEU baron de la Brède, membre de la fameuse trilogie des 3 M des écrivains vignerons bordelais (MONTAIGNE, MONTESQUIEU, MAURIAC).
Les loges : « La beauté existe, celle du moindre cabanon dans une vigne » (Francis PONGE)
En Anjou les loges de vigne remontent loin dans le temps, connues dès l’Antiquité romaine par CATON et citées dans la Bible.
Dans les textes médiévaux la loge est frustre, couverte de chaume, propre aux couches les plus humbles de la population.
De nombreux auteurs pensent que les bories du Lubéron ont été érigées au haut moyen-âge, à l’époque gauloise, voire au néolithique – certains ethnologues déterminent l’âge des loges en fonction de l’épaisseur des murs – les murs très épais datent de l’arrivée des romains, ceux de moins de 60cm seraient assez récents (entre le XVIIème et XIXème siècles).
Les annexes de l’habitation principale, au départ de simples cabanes servant d’abri à outils et d’abri en cas de mauvais temps sont devenues pour certaines par la suite, de véritables maisonnettes munies de plusieurs portes et fenêtres, comportant une parfois plusieurs pièces et un petit grenier. Les plus nombreuses datent du XIXème siècle.
Deux constantes :
Ces abris rudimentaires et fonctionnels construits par les propriétaires fonciers sur des parcelles éloignées de l’habitation principale étaient toujours édifiés avec :
· - le maximum de soins
· - à partir de matériaux récupérés sur place (pierres non gélives, brutes ou équarries ou taillées, moellons, argile, sable, paille, chaume) ou transformés également sur place (chaux, tuiles rondes plates, à ergot, carrelages, briques, bouses de vache pour torchis).
Jusqu’à l’arrivée du phylloxera qui a dévasté le vignoble européen, les vignes étaient travaillées avec des outils manuels. Après 1880 avec l’insecte dévastateur sont arrivées, avec les hybrides, des maladies jusqu’alors inconnues (mildiou, blak rot, oïdium) et la traction animale. Il a fallu alors récupérer l’eau de pluie des loges pour abreuver les animaux et préparer les « bouillies » pour traiter les vignes. Dès lors les vignes sont conduites en rangs palissés.
Donc les loges ou cabanes de vigne ont un intérêt architectural et ethnographique qui témoigne d’un mode de vie rurale qui disparaît après la seconde guerre mondiale avec l’apparition de la mécanisation, celle-ci permet des déplacements plus rapides et, bien entendu, l’exode rural vers les centres industriels privant les campagnes d’une très grande partie de leur population et main d’œuvre.
A part ce que l’on appelle des « folies » la sobriété et le raffinement prévalent à toutes les constructions : seuil, épis de faîtage, corniche ou frise décorative en saillie à la base de la toiture, carrelage de terre cuite, moulure, linteau formant clé de voûte, sculptures (y compris corniche) lucarne, lucarneau, chien assis, cheminée avec tablier et jambages, oculus (œil de bœuf, meurtrières) murs épais et petites ouvertures pour limiter les écarts de température ; porte d’entrée et fenêtre côté soleil levant, cheminée en angle par rapport aux ouvertures pour éviter les courants d’air dans le dos des vignerons… placards de rangement intégrés aux murs…caveau avec trappe intégré au sol dans le coin nord-est de l’habitation….
Cette annexe de l’habitation principale pouvait servir également :
· de résidence secondaire (1 nuit, 1 jour férié pour la famille)
· de poste de chasse (alouettes en Berry, grives, lapins en garrigues provençales)
· de cuvier pour la vendange (sarto, grangeon)
· de nid d’amour isolé et tranquille !!…
· d’abri pour des réfugiés en cas de conflit ou pour délinquants en fuite …
· de bacchanales …..bien arrosées
· de remise à outils manuels et hippomobiles
· d’entrepôts des produits nécessaires aux traitements d’entretien du vignoble et aux contenants pour préparer les mélanges (eau + pesticides).
