Académie du Berry

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LE BULLETIN

ACADEMIE DU BERRY

1, place du Général De Gaulle

36400 La Châtre

Président fondateur: Dr. Pr. M. Penin de Jarrien

Responsable de la publication:

Monsieur Alain Bilot, Président



        CLUB de LA CHASSE et de la NATURE ; Mercredi 19 Mars 2008.

Remise de la décoration d’Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres


à Alain Bilot

Discours de M. Michel Bohbot, Commandeur des Arts et des Lettres.




Mon cher Alain,

Vous êtes né à La Châtre, au pays de George Sand juste avant la dernière guerre et avez accompli la totalité de vos études primaires et secondaires dans une région qu’ont si bien décrite George Sand et Balzac : celle  d’une  bien calme et assoupie province traditionnelle. Par chance, votre père Chirurgien –Dentiste et votre mère aimaient beaucoup voyager : dès le début des années 50, vous alliez en famille en Italie puis en Espagne en Suisse en Autriche et au Portugal et dés 1962 vous étiez en Grèce : heureuse époque sans touristes envahissants !; Bien sûr , aucun Musée, aucun monument n’  échappait à votre déjà grande curiosité. De plus, vos parents aimaient beaucoup la peinture et les murs de votre grande maison de La Châtre étaient couverts de tableaux…Mais hélàs! Ce n’était pas ceux de grands maîtres alors qu’en Tunisie, à Carthage Van Dongen voulait faire le portrait de votre mère, Marquet et Alexandre Roubtzoff connaissaient bien votre famille maternelle. Mais qu’importe ! même si tous ces tableaux étaient loin d’être valables, ceci vous a donné très  tôt le goût de la peinture.

Nourri des lectures des souvenirs d’Utrillo, d’André Warnod, de Vlaminck et de Francis Carco, dès le premier jour de votre arrivée à Paris (début Novembre 1957) pour étudier le Droit, vous descendiez la Rue de Seine : à cette époque elle était essentiellement une rue de petits commerces et artisans avec bien peu de Galeries d’Art, mais  en nombre suffisant pour vous plonger dans une extrême perplexité ! Pensez donc, de l’Art nègre où
tout se  ressemblait et des tableaux invraisemblables qui ne représentaient rien !. votre intérêt se portait alors sur l’Ecole de Barbizon, ce qui est un bon début…

C’est dire si votre approche puis votre passion de la peinture Moderne et l’Art africain ont nécessité une longue et difficultueuse approche…!! vous allez nous en entretenir…


En présence de votre vieil ami le Ministre André Santini, vous allez recevoir officiellement des mains de Daniel Humair, jazzman percussionniste de renommée  internationale,  peintre abstrait et Membre du Conseil de l’Ordre des Arts et des Lettres une belle distinction : la décoration  d’Officier des Arts et des Lettres, trente ans après votre grade de Chevalier,  mais cet Ordre national est peu attribué : il n’y a que  140 nominations par an au grade d’Officier !.

Comment se justifie votre promotion à ce grade ?

Votre C.V est impressionnant: vous êtes Président de l’Académie du Berry et membre de nombreuses Sociétés berrichonnes destinées à préserver et faire connaître le patrimoine de votre chère province; vous êtes ayant droit  de la propriété littéraire et artistique de Jean de Boschère (1878-1953) qui a composé l’essentiel de son œuvre poétique à La Châtre , membre du Jury du prix littéraire de l’Académie Rabelais et du Jury du prix de Poésie de « Rythme et Expression ».Vous avez à votre actif l’organisation ou la participation à plus de trente expositions relatives au Berry, par exemple sur George Sand , Jean de Boschère,  le peintre  post- impressionniste Fernand Maillaud et sur des artistes berrichons ; vous avez également fait de nombreuses conférences sur la Grèce et  le Mont-Athos, cet Etat religieux de vingt monastères orthodoxes.  Depuis environ plus de trente ans, vous collectionnez l’Art moderne, abstrait ou figuratif, d’où la présence ici de nombreux artistes amis; vous avez donc organisé de nombreuses expositions ou prêté des œuvres. Avec un de vos vieux amis, la Ville de Pornichet a pu bénéficier de remarquables expositions de sculpteurs tels que Claude Gilli, Alberto Guzman, Dimas Macedo, Marino di Teana, et de peintres tels que Jeanne Socquet, Victor Laks, Silvano Bozzolini et James Pichette.     


Votre grande passion est de toute évidence l’Art Dogon –passion que d’ailleurs nous partageons. Nous avons en commun le fait que nous nous posons toujours les questions : quel est ce type d’objet ?  où et comment a-t-il été fabriqué et quel est sa fonction religieuse ou sociale?: en effet,  une véritable collection ne  se conçoit que si on la replace dans son contexte ethnique, sociologique et religieux.


Votre première exposition sur l’Art Dogon date de 1988 à Blagnac, les suivantes ayant eu lieu à Morlaix, La Flèche, Thionville, Nantes, Toulouse, Brunoy, à l’Abbaye de Daoulas, Cahors et en Espagne à Palma de Mallorca, Girona et Sabadell. Mais vous considérez que de loin, la plus belle exposition est celle organisée par votre ami le Ministre André Santini au Musée français de la Carte à jouer de Mars à Mai  2006. Nous préparons actuellement tous les deux des  Expositions sur l’Art et la civilisation Dogon à Puteaux et dans le XXIIIème arrondissement. Vous êtes aussi à l’origine  de deux livres sur l’Art Dogon, les deux tirages de  « Masques du pays Dogon » sont épuisés ainsi que le tirage  de « Serrures du pays Dogon » ; ces  ouvrages illustrés par nos collections n’auraient pas vu le jour sans les contributions déterminantes de Francine Ndiaye, ancienne conservateur du Musée de l’Homme et de vous , chère Geneviève Calame-Griaule,  ethnolinguiste de renommée mondiale,  la plus éminente spécialiste des Dogon. Vous nous avez fait bénéficier, chère amie, d’une étude exceptionnelle de terrain sur les Serrures Dogon qui fait de cet ouvrage le traité définitif sur la question. De plus, c’est grâce à vous que tous les deux nous avons été élus à la prestigieuse Société des Africanistes. Nous avons en projet un troisième ouvrage et espérons vivement bénéficier une nouvelle fois, Madame, de votre magistrale coopération.

