Paule Briand

                              Académie Berrichonne

                              Séance Solennelle  de  Bourges le 18 mars 1962

                            Discours de réception de Mlle. PauleBriand 


Monsieur le Président de l'Académie Berrichonne,

Mesdames,

Mesdemoiselles,

Messieurs.

Quand en Mai 1960, vous m'avez fait l'honneur, Monsieur le Président, de visiter l'exposition que j'ai présentée à Bourges, après  avoir  examiné les quelques  toiles, portraits et natures mortes qui s'y trouvaient, vous êtes venu vers moi et m'avez demandé s'il ne me plairait pa sd'être admise a l'Académie Berrichonne, j'ai été, vous en conviendrez, très surprise. Vous m'avez  alors indiqué les  espoirs, les buts et les activités du groupement  que vous  présidez avec  tant d'autorité et  invité a poser ma candidature; mais vous ne m'avez pas caché que le jour ou je serai admise officiellement, j'aurai à faire un discours de réception, En me disant, avec un large sourire, que celui-ci devait avoir une durée presque réglementaire.

Rentrée à Châteauroux j'ai pensé bien souvent à cette conversation et je me disais  « Académie, ce ne peut  être pour moi, je suis vraiment trop jeune » : j'ai attendu souvent sans y croire, parfois avec confiance,parfois même, avec impatience. Enfin une lettre m'invitant à poser cette candidature ! et quelques jours plus tard l'annonce que j'étais acceptée en ma qualité de peintre. Je  remercie bien vivement Monsieur le président et les Membres de l'Académie Berrichonne, de leur indulgente bonté et de leur compréhension.

Mais, je n'avais pas oublié le discours  et résolument, je me suis mise au travail.


Je pense, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

que vu ma jeunesse et mon inexpérience c’est aujourd'hui une tache immense d’essayer de prendre place dans une assemblée aussi choisie et ayant autant de connaissance.

Je vais m'efforcer devous dire pourquoi j'aime l'école Flamande et sa bien proche voisine, l'Ecole Hollandaise, ce dont beaucoup s'étonnent.-

Originaire de la Flandre française, j'ai été habituée à jeter un coup d'œil  amical sur nos aimables voisins et leursmouvements artistiques.

La Belgique présente,en un espace restreint, les principales caractéristiques des pays d'Europe Occidentale par ses richesses naturelles, architecturales, culturelles, ethistoriques.

En Belgique l'art et la vie sont toujours restés inséparables. Les Hôtels de Ville, abritent toujours le pouvoir communal, aucune cathédrale n'a été déchue de sa splendeur originelle et c'est sans doute cela qui donne à ses villes d'art une telle présence.-

A ce passé resté vivant, s'ajoute pour la plupart d'entres elles, la gloire de pouvoir associerà leur un nom déjà illustre, le souvenir d'un poète, ou d'un peintre ou d'un artiste prestigieux.

Comment en effet concevoir le faste d'Anvers, sans Rubens,le mysticisme de Bruges sans Memlingett surtout sans Hugo van der Goes,la fierté grave de Gand, sans van Eyck,  le dignité ordonnéde Tournai sans Roger de la Pasture, dit van der Weyden, la joie de vivre et le sens aigu des réalités des  Bruxellois, sans Brueghel, pourtant d'origine purement Anversoise.

A Anvers, tout parle de Rubens : le port, 1es  musées, sa demeure, les intérieurs des appartements en sont imprégnés. Les années que j'ai passées dans cette ville laisseront sur moi leur marque, Et je pense ne jamais le regretter.-

On m'a reproché fréquemment, les travaux de copies faites dans les musées, entravant la personnalité, me dit-on. Mais reproche-t-on au musicien d'interpréter le plus exactement possible l'œuvre du compositeur ?. On crie  alors au génie et avec raison.

Le travail du copiste,ou pour l'effectuer  toutes sortes de garanties sont exigées: certaines connaissances, contrôle etc même, casier judiciaire, est un travail plus obscur, et pourtant !

Dans la musique: la mesure, les accidents;  les indications sont donnés tandis que le copiste en peinture, je parle naturellement de copies faites en musées directement devant le chef d'œuvre  et non sur  une vague  reproduction ou tout est faussé : le copiste doit se transposer dans le siècle du Maître et assimiler son style, son art, sa technique, apprendre à connaitre le matériau, à rendre la transparence, la fermeté de la touche, la vivacité de la couleur et mon Dieu ! chacun peut pour celui qui y séjourne et sait regarder. Le musée est une aventure, un long voyage, celui d'Anvers est un véritable carrefour du monde, toutes les  races s'y côtoient, tous les passionnés d'art s'y rencontrent, hommes de toutes couleurs, de toutes idéologies.

Pour ma part, un de ceux qui m'a le plus frappé est un Russe, qui, en extase devant un Jordaensavait perdu la notion du temps et oubliant le millier de camarades et les policiers les accompagnants, a dû se faire rappeler à la réalité, par un amicomplaisant.

