Dans les Nuits de nos Vies

Catherine RÉAULT-CROSNIER


Membre de l'Académie du Berry


DANS LES NUITS DE NOS VIES


10 poèmes


« Étendard vers un ailleurs »


« La nuit de mai »


« Plainte du poète »


« Amour à contre-sens »


« Encore la nuit »


« Vanité »


« Aux derniers rayons du soleil »


« Ombre de décembre »


« Errance »


« Final »


Poèmes écrits pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et  d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, le 16 octobre 2010, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin.


16 octobre 2010

         

ÉTENDARD VERS UN AILLEURS



De la chandelle à la plume,

L’artiste répond à Mozart.

Les secrets des lettres déferlent

Pour raconter l’histoire.


L’étendard de l’Académie du Berry                                                                   

Flotte au-dessus des notes,

Du piano à queue

À quatre mains pour la douceur

Et le bercement de la pluie.


Deux regards pour une partition,

Pour s’envoler dans le noir

Hors du monde de la raison,

Simplement pour l’art.


Et les mots s’éveillent,

Éclairent l’âme,

La réchauffent et l’entraînent

Vers un ailleurs hors du rêve,

Simplement pour le plaisir de l’instant,

Tout en recueillement,

Dans l’oubli du présent.



Catherine RÉAULT-CROSNIER


              16.10.2010, n° 1


Poème écrit pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et  d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, ce même jour, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin. Yves Henry tournait les pages de la partition c’est pourquoi je parle d’un jeu à quatre mains.


Ce poème correspond au premier morceau musical « Première Ballade » de Chopin. La première strophe correspond à la mise en valeur des lettres de Chopin et des extraits sur ce musicien dits par Marie-Pascale Pallu, comédienne et Jean-Claude André de l’Académie du Berry. La seconde strophe mêle la description du lieu au flot de la musique pour un envol vers la musique seule ensuite.



LA NUIT DE MAI


Baiser de bergeronnette

Près de l’églantier

Contre le pessimisme sombre

Du noir broyé.


Légèreté de la femme,

Voile qui frôle l’être

Contre battement effarouché

À l’approche d’une mort.


Solitude et pauvreté

Contre la flamme de l’amour,

Fleuve de l’appel,

Mots du cœur, baume des blessures.



  Catherine RÉAULT-CROSNIER


              16.10.2010, n° 2


Poème écrit pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et  d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, ce même jour, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin.


Ce poème correspond au premier poème d’Alfred de Musset « La nuit de mai ».

         


PLAINTE DU POÈTE


La plainte du poète revient

De la nuit de mai.

La musique endormira-t-elle

Les remords, les regrets ?

Et si un autre monde existait

Hors du temps et de l’espace,

Il serait inondé par le flot

Des ondes de la musique.


Nous sommes tous des grains de sable

En marche vers l’immensité.

Le frappement des sons heurte

À la porte de notre intériorité.


Y a-t-il encore quelqu’un ?

Et l’étoile du matin se relève.

Du noir silence renaît

Un parfum d’espérance.



  Catherine RÉAULT-CROSNIER


              16.10.2010, n° 3


Poème écrit pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, ce même jour, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin.


Ce poème correspond à la première Ballade de Chopin op. 23 en sol mineur.   




AMOUR À CONTRE-SENS



Est-ce une valse à contre-sens

Que ce tournoiement qui tend

Vers l’annihilation des sentiments ?


Est-ce le glas qui sonne

Ou les tempêtes de l’esprit

Près du cœur qui espère encore ?


« Aime et tu renaîtras ».

Alors la nuit d’août se lève

Et la femme regarde la solitude

Près de l’infidèle qui revient la blesser.


Est-ce encore aimer qu’oublier,

Être vagabond et flétrir ce qui vous est donné ?

Est-ce encore aimer que la frivolité

Qui rit de l’amour bafoué ?


Est-ce encore aimer que nier

La souffrance insultée ?

Les larmes sont des perles de sang

Et brûlent de l’espoir consumé.





Catherine RÉAULT-CROSNIER


              16.10.2010, n° 4


Poème écrit pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, ce même jour, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin.


Ce poème correspond à la fin de première Ballade de Chopin op. 23 en sol mineur, pour la première strophe puis au poème de Musset « La nuit d’août ».



ENCORE LA NUIT



Sursaut d’un réveil,

Tonnerre de l’absurde,

L’orage menace nos vies

Laissant l’amertume de l’incertitude.


Brûlure des paupières

Au souvenir qui affleure

Et de la douleur. Il n’est plus l’heure

Car le corps tombe vers la nuit.


Est-il encore temps de reprendre conscience,

De blâmer les doutes et recueillir l’écume ?

Sur la plage de la solitude, en silence,

Les grains s’envolent au vent.




Catherine RÉAULT-CROSNIER


              16.10.2010, n° 5


Poème écrit pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, ce même jour, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin.


Ce poème correspond à la deuxième Ballade de Chopin op. 38 en fa majeur.