Cher Alain, votre amitié envers la population Dogon accrochée à sa falaise dans cette envoûtante région particulièrement aride vous a conduit à créer l’ Association  AMMA SAGOU DOGON, votre nom Dogon officiel ; son objectif principal est le financement de puits et de barrages d’irrigation. Vous partirez fin Avril à Sangha pour un mois en vue d’inaugurer trois puits et deux barrages et d’établir quels nouveaux travaux sont envisageables après accord des associations de femmes, des chefs coutumiers et religieux.

Votre carrière artistique, si je puis m’exprimer ainsi, est loin d’être terminée car vous avez encore bien des projets…

C’est maintenant au tour de notre ami Daniel Humair de tenir son rôle…



REPONSE  D’ALAIN BILOT


Monsieur le Ministre et  cher André, Cher Daniel Humair,

Parodiant  M. Prudhomme je n’irai pas jusqu’à dire, «Cette  décoration  est le plus beau jour de ma vie ! » mais je  puis vous affirmer  qu’elle représente  pour moi une étape déterminante dans  la consécration de mes activités artistiques. Il a fallu la conjonction de deux efficaces amitiés pour m’avoir obtenu  ce grade qui m’honore grandement : soyez en vivement remerciés.

Mon vieil ami Michel Bohbot vous a laissés entrevoir que j’allais m’expliquer sur les étapes déterminantes de l’évolution de mes goûts artistiques. Je vais  le faire en fonction de quelques dates –clés :

1955

Mes constants parcours Rue de Seine m’avaient laissé fort dubitatif sur ce que je voyais- mais ne comprenais  pas- en matière d’Art Moderne et d’Art Africain…

Et pourtant !... ma chère cousine Simone Dufay nous avaient invités mon père et moi, je pense en 1955, dans son bel appartement de la Rue Madame pour nous montrer sa collection de peinture :quel désastre ! nous nous sommes joyeusement gaussés , comme eût  dit mon ancien Professeur Raymond Barre : ma cousine avait une excellente profession celle  de médecin,  pourquoi allait- elle gaspiller son bel  argent dans des peintures informes et de si mauvais goût… ???

Hélas pour nous ! ma cousine une des rares fidèles et  fervent soutien  de la Galerie Arnaud dès 1952, était une grande amie de Serge Poliakoff, Atlan, Deyrolle, Gilioli, Pierre Fichet, John-Franklin Koening, Huguette Arthur-Bertrand, Oscar Gauthier,  Man Ray, Feïto, Martin Barré etc..tous alors aussi  inconnus les uns que les autres  mais gloires actuelles de l’Art des années 60-70. Elle n’a pas insisté – et je la comprends – pour visiter la Galerie Arnaud et nous faire rencontrer ses amis artistes. Je me souviens  que me voyant franchement rigoler (il n’y a pas d’autre terme) devant ce que je qualifiais péremptoirement  de barbouilles-  ma cousine Simone  m’a dit « Alain, on en reparlera, bien plus tard, tu verras…. » Elle avait raison…

Vous  comprenez bien, chers amis, que mon approche de l’Art Abstrait n’a pas été spontané…A cette époque, comme l’a dit Michel Bohbot, je ne jurais que par  l‘Ecole de Barbizon , période faste du paysage français  que je ne renie nullement. La grande peinture figurative actuelle, je continue à l’aimer. Ma chère Jeanne Socquet peut l’attester : son oeuvre  figurative si  originale et puissante me subjugue et je ne suis pas le seul puisque ,Jeanne Socquet, vous êtes présente dans d’importantes  collections françaises et étrangères !

En 1965

La rencontre et la fréquentation assidue de  Jacques et Marie-Aimée Dopagne m’ont  été bénéfique : remarquables découvreurs des grands peintres et sculpteurs des années 50, ils m’ont patiemment expliqué l’Art abstrait: je leur en suis toujours reconnaissant.



                               



    Fin 1971-début 1972

      Dans ma bien aimée Rue de Seine, je remarquais une Galerie tenue par une dame âgée et une jeune femme de mon âge qui présentaient  des œuvres  d’un mouvement artistique alors peu connu- le Nouveau Réalisme- qui m’a plu sans difficulté . Ainsi ma grande amie  Liliane Vincy , persuasive et enthousiaste envers ceux qu’elle défend m’a permis  d’acquérir des œuvres majeures des Nouveaux Réalistes : Raymond Hains,  César, Deschamps et Villéglé ; que de souvenirs inoubliables  ces nuits passées à Montparnasse et au Quartier Latin à discuter avec le brillant
critique Pierre Restany, le chaleureux César, l’ éblouissant  Raymond Hains auxquels se joignaient souvent le sceptique  Gérard Deschamps et le toujours réservé Jacques de la Villéglé. Les vernissages chez Liliane Vincy étaient mémorables, dont le fameux Interétrennes, loterie où pour une bouchée de pain on pouvait gagner des œuvres d’artistes prestigieux. Lors de ces grandioses  vernissages ma particularité consistait à marcher sur les mains d’un petit garçon tout blond qui courait à quatre pattes dans la Galerie, Youri, fils de Liliane ; je ne peux m’empêcher quand je lui serre la main de regarder si elle  n’est pas déformée ! par chance, ce n’est pas le cas…

Hiver 1971-Printemps 1972 :

Toujours Rue de Seine un jour de Janvier 1972, regardant à  travers la vitrine d’une petite Galerie d’Art africain, j’ai remarqué un masque  bizarre surmonté d’une superstructure en croix de lorraine. M’enhardissant, je suis entré dans un antre irrespirable, tous les visiteurs présents y fumant  de somptueux cigares : un Monsieur corpulent et fort souriant arborant une spectaculaire  ceinture sculptée en argent m’a informé  que ce Masque était Dogon, ce qui ne me disait strictement  rien ; il  m’a dit : « Mais voyons, les Dogon, c’est Marcel Griaule, l’expédition Dakar-Djibouti : achetez chez Fischbascher le fameux « Dieu d’eau » et revenez me voir ». Mon premier achat Dogon fut donc ce splendide  masque Kanaga entrevu. Ainsi, Pierre Robin, sans conteste le plus original et passionné marchand d’art africain, m’a initié à l’Art Dogon. Puis, j’ai réussi  à me procurer le définitif  traité  « Masques Dogons » de Marcel Griaule, célèbre pionnier de l’ethnologie moderne. L’affectueux Pierre Robin, incomparable ami, m’a systématiquement gardé les masques Dogon qu’il recherchait à une époque  où cet art était peu prisé.