Dans le département 36 où la vigne a été cultivée dans toutes les communes (248) sauf six (Aigurande, La Buxerette, Lourdoueix St Michel, Sazeray, Vigoulant, Vijon) il existe des centaines de lieux comportant le mot loge(s). Celui-ci est issu d’un mot francique laubja
(que postule l’ancien mot allemand louba
« auvent ») qui a désigné un abri de branchages et , par extension une construction rudimentaire pour loger un homme et ou un animal. Dans la microtoponymie loge s’appliquait très souvent à la cabane édifiée d’abord en milieu forestier notamment la loge des charbonniers que l’on appelait en haut et bas Berry « cul de loup » puis dans des parcelles de vigne éloignées de la maison du vigneron.
II. TYPOLOGIE :
Chaque loge est caractérisée par :
- le matériau
- les dimensions
- la forme
- le couvrement
- le mode de construction
- les ouvertures
- l’environnement
Œ Loges construites en pierres sèches – empilement par calage - non cimentées et toit non charpenté – encorbellement.
Emploi exclusif de pierres non gélives sauf éventuellement linteau de porte ou de fenêtre (bois).
Ex : bories, cadoles, cabottes, région où il était indispensable d’épierrer pour cultiver…..
La grandeur des constructions sur plan carré ou circulaire varie entre moins de 3 et + de 6m ; la hauteur 4 à 5m exceptionnellement 8 ; l’épaisseur des murs souvent 0,80m mais peut dépasser 1 voire 1,10m.
A Gardes (Lubéron) certaines bories atteignent 12m de longueur, 6m de largeur et ….7m de hauteur
Quelle que soit leur silhouette extérieure, on peut les classer en :
· cabanes simples ou « monocellulaires »
· cabanes composées de plusieurs espaces ou « multicellulaires »
Quant au plan intérieur, ils sont de 3 types :
· circulaire ou dérivé du cercle
· carré
· rectangulaire
Ce qui caractérise une loge de pierres sèches c’est surtout son principe de voûte, une fausse voûte dite à encorbellement. C’est une technique simple qui permet de couvrir de faibles portées par l’encorbellement d’une assise de pierre par rapport à l’autre.
On l’appelle fausse voûte car les pierres ne sont pas dressées les unes contre les autres d’une manière rayonnante (technique de l’arc) mais simplement posées par assise avec dépassement de la rangée supérieure sur la rangée inférieure.
Pour maintenir l’équilibre des voûtes, les constructeurs ont donné du « fruit » aux murs et ont utilisé l’effet de masse soit en épaississant la base, soit en chargeant les faîtages(voûte en carène : forme fuselée pour diminuer l’influence du poids sur l’assise). Quelquefois des contreforts ont été édifiés (technique des cathédrales). Ils épaulent ou ceinturent entièrement la construction, d’autres soutiennent seulement un point particulier. Enfin, dans les loges multicellulaires, les différentes cellules se contrebutent mutuellement. Ces contreforts peuvent être aménagés en murs de terrasses ou simples clapiers ou pierriers ou murgers.
Ouvertures rares : une seule porte étroite à sud
Fenêtres très rares toujours de petites dimensions, parfois en forme de meurtrières ébasées vers l’intérieur ou vers l’extérieur (ventilation, affût de chasse ) .
Loges construites avec murs moellonnés liés par du torchis ou du mortier – chaux + sable, ou ciment + sable – et avec un toit charpenté.
Ex : choquettes, lubites, cabinets, gabies, sartos, etc….
On peut les classer en fonction de leur toiture :
· circulaire
· un pan
· deux pans
· quatre pans
Unicellulaire ou multicellulaire avec grenier et appentis ou non.
L’avantage des quatre pans (très nombreux dans la région de La Châtre) :
- épis de faîtage
- coyaux à petite charpente débordant et prolongeant les combles ou grenier d’une toiture jusqu’au delà de la partie extérieure du mur pour éloigner les eaux de pluie (dégradation de l’enduit et protection de la base du mur contre l’humidité).
Voir annexe
III. TOPONYMIE :
Voir annexe
IV. UN PATRIMOINE EN DANGER :
Souvent abandonnées car elle n’ont pratiquement plus d’utilité – disparition des bergers, des vignerons dans les vignes vivrières dans ce que l’U.E. appelle les zones intermédiaires et dans les vignobles structurés où la mécanisation et sa vitesse de déplacement et d’exécution des travaux supprime la notion d’éloignement de l’habitation du chef d’exploitation.