Le musée est une leçon d'histoire. Il s'y reflète  des aspects multiples  du passé, des choses, des hommes. La religion, les faits historiques, l'amour, la nature, tout  y trouve sa place, parfois d'une façon brutale et réaliste; géniale d'autres fois, estompée comme un souvenir qui nouslaisse  rêveur, et où notre: imaginationse demande comment un petit carré de toile peut enfermer un infini dans sonespace minuscule. On se demande le pourquoi, d'un sourire de Vierge ou d'Enfant,qui achève, dans cette douceur, la carrière d'un Maître viril entre tous. Unregard expressif nous attire, nous fait revenir sur nos pas et nous demander« quel sentiment, quelle vie se trouvait dans le modèle, et dans l'artiste qui a créé cette œuvre ? ».

Toutes les salles d'époque et de Maître très différents entre eux ont, cependant, un air defamille.

Les uns réputés par la connaissance des lois de la perspective et des proportions, lesautres pittoresques,  exubérants,définitivement maîtres des formes et s’exprimant avec une  irrésistible liberté. Pour peu que notresensibilité soit en éveil, la finesse, la verve, la sincérité, le mouvementnous touchent et nous émeuvent.


comparer le résultat.

N'a-t-on pas fait honneur au copiste de valeur  en exposant prés des originaux, des copies de Rubens par Delacroix et d'animaux de P.Pourbus je crois par van Gogh, dans l'une des plus belles salles de musée de Lille ?

Un musée, qui parait froid et monotone au visiteur pressé, prend une vie intense Nous voyons le vent passer dans les arbres,nous sentons la souffrance de ces Saintes Femmes aux  pieds du Christ. Le soleil passant à traversla vitre, un rayon de lumière sur un visage nous réchauffent  le cœur. J'ai beaucoup plus appris l'Histoirede l'art de ces deux écoles en séjournant au Musée: que dans les livres.

Chaque salle à son petit mystère : ici de lu­mière, là d'ombre, là d'un vernis, qui parfois a donné bien du souci. Le personnel bien souvent meilleur connaisseur qu'il ne leparait, a lui aussi ses  préférences, etvous apprenez que tel chef d’œuvre n'a pas vu la lumière depuis tant d'années, pour telle raison; la particularité de chaque peintre, de chaque époque, des difficultés d'entretien  et pourquoi.Tous ces renseignements pris sur le vif, puis discutés à l'atelier, sont de combien plus instructifs.

Il y a des images forcées, comme il y a des idées forcées, Léonard et Rembrandt l'ont génialement prouvé quant ils firent aux ombres au suggéré, une si large place aux fins decréer un milieu indéfini, où la spiritualité aimerait à prendre son vol.-

Puisque j'ai cité l'incomparable Léonard, ses conseils sur la manière d'éclairer les têtes, selon leur caractère , reste  toujours valable.

Quant Rembrandt voulut immortaliser le souvenir de sa mère, par un portrait d'elle, il ne mit visiblement dans le tableau que presque les  seules mains de la vieille et sa­inte femme qu'il vénérait. Mais tout s'ordonnait, tout s'éclairait autour de ses mains étrangement éloquentes.

Ainsi  auréolées de clair et d'obscur  entremêlés, ces pauvres mains décharnées, déformées et durcies, nous racontent finalement  toute une édifiante vie de labeur et d'amour,et quand autorisée à copier un de ces chefs d’œuvre, nous cher­chons lequel a notre préférence, le choix est bien difficile.

Il me serait impossible de vous présenter tous mes amis Flamands et Hollandais, je ne veux vous citer que ceux que j'ai le plus fréquentés.

Jacques Jordaens attira beaucoup plus mon attention.  Pas même les plus grands des Flamands n'ont représenté, avec plus d'audace, de puissance, de surabondance de vie, l’exhubérant natu­ralisme de son pays. Prenant toute sa famille comme modèle pour des compositions où il déploie plus de fougue et d'éclat que dans les sujets mythologiques. Dans le Roi boit, le satyre du Musée de Bruxelles ou dans  « les jeunes sifflent comme chantent les vieux » du musée d'Anvers, on y trouve autour d'une table abon­damment chargée de victuailles, les vieux vigoureux et malicieux, qui chantent, battent la mesure, des jeunes qui trinquent ou jouent de la cornemuse, d'adorables enfants et surtoutde belles jeunes femmes, qui s'épanouissent dans un éclat de rire. Il sait par son coloris rutilant, jeter le soleil sur leurs joues fraiches et leurs blondes chevelures, J'ai beaucoup travaillé Jordaens :  les portraits de sa belle-mère, femme de Maître Adam van Noort qui a été son professeur et celui de Rubens, de sa femme Catheri­ne,m'ont appris la transparence d'un voile et les difficultés d'un blanc.

Mais ces difficultés furent bien plus grandes lorsque je m'intéressais à son  « étude » étude  peinte d'un trait sans retouches, je suppose que beaucoup des personnes présentes, comprennent combien signifient d'attention et de sureté de main, ces mots sans retouche.