Couronnement de ma curiosité,  l’ouvrage  « Ethnologie et Langage », une merveille de claire érudition dont vous êtes l’auteur, chère Geneviève Calame-Griaule, m’a appris les aspects fondamentaux de cette civilisation fascinante. « Ethnologie et Langage » m’accompagne  dans les villages de la falaise et du plateau, outil indispensable pour se familiariser avec la religion et les coutumes de mes amis Dogon. Je tiens à rappeler que  c’est par votre initiative  que Michel Bohbot et moi-même avons été élus à la fameuse  Société des Africanistes.

Je ne saurais trop vous remercier, vous chère amie et Pierre Robin d’avoir nourri ma passion envers les Dogon.

J’ai un seul regret, celui de n’être pas allé plus tôt au pays Dogon : l’insistance de Jacques Blazy, passionné par cette région et celle de l’ami Robin m’ont décidé il y a dix ans à m’y rendre !...enfin…

Depuis 50 ans, le Berry

Ma province du Berry est pour moi essentielle ; je regrette vivement qu’on en parle si peu  ou si mal dans les médias, noyée par les journalistes sous l’appellation «  Le  Centre », région administrative fourre-tout.

Pour cette raison, je suis très heureux de m’impliquer dans de nombreuses associations destinées à défendre et promouvoir les valeurs du Berry : La société vigneronne « Vieille Saint-Vincent de La Châtre », « La confrérie des Culs d’ours et des cabinets d’vigne en pays de George Sand » , « La Berrichonne de La Châtre », « Le Cercle Amical du Berry », « Les Anciens Elèves du collège et Lycée George Sand  de La Châtre ». Mais  l’association  qui m’est la plus chère est « L’Académie du Berry » : je salue la présence de son Chancelier M. Le Professeur Maurice  Bazot , de sa trésorière Me  Michelle Ologoudou-Savignat et d’un membre efficace du Haut-Conseil M. Laurent Personne et du pianiste concertiste Yves Henry. Le Haut-Conseil de cette Société savante dévouée au Berry permet  d’honorer  les défenseurs de ses valeurs traditionnelles, je pense avec un  succès grandissant.


La Gastronomie française est de l’Art : aussi, je me réjouis d’ être Membre du « Club des Dix » dont plusieurs membres sont ici présents ; ceci me permet, mon cher Duc de Bauffremont  de vous témoigner ma reconnaissance  de m’avoir fait entrer dans ce Club si sympathique il y a bien trente ans  et aussi de m’avoir parrainé il y a environ  quinze ans lors de mon admission dans  ce magnifique Club de la Chasse et de la Nature qui nous accueille  aujourd’hui.


Enfin, le Rotary International défend depuis plus d’un siècle des valeurs universelles de la Civilisation : je me réjouis d‘ être un Membre, j’espère actif, du Club de Paris-Ouest représenté par les  deux Gouverneurs Bernard Félix et Gérard Morel et par son président Claude Schallebaum. Notre Club attribue chaque année un Prix du travail manuel à un jeune élève  de l’Ecole de la joaillerie de Paris  sous la bienveillante autorité de notre ami rotarien  François Mellerio, Président de la plus ancienne maison de joaillerie du monde  Merci à vous tous, amis rotariens d’être auprès de moi en ce beau jour !

Vous aurez tous compris que je continue fidèlement à arpenter le petit centre du Monde qu’est pour moi la Rue de Seine en compagnie d’une bande de vieux comparses. Une halte prolongée à la Galerie O .Nouvellet et à la Galerie Rive Gauche,, galeries ayant chacune une ligne directrice de qualité nous permet avec quelle audace ! de nous élancer  même au-delà, dans les Rue Mazarine, Guénégaud,  des Beaux-Arts et Visconti. Etre collectionneur implique l’esprit d’aventure… !     

J’espère, cher amis n’avoir pas été trop long avec mes souvenirs

Et maintenant, dirigeons nous tous vers le buffet…



Académie du Berry

Séance Solennelle d'automne 

2007

Ainay- le- Vieil


Le samedi 20 octobre 2007, l’Académie du Berry s’est réunie dans le très joli château d’Ainay-le-Vieil. Une lumière automnale claire et dorée, un accueil chaleureux de notre hôtesse la Comtesse Xavier de Peyronnet dans un cadre voulu raffiné : autant de paramètres qui ont contribué au succès de cette journée. Temple de la mémoire et du vivant, comme le souligna le Professeur Bazot, le site patrimonial d’Ainay s’avère être l’incarnation même de la quête de la permanence de l’Histoire : une quête de la permanence qui, élargie à celle de la culture, devait lier à la façon d’un fil conducteur, les différentes interventions de la journée.

Après un hommage touchant rendu à notre chère et fidèle doyenne, Alice Boutroux-Chevrier (reçue en septembre 1971, à l’Académie du Berry dont elle fut deux fois lauréate et membre du Haut-Conseil), le Docteur Catherine Réault-Crosnier remit le Prix Saint-Jean Bourdin à Gérard Coulon, pour l’ensemble de son œuvre : une production abondante et éclectique -bien que marquée par le grand succès de Voyage en Gaule romaine- largement médiatisée et publiée à des milliers d’exemplaires. La remise de ce Prix fut une façon d’honorer les efforts de cet archéologue, professeur d’Histoire passionné par la période gallo-romaine et conservateur en chef du Patrimoine, pour vulgariser l’histoire auprès d’un très large public, et en particulier, des jeunes. Occultant toute approche hermétique au profit d’une proximité de l’Histoire, éducative et attractive mais respectueuse de la vérité, Gérard Coulon confie privilégier sa soif de curiosité et son goût pour les recherches : autant de besoins vitaux qui le conduisent à aborder tous les thèmes le passionnant, dans une démarche émotionnelle et fusionnelle avec ses lecteurs.

La Comtesse de Peyronnet fut présentée par M. Jean-Claude Bonnet. Son itinéraire, fécond et atypique, la conduisit d'Ainay-le-Vieil vers de nombreux pays étrangers, en passant par La Sorbonne où elle obtint une licence de philosophie et y fut marquée par de grandes figures : Jean Guitton, Raymond Aron, le Père Lustiger... Après avoir enseigné la philosophie, étudié le russe et collaboré à l’ambassade du Cambodge, la nouvelle académicienne revient en France et, diplômée « guide interprète national », devient-en 1978- déléguée générale de la Route Jacques Cœur : « un ambassadeur extraordinaire », précisa M Bonnet, « une avocate des belles et nobles causes » qui sut, grâce à la qualité de ses contacts internationaux, drainer dans le Cher, des groupes étrangers souvent prestigieux. Organisatrice d’animations historiques et culturelles, conférencière (tant en France qu’en Europe ou aux Etats-Unis), déléguée de la Demeure Historique, cette efficace, enthousiaste et compétente animatrice du Patrimoine est également, depuis 1982, vice-présidente du Cercle Amical du Berry.