Elles ne sont donc plus guère entretenues, voire même elles sont dépossédées de leurs pierres, de leur charpente et de leur couverture pour des réutilisations disons plus ….domestiques…..
V. COMMENT LES SAUVEGARDER ? :
Initiatives privées ou associatives ou programmes de sauvegarde (Lubéron) :
· privées, propriétaires de parcelles où se trouve une loge avec ou sans vigne
· inventaires (Conseils Généraux, communes intercommunalités etc..)
· restauration
· subventions possibles (C.G., éventuellement C. R. et U.E. si programme groupé)
· circuits touristiques :
- cadoles du barséquanais (Bar sur Seine)
- village des bories Lubéron
· associations :
- Confrérie du Sarto- Savoie : 2 000 adhérents
- Confrérie des Culs d’Ours et des Cabinets d’vigne en pays de George Sand (Berry) : 300 adhérents
- Association maisons de vigne en Loir et Cher ( Montoire sur le Loir)
- C.F.A.C. Drevant …..
« ….c’était un réconfort…on s’asseyait à l’ombre de la cabane, on buvait un coup, on regardait la vigne, et …si elle était belle…on était heureux »
Un vieux vigneron du Loir et Cher
Gilbert GUITARD
Drevant, 06/09/2009
Bibliographie :
- Cabottes et Meurgers : Gabriel LIOGIER , d’Ardhuy
- Loges de vigne en Touraine : Michel SIGRIST
- Cadoles du Barséquanais : Jean DAUNAY
- Humbles maisons de vigne du Vendômois : Gérard FERRAND
- Cent maisons de vigne autour de la Chartre sur le Loir : Ginette et André DUPE
- Bories. P.N.R. du Lubéron , Edisud
- Le patrimoine angevin : Laure FRAPPEREAU
- Les Cabinets de vigne de Beauregard : Gilbert GUITARD
les trulli dans les pouilles, cazette ou pajhu en Corse, nurachi en Sardaigne, naveta à Minorque, tayalut à Majorque, casita dans la Rioja.
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La Musique du Berry
«[...] En général, elle est lente et douce, avec des intervalles peu étendus, rarement guillerette et sautillante, jamais tourmentée de violentes passions… »
Laurian Touraine
[...] Nos airs sont, à l’image de nos horizons : calmes et"gridoux"* souvent nostalgiques, si on en excepte les marches gaillardes réservées aux "noceux"*.
Jean-Louis Boncoeur
Le plus souvent les airs sont transmis de façon orale (parfois avec des variantes) suivant le musicien ou le lieu.
George Sand, Chopin et surtout Pauline Viardot (sœur de La Malibran) ont noté un certain nombre d’airs entendus dans la région de Nohant.
[...] « Cette musique qui n’a ni règle ni mesure » écrit George Sand dans sa correspondance
et dans Consuelo, elle explique : « il y a une musique qu’on pourrait appeler : naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la réflexion, mais celui qui a échappé à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique populaire, c’est notre musique…
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Vielles et Cornemuses…
Au début du XIXe siècle, le Ménétrier Berrichon ou « musiqueux » joueur de musette est souvent seul pour animer les fêtes corporatives, patronales ou familiales, cela constitue pour lui une source intéressante de revenu, quelque fois il est accompagné d’un vielleux.
Ce n’est qu’à partir du moment où le couple vielle / cornemuse se forme que les tonalités s’uniformisent. La petite cornemuse du Berry ou musette est à l’époque de George Sand de différentes tonalités, mais souvent Si bémol, il faut attendre 1910 pour voir arriver le hautbois de 16 pouces en Sol. La grande cornemuse décrite par George Sand dans son roman Les Maitres Sonneurs est généralement en Do ou Ré.