VANITÉ



« Vanité, tout est vanité. »

La vanité n’est-elle pas le lot

De tout homme qui se croit immortel ?


« Vanité, tout est vanité. »

Nous sommes le flot incessant des passants

Aux regards de convoitise,

Aux rêves de feuilles qui s’envolent.


La parole délivre d’un remords.

Amour, folie, orgueil,

Tout passe même la peine

Près des feuilles recroquevillées.


Visage étranger, oubli de nos actes,

Ombre d’autrefois, brouillard,

Voile à déchirer pour renaître

Mais avant, la feuille pourrit en terre.


De l’humilité, naît la fertilité de l’humus

Près de la cruauté de la vie, morsure des gerçures

Dans l’égoïsme de la détresse.


« Vanité, tout est vanité. »

La vanité n’est-elle pas le lot

De tout homme qui se croit immortel ?




Catherine RÉAULT-CROSNIER


              16.10.2010, n° 6


Poème écrit pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et  d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, ce même jour, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin.


Ce poème correspond à la fin de la deuxième Ballade de Chopin op. 38 en fa majeur pour la première strophe puis au poème « Nuit d’octobre » de Chopin.




AUX DERNIERS RAYONS DU SOLEIL



Aux derniers rayons du soleil,

La larme quitte la joue,

L’oiseau va s’endormir

Et le cœur plus léger s’apaise.


Avec le rire de l’enfant,

Les soucis se lavent dans l’arc-en-ciel

Et la vitre embuée recueille

Le visage flou de l’aimé.


Avec les aléas du présent,

Les sons s’estompent dans le soir,

Les bras de la nuit enlacent

Les angoisses à l’horizon

Et nos doutes vacillent,

Évanouis dans l’obscurité.




Catherine RÉAULT-CROSNIER


              16.10.2010, n° 7


Poème écrit pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et  d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, ce même jour, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin.


Ce poème correspond à la troisième Ballade de Chopin op. 47 en la bémol majeur.




OMBRE DE DÉCEMBRE



Pulsions, frénésie des sons,

Battement, frappement, tuerie, déchaînement,

Reste-t-il un temps pour respirer,

Souffler, effacer ?


Et l’ombre noire est un miroir

Transpercé par un visage.

Un être est là près de moi,

Tout à ma ressemblance.


Évanouissement d’un rêve,

Présence de l’absence,

Haillons de nos vies,

Pauvreté de nos actes.


Dans la nuit, une femme

Frappe à la porte.

Un être est à côté de moi,

Frère sur ma route.


Ami, n’oublie jamais

Celui que tu côtoies,

Frère de solitude,

S’il est à tes côtés,

C’est pour te dire la vérité.




Catherine RÉAULT-CROSNIER


              16.10.2010, n° 8


Poème écrit pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et  d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, ce même jour, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin.


Ce poème correspond à la fin de la troisième Ballade de Chopin op. 47 en la bémol majeur pour la première strophe puis au poème « Nuit de décembre » de Musset.




ERRANCE




Non, rien n’existe ici-bas

Puisque tout passe et s’efface.

Les saisons ne sont que des moissons

Coupées, engrangées ou éparpillées

Avant de retourner à la terre.


Non, rien n’existe ici-bas

Du concret qui prend nos vies,

De l’éphémère qu’on oublie,

De nos pas hésitants, empreinte de l’errance.


Mais l’invisible est plus fort que le matériel,

Même impalpable, presque irréel,

Insaisissable et pourtant éternel,

C’est là notre unique existence.




Catherine RÉAULT-CROSNIER


              16.10.2010, n° 9


Poème écrit pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, ce même jour, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin.


Ce poème correspond à la quatrième Ballade de Chopin op. 52 en fa mineur.




FINAL




Dans le cocon de velours bleu

Du théâtre Maurice Sand,

Le piano éclot

Comme une étincelle de feu.


Comme les femmes dansent en sarabandes,

Frise en deux par deux, aux voiles envolés

Sur le devant, près des passants,

Reste seulement la fumée des notes volatilisées.


Comme Yves Henry tourne la page,

Les notes transpercent nos corps

Pour imprégner nos destinées

Et faire résonner l’inconscient de nos vies.




Catherine RÉAULT-CROSNIER


              16.10.2010, n° 10


Poème écrit pendant l’après-midi musicale organisée par l’Académie du Berry, en prélude à la Nuit Chopin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin et d’Alfred de Musset, au théâtre Maurice Sand à La Châtre, ce même jour, autour de Frédéric Chopin et des poèmes d’Alfred de Musset. Les nuits d’Alfred de Musset ont été lus par deux comédiens, Frédéric von den Driessche et Félicité du Jeu ; Éric Satz a joué au piano les ballades de Chopin.


Ce poème correspond à la fin de la quatrième Ballade de Chopin op. 52 en fa mineur, en m’imprégnant du cadre du théâtre Maurice Sand capitonné de velours bleu, avec sur le devant de la scène, une frise où des femmes dansent deux par deux, entourées de voiles.



 
Dernière modification : 20/12/2014
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