La Comtesse de Peyronnet émailla son discours sur le château familial d’Ainay-le-Vieil, des notions de continuité et de permanence, insistant sur le fait que l’homme, sans doute pour se sécuriser, construisait sur des lieux déjà investis par ses ancêtres : autant de sites historiques se superposant et puisant leurs sources dans les racines du passé. Propriété successive des Bourbons, des Barres, Sully, Culant et de Jacques Cœur jusqu’à la confiscation par Charles VII et le rachat  par le seigneur Chevenon de Bigny (ministre de Louis XII), Ainay-le-Vieil s’inscrit bien dans le champ de la continuité. Il est la demeure d’une même famille depuis cinq siècles : une famille dont les descendants ont donné à ce site historique, une dimension contemporaine. Croisée avec la permanence, la modernité confère à cet espace, une fonction festive (avec la création en 1954 -deux ans après Chambord- d’un spectacle « son et lumière »), sociale (par le biais d’interactions avec la vie du village). A ces fonctions, s’ajoute la valorisation culturelle initiée par l’exposition « Colbert » dont la Comtesse rappela le contexte ainsi que les propos du conservateur de Versailles (rencontré à cette occasion), soulignant que les châtelains étaient devenus « les aventuriers du monde moderne ».

En homme de scène bien avisé, M. Georges Buisson nous éclaira avec virtuosité et lyrisme, sur la personnalité, le parcours dense du pianiste concertiste et compositeur, Yves Henry. « Un homme jeune, fougueux et prometteur... Un pianiste talentueux connu dans les meilleurs salons, qui a sillonné l’Europe et traversé l’Atlantique pour se produire dans cette Amérique indissociable du souvenir de La Fayette... Un amateur de promenades à pied et de cimes neigeuses qui, dit-on, organise à Nohant, les menus plaisirs de Mme Sand... ». Le ton est donné, dans toute sa vivacité : M. Georges Buisson a choisi la fiction théâtralisée, en exploitant le charme de l’échange épistolaire entre une marquise et sa fille, pour métamorphoser sa présentation en un poétique miroir du portrait de ce grand pianiste qui donna son premier concert, à peine plus âgé que Mozart...

Co-directeur artistique des « Rencontres Internationales Frédéric Chopin » et des « Fêtes romantiques de Nohant » (le seul lieu où Chopin aura si copieusement composé), M. Yves Henry traita avec brio, du lien intimement étroit entre les compositions de Chopin et l’évolution des sentiments de ce dernier. Il relata comment, après quelques succès assez mitigés, la rencontre -dans les années 1830 - avec George Sand contribua à l’épanouissement puis à la maturité de son œuvre : une inspiration fertile puisée dans la fascination pour la femme créatrice que fut George Sand et dans la nature même, mais une nature -à Nohant- domestiquée, sécurisante... Alors qu’à Paris, Chopin (accaparé par ses cours) ne composait pas, il fit de Nohant, l’antre de la création de ses plus belles pièces et nous a légué cet héritage patrimonial, porteur d’une sensibilité inhérente au lieu et aux variations de l’intensité de ses passions...

Un vin d’honneur acheva, dans la convivialité, cette riche journée.


Présentation de Monsieur Yves Henry

par Monsieur Georges Buisson


Ma Très Chère,


Il me faut, sans plus tarder, vous dire la chose la plus incroyable, la plus inimaginable, la plus folle, la plus invraisemblable, la plus effarante, la plus inouïe, la plus rocambolesque, la plus fabuleuse, la plus prodigieuse, rare, remarquable. Que dis-je ? La chose la plus stupéfiante qui se puisse être.

Vous trouverais-je, Ma Bonne, dans la disposition d’esprit susceptible de découvrir par vous-même cette nouvelle que toute la bonne société s’arrache ?

Si vous me dites qu’elle concerne un homme de bon aloi, au physique avenant, à l’imagination débordante, au contact chaleureux, je me dois de vous indiquer que vous vous réchauffez sensiblement.

Si vous additionnez à ces informations le fait que le gentilhomme en question est un curieux de musique, au sens indiqué par Monsieur de La Bruyère lui-même, alors, je vous le déclare tout net, Ma très Chère, vous brûlez littéralement !

Mais si à partir de ces indications précises, votre esprit, que je sais pourtant fort alerte, ne vous amène à la solution, il faudra bien vous résoudre à livrer votre langue au chat. Le ferez-vous ? Ou souhaitez-vous encore quelques précisions supplémentaires comme l’évocation d’une province bucolique du royaume qui connut en son temps, le faste de « très riches heures » ?

N’y êtes-vous toujours pas ? Pas du tout ? Alors, sans autres détours, il me faut vous le dire tout net, en trois comme en quatre, Monsieur Yves Henry est reçu, ce jour, sous l’auguste coupole imaginaire de l’Académie du Berry. Vous m’avez bien entendu, le Cher Homme, recevra sa reconnaissance au cours d’une séance solennelle à Ainay-le –Viel.

Enfin me voici, ma Chère, totalement dégagée du poids du secret et enflammée du plaisir de la confidence partagée avec vous.

Si vous me demandez ce qu’on dit présentement en Berry, et de quoi il est question, je vous répondrai que l’on y parle que de Monsieur Yves Henry, de ses bonnes grâces, de ses intérêts, de l’admiration que l’on a à son endroit.

L’affaire de cette réception à l’Académie fait ici un bruit très agréable pour l’Homme qui fut élevé en son temps Chevalier dans l’ordre des arts et des lettres.

Vous le savez, Très Chère, l’enfant prodigue a livré son premier concert à l’âge de onze ans ! Onze ans ! A peine plus âgé que le célébrissime Wolfgang, Amadeus Mozart.

On dit qu’il enchanta littéralement son auditoire par l’interprétation qu’il donna du Premier Concerto de Beethoven. Il renouvela l’exploit, deux ans plus tard, de l’autre côté du Rhin à la Philharmonie de Berlin.

Et depuis ces glorieuses prémices, de salon en salon, de salle de concert en salle de concert, le voilà parcourant le pays dans tous les sens, escaladant les montagnes, traversant les rivières, empruntant toutes les routes pour se produire devant des publics exaltés.