[…] extrait de « Promenade autour d’un village » George Sand 1859
La cornemuse à petit ou à grand bourdon est un instrument barbare, et cependant fort intéressant. Privé de demi-tons accidentels, n’ayant juste que la gamme majeure, il serait un obstacle invincible entre les mains d’un musicien. Mais le musicien naturel, le cornemuseux du Berry (formé presque toujours en Bourbonnais) sait tirer de cette impuissance de son instrument un parti inconcevable. Il joue tout ce qu’il entend ; majeur ou mineur, rien ne l’embarrasse. Il en résulte des aberrations musicales qui font souvent saigner les oreilles, mais qui aussi parfois frappent de respect et d’admiration par l’habileté, l’originalité, la beauté des modulations ou des interprétations.
Arrivée au crépuscule de sa vie, George Sand aura, elle aussi son brin de nostalgie, ainsi elle écrit :
Dans son agenda du 29juillet 1866.
[…]C’est la Ste Anne, nous allons ce soir à l’assemblée avec les dames Villejovet. C’est triste, peu de monde, un seul orchestre, on danse sur un parquet des danses impossibles, ni lard ni cochon : plus de grâce, plus de caractère, plus rien du vieux Berry… c’est fini. Je l’ai vu mourir et j’ai bien fait de la raconter, plus de beaux gars, plus de jolies filles. Bientôt il n’y aura plus de coutumes.
A Henri Harisse, le 19 janvier 1867.
[…] Le beau berrichon de ma jeunesse est aujourd’hui une langue morte. La bourrée cette danse si jolie est remplacée par de stupides contredanses, nos chants du terroir, admirable autrefois et qui faisaient l’adoration de Chopin et de Pauline Garcia, cèdent le pas à la femme à barbe.
Agenda du 31 juillet 1870.
Fête de Ste Anne, je n’y [vas]* pas. Je ne retrouve plus mes paysans, plus de bourrées… la polka et la Marseillaise.
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* gridoux: vieux français désignant à la fois le caractère et la musique du paysan du Bas-Berry.
* noceux: invités d'un mariage.
* vas: parler du Bas-Berry.
Gastronomie berrichonne
D'un point de vue historique, l'existence d'une gastronomie berrichonne propre est essentiellement subjective. La plupart des produits ci-dessous sont d'une création postérieure à la disparition historique du Berry. Ainsi, la pomme de terre n'est apparue dans ces régions qu'au milieu du XIXème siècle. D'autres plats sont généralement l'adaptation de recettes populaires qui concernent initialement d'autres terroirs, et il existe une grande diversité culinaire au sein des régions actuelles qui composèrent un jour le Berry historique.
Spécialités :
Une des spécialités souvent cataloguée comme « typiquement berrichonne » est le "pâté berrichon", appelé aussi "pâté de Pâques". Celui-ci a une farce de viande au lait et à la mie de pain, surmontée d'œufs durs, le tout emballé dans une pâte brisée ou feuilletée.
Le "jau au sang" (ou poulet en barbouille) est un poulet flambé et coupé en morceaux qui est cuit pendant une heure. Le sang cuit à feu doux, de la crème, un jaune d'œuf et le foie pilé sont ensuite ajoutés, donnant ainsi un poulet en sauce.
D'autres plats « berrichons » sont : les œufs en meurette (ou "œufs en couille d'âne"). Le "truffiat" est une tourte aux pommes de terre. La galette aux pommes de terre est une pâte feuilletée où une partie de la farine est remplacée par de la purée. Les beignets ou "beugnons", au pommes coupées en rondelles dont on se régalent à Carnaval . Les "sanciaux",ou omelette à la farine, sont une sorte de crêpes épaisses, parfois agrémentées de pommes frites avec du sucre (ou du miel) à la poêle. Les millats ou clafoutis regroupent plusieurs recettes à base de cerises noires. Le poirat est une tourte garnie de poires. Les "daguenettes" sont des tranches de pommes séchées, servies comme desserts.
Fromages:
Crottin de Chavignol
Vins :
Rattachés à la grande famille des vins de Loire, les vins berrichons sont surtout réputés pour les blancs, au premier rang desquels se place le Sancerre.
Sancerre (18)
Menetou-Salon (18)
Quincy (18)
Reuilly (36)
Valençay (36)
Châteaumeillant (18) ... ... ...
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