Après ses brillantes études au Conservatoire de Paris, il semble bien qu’une grâce providentielle effleura sa chevelure si romantique. Il obtint sept premiers prix, vous m’avez parfaitement entendue, ma Très Chère, sept, le chiffre magique ! L’enfant n’était-il pas coiffé à sa naissance ?

Le royaume ne lui suffit plus. Il franchit les frontières, Cleveland, Belgrade, Budapest, où il obtint à chaque occasion reconnaissance et récompense.

L’Homme, Ma Bonne, est intrépide ! Il rêve de rivages lointains et malgré toutes les recommandations à la prudence qui lui furent faites, le voici qui s’est jeté sur l’océan, pour atteindre les lointaines terres d’ Amériques, celles-là mêmes que Monsieur de Lafayette s’est fait l’honneur de défendre. Le voilà donc à New York et le croyez-vous donc stabilisé pour autant ? Que nenni, puisqu’on l’annonce à Leipzig, puis encore à Berlin !

L’incroyable Homme, toujours prompt à nous surprendre, à se situer là où l’on ne l’attend nullement. Il décida aussi de se mettre dans les bonnes grâces du Maestro Ciccolini, auprès de qui il perfectionna son art.

En plus d’être un interprète de tout premier ordre, on le dit aussi compositeur.

Ah Ma Bonne ! Je vous vois d’ici battre vos petites mains de plaisir et je ne peux que souscrire, moi aussi, à pareil enthousiasme.

L’homme est d’exception, il faut nous résoudre à pareille évidence.

Il transcrit les œuvres de Messieurs Borodine, Dukas et Ravel. Il composa les chants Tyrrhéniens, l’Adagio pour cordes, le cycle de mélodies, les Sentiers dérobés et un conte musical, Le Magicien de la musique.

Pourtant, comme vous pouvez aisément le constater en admirant dans votre boudoir, ce portrait miniaturisé le représentant et que j’adresse à votre intention, Monsieur Yves Henry n’a quasiment aucun cheveu blanchi prématurément qui pourrait trahir un âge quelque peu avancé. L’homme est donc jeune, fougueux et prometteur !

Et c’est vrai que le bougre a de nombreuses cordes à son arc.

On le dit grand amateur de vin, non pas en quantité, rassurez-vous, mais exclusivement en qualité, au point d’avoir crée un événement en Bourgogne, qu’il se plut à nommer «De Bach à Bacchus ». Nous l’avons plus d’une fois entendu évoquer, dans l’intimité, « le sang de la vigne » comme l’élément évident d’une culture, d’une tradition ou d’un savoir-faire. Vous l’aurez compris, notre Homme philosophe à sa façon, au point de comparer le vigneron au musicien interprète.

Monsieur Yves Henry s’enthousiasme encore pour la pêche, cette pratique bucolique en étang ou en rivière, pour la promenade à pied, une manière toute particulière qu’il a de regarder le monde et de se sentir en harmonie avec la nature. On le dit encore fort attiré par les cimes neigeuses où il apparaît tout aussi à l’aise dans trente centimètres de neige poudreuse que dans un prélude de Chopin.

Mais savez-vous encore qu’il transmet aujourd’hui à de nombreux élèves son art musical ? Il le fait dans certains conservatoires de la Capitale et soyez certaine que ses cours sont autant courus que peux l’être votre salon, ma Chère. Il faut savoir y arracher une place pour avoir l’honneur d’y paraître et d’y rester.

Pourtant, une chose est parvenue à mes chastes oreilles, une chose, dis-je, qui affirme que notre Homme se serait rapproché d’une certaine George Sand, écrivain de son état, à ce qu’il parait, bien que, de son mariage elle fut pourtant Baronne Dudevant, donc de la bonne société.

Comment cette personnalité à l’imaginaire sulfureux, a-t-elle bien pu s’attirer les bonnes grâces de notre Gentilhomme musicien, au point de lui avoir confié, depuis maintenant quelques années, la direction artistique d’un festival de musique, qu’elle organise, dit-on, non pas dans son salon, comme il se devrait, mais dans sa bergerie.

Je vois bien là votre minois dubitatif, mais pourtant, croyez-moi, l’information, aussi insolite soit- elle, est de tout premier plan.

De la musique dans une bergerie ! Se croit-il donc à Trianon ?

Monsieur Yves Henry organise donc ainsi les menus plaisirs musicaux de Madame Sand, des sortes de fêtes romantiques, à ce que l’on prétend

Son investissement n’étant sans doute pas suffisant, il ajoute à ces festivités des rencontres internationales autour d’un certain Frédéric Chopin, musicien reconnu et apparemment fort lié, lui aussi, à cette Madame Sand.

Quoiqu’il en soit, grâce à l’action de notre Cher Homme, le domaine de Nohant est l’objet de rendez-vous musicaux de tout premier ordre et fort prisés, auxquels participent les plus grands interprètes du temps. Il y invite également tous les musiciens en herbe qui font leurs classes à cette occasion.

L’on m’a même rapporté que Monsieur Yves Henry s’est livré à l’interprétation des œuvres de ce Frédéric Chopin durant plus de quatre heures trente d’affilé ! Oui, oui, vous m’avez bien lu : quatre heures trente, une fois sur un playel 1830 et une fois sur un piano de notre époque. Voilà bien la chose la plus stupéfiante qu’il m’est été permis d’entendre ! Quatre heures trente !

Notre Homme, au physique si avantageux, à la société si agréable, sait aussi s’entourer des grandes comédiennes du siècle. Citons Mademoiselle Fossey ou bien encore Mademoiselle Barrault. Il n’hésite pas à accompagner au piano avec force génie leurs lectures d’œuvres diverses de cette Madame Sand, dont je vous parlais à l’instant, ou d’autres encore, chantres de ce romantisme si cher à leurs cœurs.

Ces duos si talentueusement improvisés n’hésitent pas à quitter les théâtres parisiens pour s’afficher sur quelques bonnes scènes de notre féconde province. D’où, très certainement la reconnaissance de notre Cher Homme, dont je vous entretiens présentement dans cette lettre.

Monsieur Yves Henry, à l’instant où vous me lirez aura donc été reçu au sein de la prestigieuse académie du Berry et notre académie aura reçu notre Cher Homme en son sein.

La chose est donc faite et bien faite ce samedi 22 du mois d’octobre dans le cadre majestueux du château d’Ainay- le- Viel.

Je m’en réjouis, tout comme j’imagine aussi votre réjouissance sincère provoquée par les bonnes grâces de notre ami.

Je suis à vous, ma très chère Bonne et ne trouve rien de bien aussi employé que le temps que je passe à vous écrire pour vous donner toujours à temps les meilleures informations qui se puissent être.


Votre dévouée…….   


Académie du Berry

Séance Solennelle de printemps

Sous le signe du voyage et des Arts...


L’Académie du Berry avait choisi Issoudun (ville inspiratrice du roman La Rabouilleuse) pour organiser sa séance solennelle de printemps et recevoir, en tant que membre titulaire, une éminente spécialiste du patrimoine artistique : Mme Sophie Cazé, conservateur en chef du musée de l’Hospice Saint-Roch.

Membres et invités de l’Académie ont eu le privilège d’inaugurer cette journée par la visite guidée des quelque 3000 m2 de ce remarquable musée issoldunois : un antre de la culture liant patrimoine et modernité, riche d’œuvres dignes de musées nationaux et contextualisées (des fantastiques arbres de Jessé aux fascinantes collections marquées, entre autres, par l’art extra-européen, les productions surréalistes, contemporaines...). Ce voyage matinal à travers les époques et les styles, la tradition picturale, les symboles et l’onirisme, a ainsi conduit -selon un itinéraire adroitement pensé et mis en scène- de la chapelle et l’apothicairerie à la fidèle reconstitution du salon parisien « Art nouveau » de celle qui fut amie de Georges Bataille, Paul Eluard, Max Ernst : Léonor Fini…

A l’issue d’un repas convivial à « La Cognette » (restaurant réputé au cadre proche des décors balzaciens), débuta -dans l’esthétique et fonctionnel amphithéâtre du Centre des Congrès- la séance solennelle de l’Académie : une séance placée sous la présidence de M. Alain Bilot (dont il fut rappelé la toute récente et honorifique promotion au grade d’Officier des Arts et Lettres).

Après la présentation de trois nouveaux membres (le maître-cuisinier Alain Nonnet, Maître Jean d’Audignon et M. Gérard Pillet), M. Daniel Juillard -membre correspondant de l’Académie, licencié ès Lettres, diplômé d’Etudes Supérieures du Droit des Affaires- a traité avec pertinence, de la problématique situation de la presse écrite dans une société dominée par les nouveaux outils de communication. Membre du Comité directeur du Syndicat de la Presse hebdomadaire régionale et directeur-gérant de L’Echo du Berry, M. Juillard analysa les raisons du malaise de la presse française, plus fragile que ses consœurs européennes par son histoire : un malaise expliqué par la perte -dans les années 70/80- du quasi-monopole de la publicité, le coût d’achat élevé, l’avènement de la presse gratuite et celui des groupes d’investisseurs n’ayant pas une vision globale du secteur puis, le conséquent développement d’Internet à l’origine d’une modification des pratiques de consommation… Dans un discours rassurant, il fit ensuite, partager quelques pistes d’espoir : autant de pistes reposant sur le fait qu’aucun nouveau média n’en avait fait disparaître d’anciens, la valeur de validation du contenu de la presse face à la relative fiabilité des informations sur Internet, la spécialisation de la presse (paramètre potentiel pour contrecarrer l’ingérence du phénomène de mondialisation dans le champ concerné...), la proposition de systèmes globaux d’information (mixant son et image).

Présentée par M. Thierry Bodin (Président de la Société des Amis d’Honoré de Balzac et de la Maison de Balzac, Expert près la Cour d’Appel de Paris, Issoldunois de cœur), Mme Sophie Cazé s’avère l’âme même de l’habile aménagement de la structure de qualité qu’est le musée de l’Hospice Saint-Roch. De formation académique classique et licenciée en Histoire, Mme Cazé est nommée en 1979, à la tête du  musée d’Issoudun, au sein duquel elle ne cessera de s’occuper avec vaillance, de la valorisation du patrimoine et de la diffusion de l’art contemporain : deux orientations savamment cultivées lors des restaurations, acquisitions et nombreuses expositions. Actrice de l’agrandissement du musée (la première opération de ce type, en région) et d’une restructuration du site (voulue fondée sur les axes chronologique, thématique et scénographique), ce conservateur en chef avisé -qui a opté pour la médiation vers le public- assure depuis 1987, la direction des établissements culturels de la ville d’Issoudun.

Sophie Cazé orienta judicieusement son discours de réception sur le parcours atypique d’Auguste Borget, ami de Balzac et peintre voyageur : une communication articulée autour de deux thématiques affinant la personnalité de Borget perçu, ici, comme peintre de marines puis, comme observateur des populations rencontrées au hasard  des voyages…

En confrontant textes et dessins d’Auguste Borget, Mme Cazé précisa la pensée politique, intellectuelle de cet Issoldunois né à la charnière des XVIIIème et XIXème siècles : un Romantique (aux allures de dandy) issu des Lumières, qui va tester au cours de ses voyages abordés avec l’œil d’un peintre de marines, ce qu’il a retenu de son éducation classique. Le conservateur en chef démontra la maturation des œuvres de ce peintre d’abord descriptif, au regard scientifique, qui revint sur le motif pour dessiner les éléments les plus beaux ou les plus modestes, traduisit les reflets, prit des notes sur les couleurs, évolua d’un dessin de reportage à une production très fouillée tout en portant un grand intérêt à l’ingéniosité des populations chinoises, indiennes ou d’Amérique du Sud : des populations qu’il découvrira à travers le prisme d’une position philanthropique d’Européen et dont il croquera l’activité ou décrira les pratiques religieuses. Sophie Cazé relata donc, brillamment, la destinée tronquée de l’un des ces premiers peintres voyageurs retiré à Bourges, isolé du milieu parisien et en marge du monde de la modernité, de la technicité : une destinée à laquelle mirent fin primitivement, les événements de 1848 et la mort de Balzac dont Borget était l’ami.

Une journée radieuse, des communications variées et passionnantes, auront ainsi contribué au succès de cette première séance solennelle de 2008, dans la cité de la Tour Blanche…

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Aperçu sur la fabrique Clérissy de Moustiers

par Lucien Dalmasso, titulaire

Membre de la Société Française d'Héraldique et de Sigillographie et de la Société Suisse d'Héraldique.

Membre de l'Académie de Moustiers et Membre correspondant de l'Académie des Sciences, lettres et Arts de Marseille.

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Parmi les villages pittoresques des Alpes de Haute-Provence, Moustiers-Sainte-Marie apparaît dans un cadre enchanteur. En effet, cette illustre cité faïencière, située au creux des rochers, reliés par une longue chaîne au centre de laquelle pend une étoile dorée, évoque le décor d’une crèche provençale.

Si la manufacture de Moustiers a produit des pièces d’excellente qualité, elle le doit d’une part à son expérience lointaine du travail de la céramique, de l’autre aux artistes talentueux qu’elle emploie dès le milieu du XVIIe siècle. En outre, elle a le privilège de posséder sur son territoire de l’eau et du bois de chauffage en abondance, ainsi qu’une terre remarquable à la fois fine et pure. Les principaux facteurs sont donc réunis pour faire de la belle faïence.

Moustiers a connu de la fin du XVIIe siècle à la Révolution française, trois grandes périodes : celles de Clérissy (1690-1740) ; d’Olérys-Laugier (1738-1749) ; de Fouque-Pelloquin (1749-1783). Les dates citées ici indiquent l’époque où ces ateliers ont eu leur consécration, mais il est certain que leur production se maintient au-delà de celles-ci. De toute évidence, c’est durant la première période, sous l’impulsion de Pierre I Clérissy (1651-1728), qualifié pour la première fois de « Maître faïencier » en 1679, que sont réalisées les plus belles faïences. Depuis, un engouement particulier pour le décor en camaïeu bleu, ne cesse de se répandre. Les figures bibliques et mythologiques, les scènes de chasse tirées des recueils de l’œuvre d’Antonio Tempesta, graveur de la Renaissance italienne (1555-1630), de même que le célèbre décor "à la Berain", famille de dessinateurs, graveurs et ornemanistes français des XVIIe et XVIIIe siècles, font toute la richesse de Moustiers. Ces sujets, admirablement interprétés par des artistes peintres expérimentés, comme les Viry, caractérisent l’atelier Clérissy.


C’est alors, qu’une circonstance imprévue donne un nouvel essor à la production faïencière dans le royaume : il s’agit de l’édit somptuaire de 1689 promulgué par Louis XIV, ordonnant la fonte de la vaisselle d’or et d’argent, afin de faire face aux difficultés du Trésor Royal. Ainsi, pour les grands dignitaires un dilemme se pose : comment substituer à cette vaisselle précieuse une matière moins onéreuse, tout en préservant leur faste ? La faïence de belle qualité parut le résoudre. Moustiers, comme d’autres éminentes manufactures françaises, tire profit de cette situation. Alors, les nobles et illustres personnages ne tardent pas à passer commande aux ateliers célèbres et compétents, en n’omettant pas de faire agrémenter de leurs armoiries ces superbes pièces. Désormais, les blasons accompagnés de leurs ornements extérieurs, occupent dans le décor Clérissy, une place imposante, grandiose, voire prétentieuse…

Par un souci de décoration, les armoiries peuvent être traduites indépendamment des règles héraldiques, sous divers aspects, dans un relief original : des colonnes, un socle, une base ou un piédestal architectonique peuvent supporter un blason. Le tout sous l’influence des grands styles de l’architecture : Renaissance, Baroque et Rococo. Signalons aussi la prolifération des emblèmes, de la figure humaine, de la flore et de la faune souvent symbolisés dans le décor des faïences. Pour cela, les dessinateurs se sont maintes fois inspirés de divers ouvrages de la fin du XVIIe siècle, comme ceux de Menestrier, Mavelot et Verrien. Les artistes décorateurs de l’atelier Clérissy, puisent dans ces volumes, une multitude de cartouches et de médaillons dans lesquels ils vont enchâsser les blasons. Sans aucun doute, l’interprétation étonnante des ornements que nous venons de nommer, témoigne de la part des « Maîtres faïenciers », d’une recherche incessante dont l’objectif est peut-être la perfection artistique.


Ainsi, les produits de Moustiers, issus de l’atelier Clérissy, ont un charme incomparable pour tous les amateurs de faïences.

   
Faïence de Moustiers aux armes de la famille SABRAN (Provence

Grand plat circulaire, diam : 50 cm, décor en camaïeu bleu, fabrique Clérissy, fin du XVIIe siècle.

    Musée de Moustiers (Alpes de Haute-Provence).        Cliché : B. de Rességuier.


Activités de l'Académie

Samedi 20 octobre 2007 : séance solennelle d'automne de l'Académie du Berry, au château d'Ainay-le-Vieil. Réceptions de la Comtesse Marie-France de Peyronnet (Chevalier des Arts et des Lettres, Vice-présidente du Cercle Amical du Berry, Déléguée de la Demeure Historique) et de M. Yves Henry (Chevalier des Arts et des Lettres, pianiste concertiste, compositeur).

- jeudi 29 novembre 2007
; séance inaugurale d’ouverture de l’Académie Française

- lundi 10 décembre 2007 : Conférence à la Mairie du 6ème, au Cercle Amical du Berry sur les traditions populaires du Berry


- jeudi 13 décembre 2007
: réception à l’Académie Française du nouvel Académicien Mr D.Fernandez

- lundi 21 janvier 2008 : galette des Rois au Cercle Amical du Berry, suivie d’un dîner

- samedi 26 janvier 2008 : réunion du Haut-Conseil, à la Maison des associations de Bourges. Préparation de la séance solennelle de printemps, évocation du Prix Saint-Jean Bourdin 2008, évolution des démarches auprès de la Conférence Nationale des Académies de province, étude de la création d'un site Internet...

- lundi 11 février 2008 : Conférence à la
Mairie du 6ème au Cercle Amical du Berry par le concepteur du VAL

- jeudi 31 Janvier 2008 ; Réception à l’Académie Française du nouvel académicien M Max Gallot en présence du Protecteur de l’Académie Française, Mr le Président Sarkozy.

- vendredi 15 février 2008 : concert avec Yves Henry (membre titulaire) et le quatuor Ixia à la Sorbonne

- lundi 18 février 2008 : conférence à la Mairie du 6ème, au Cercle Amical du Berry par Mr J.P Delage membre correspondant) sur le peintre F. Maillaud.

- dimanche 23 Mars 2008 : visite de l’exposition Auguste
Borget au Musée St Roch à Issoudun

- dimanche 30mars 2008 : Assemblée générale du Cercle Amical du Berry au Cercle Militaire,


Nominations, Promotions


François Marcel Plaisant (membre titulaire), ambassadeur de France, président du Cercle Amical du Berry a été promu au grade de Commandeur des Arts et des Lettre par arrêté du Ministre de la culture et la communication.

Le docteur Bernard Jouve (membre titulaire) a été nommé en décembre 2007 Président des Groupements des Amis des Musées de la région Centre.


Publications

Solange Dalot, (membre correspondant), vient de publier un livre : Marie des Poules, Marie Caillaud chez George Sand, histoire de la petite servante, qui appréciée pour sonintelligence et son talent par G.Sand, participa aux séances du théâtre de Nohant.

Solange Dalot trouve en partie des réponses au mystère entourant la naissance de Marie-Lucie, la fille de Marie Caillaud.


Notre collègue André Haon, (membre titulaire),  ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure et spécialiste de l’histoire de la Rome antique  très attaché à sa région du Gard nous a fait parvenir la récente traduction en anglais de son livre « Contes du Pays du Pont du Gard » publié en 1981, sous le titre « Tales from around the Pont du Gard » ( Imprimerie AGB Nîmes). André Haon  est l’auteur de nombreux ouvrages  tels que : « Contes de Cassiopée », « Contes de Jean-Baptiste », « Contes sataniques » , « La mort du chat noir, chronique cévenole »et « Les prémices de la Révolution de 1789 dans le canton de Remouliers ».Ces travaux tous inspirés par le Gard retracent avec truculence, ironie avec une touche de  lyrisme et de philosophie  l’atmosphère des villages et des villes d’une contrée pleine de vent et de soleil. Il a été honoré du Prix de Littérature Régionaliste en 1981. André Haon est  Secrétaire-Chancelier de l’ Association Culturelle Académique des Pays du Pont du Gard : il vient également de nous envoyer les Annales 2007 de cette Académie.



     

IN MEMORIAM


Abbé JEAN PERRIN (1910-2008)


Notre collègue Jean Brossard, (membre titulaire) Agrégé de l’Université, nous  a communiqué une biographie et la remarquable  allocution qu’il a prononcée en janvier 2008 à la messe de funérailles de  notre regretté collègue M. l’Abbé Jean  Perrin ; en voici quelques  extraits :

Homme  de Dieu qui a passé soixante-deux ans à la tête des paroisses de Faremoutiers et de Pommeuse dans le diocèse de Meaux, ce prêtre à la très vaste culture classique fut aussi musicien, amateur d’art, écrivain et poète. Il n’a jamais cessé d’écrire : son  dernier texte littéraire daté de la Sainte Cécile 2007 montre comment de façon prémonitoire, « il s’offrait au sommeil qui ne tarderait pas à le nicher dans la glèbe, ameublie par le soc de la nuit, qu’il était devenu ».Son œuvre est considérable. Elle compte un roman Loup Fourdines, quatorze recueils de poèmes, des essais, plus de cent vingt brochures, l’inimitable Diurnal de l’Amitié, plaque tournante de sa création poétique,
des monographies dont  l’une consacrée au Duc Jean de Berry et  la  plupart à ses amis, peintres ou sculpteurs. Organiste de talent, il composa un certain nombre de pièces musicales. Une série de distinctions et prix littéraires vint couronner une production de qualité  d’une telle variété. Le prix Mistral en 1961, le prix de l’Académie des Arts, Sciences et Lettres de Lyon et le Prix Saint-Jean Bourdin de l’Académie du Berry en 1995. Il fut également lauréat de l’Académie française ; ses travaux lui avaient ouvert les portes de plusieurs sociétés savantes, dont la Société des Gens de Lettres, la Société des Poètes Français, la Société des Ecrivains Catholiques et  l’Académie du Berry. Titulaire de la Croix de guerre 1939-1945, il devint  Chevalier de l’Ordre du Mérite et Officier de La Légion d’Honneur .

C’est le dernier paragraphe de la dernière page du  dernier texte de l’Abbé Jean Perrin  Les Floralies Vespérales ouvrage daté du 22 novembre 2007 qu’a tenu à citer son ami Jean Brossard en conclusion de sa si sensible  allocution aux funérailles de notre éminent collègue :

«  Il suffit de regarder frémir une herbe ou rire un pétale sous la brise pour se trouver , emporté à son insu, vers des îles sans nom où l’on se  sent si petit  que l’idée ne viendrait même pas au poète de s’en croire le maître ; et  il ne lui resterait alors que de présenter ses mains, ses yeux, ses oreilles et sa voix au Souffle dont il ne saura jamais d’où il vient et jusqu’où il le portera à  travers la nuit, jusqu’aux rives de la prochaine aurore ».


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                                Le Docteur Bernard BLANC  (1923-2007)

La famille de notre regretté collègue le Dr. Bernard Blanc, diplômé  de l’Ecole de Santé Navale de Bordeaux nous a fait parvenir un émouvant témoignage sur l’éminent praticien et l’homme de cœur que fût le Dr. Blanc, toujours attentif,
dévoué à ses patients  et à  sa grande famille. Diplômé de l’Ecole de Santé Navale de Bordeaux, sa carrière lui fit parcourir le vaste monde : L’Indochine, les Antilles et l’Afrique, puis il s’installa à Thonon en 1967 comme  cardiologue. Conférencier émérite, ses  travaux de recherche  ont porté sur le Moyen Age. Ses nombreuses activités  et son état de santé ne lui ont pas permis de participer régulièrement  à nos activités mais il portait une haute estime à notre Académie.

Le Haut-Conseil de l’Académie du Berry présente ses bien sincères condoléances à sa famille durement éprouvée par la perte d’un être cher.

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                                    Expositions

Déléguée départementale de l’Académie Internationale des Arts et Lettres, Catherine Réault-Crosnier (du Haut Conseil), a participé avec deux peintures à la cire et un poème, à l’exposition des artistes membres de cette Académie, au Centre Culturel Christiane Peugeot à Paris. Lors du vernissage, Catherine Réault-Crosnier dédicaça ses livres et deux de ses poèmes ont été lus. Cette exposition eut lieu en partenariat avec le Lions Club Paris-Necker-Pasteur et 25 % des ventes sont allés à ce Lions Club pour des œuvres caritatives.


Les Amis de Maurice Rollinat dont le président M. le Professeur R. Miannay est membre titulaire de l’Académie du Berry et Mme.Réault-Crosnier du Haut Conseil, secrétaire générale, ont organisé à Châteauroux le samedi 1 mars 2008 la Journée des Amis de Maurice Rollinat.

                                 


                                      Maurice Rollinat au piano

                                                  Maurice Rollinat au piano

                                                              ... ... ...







 
Dernière modification : 07/05/2009
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