Trois peintres, peu connus en errance sont fort appréciés.

Gonzales Coques. Il commence chez Pierre Brueghel dit Pierre III, fils de Pierre II, dit d'Enfer et neveu de Jean de Velours, puis chez Van Dyck, homme de gout, peintre élégant et raffiné « Van Dyck vu par le bout de la lorgnette » disait Bruger. Sapalette riche malgré l'exiguïté des proportions, mais excluant toute minutie, et toute maigreur. De lui j'ai aimé reproduire les  « Cinq Sens », sur bois.

Jan Siberechts, un des plus grands paysagistes qui recherche franchement les difficultés du plein air et devance avec réussite complète les audaces de couleur du réalisme moderne. Ses paysages sont de vraies pastorales,très simples de motifs. Il sait donner à ses fermières et à ses gardeuses  de vaches des attitudes réelles,  combiner pour leurs costumes d'étranges ethardis vermillons, de blanc d'argent, de bleu cendré, de jaune vif qui donnentà son oeuvre un aspect si attrayant, si
personnel, si libre, que l'on peut dire de lui: il est venu trop tôt ou trop tard. De lui je n'ai que le bain.

Le troisième Adrien Brauwer, épuisé par la débauchea cependant laissé une oeuvre importante, pleine de bons mots, d'expressions,de grimaces, de sourires. Son brigand est accroché d'un trait sûr, en pleine pâte, grasse et coulante, laissant percer le fond du panneau dans le jeu du pinceau. La touche est ample, facile, à grands plans, les détails inutiles sont escamotés avec un art infini, la facture et le coloris sont d'une harmonie lumineuse et puissante.

Frans Snyders, un des premiers que j’approcha: me fut chaudement recommandé par mon Maître, pour ses qualités magistrales, son emportement de l'exécution, la vigueur du coloris, la chaleur et le souffle de vie qu'il adonnés à tous ses tableaux.

Il me fallut vraiment beaucoup d'audace  pour me permettre de reproduire cette corbeille de coings, petite partie du tableau, " Fleurset Fruits".

Son inséparable compagnon Jan Fyt s'intéresse lui au pelage des quadrupèdes et au plumage des oiseaux, avec une exquise perfection. Il dépasse Snyders par l'éclat de la lumière et la finesse du coloris.

AntoineVan Dyck  trop connu,pour que je m'attarde à vous en parler longuement, mais on ne peut ignorer ses sujets religieux, Sainte Famille, Christ en Croix, Piéta… auxexpressions pathétiques d'une touchante exaltation. Après une périodeItalienne, féconde et brillante, il revient à Anvers, où il dépasse de beaucoupla période italienne. Appelé en Angleterre, il y fit fortune.  Avec Velasquez  et Frans Hals, ils forment la Trilogie desGrands Portraitistes du I7ème Siècle.

Corneille de Vos peintre sincère, grand portraitiste surtout d'enfants, dont les oeuvres possèdent un si touchant aspect de vie. On aime ses modèles en même temps que leur peintre. 

David Teniers nous raconte la vie des paysans flamands, ses grosses joies familières, ses kermesses; ses personnages vont au marché,nettoient l'étable, traient les vaches, repassent les couteaux, arrachent les dents, dansent et boivent surtout comme des Flamands qu’ils sont. Il a tout peint avec esprit.

Mais entre deux,peut-être ai-je subi moi aussi l'influence espagnole, qui joua sur tout ce qui est des Flandres et me fit regarder avec attention la manière de Ribeira et sans hésiter, pendant trois semaines, avec acharnement, toute la journée, j'ai essayé de connaitre les difficultés que représentait son « Saint Joseph »

Si les artistes Belges frappent, par leur joie de vivre, le climat Hollandais et son ciel chargé devapeurs, réfléchissent la lumière avec une intensité surprenante. Les nuages qui le sillonnent projetant sur la campagne leurs ombres nettement marquées,mais transparentes, donnant aux couleurs tout leur éclat par le contraste del'ombre et de la lumière, en exaltant ou en diminuant la vibration et la puissance, font peut-être de la Hollande la campagne la plus colorée de l'Europe.-

Le vert doux de ses prairies, le bleu du ciel se reflétant dans l'eau de ses innombrables canaux,en blanc d'ar­gent ou azur, les toits rouges, les grands moulins noirs auxailes bariolées, complètent une palette d'une vivacité inouïe. Puisqu'il faut, écrivait Paul Delaroche:« qu'un artiste oblige la nature à passer à travers son intelligence etson cœur » il ne faut pas chercher d'autres sources au génie d'un Rembrandt grâce à son talent d'observations.

1°- Par une vérité dansles physionomies et dans l'ac­tion que l'on qualifie de naturalisme.

2°- Par simplification de l'ordonnance de la lumière et des ombres, ce qui n'est pas chez lui un moyen d'escamoter les difficultés.

Son clair obscur ne se transforme pas comme chez certains Maîtres de la décadence italienne, en images opaques et noires mais au contraire transparentes ; au travers on aperçoit tous les accessoires qui peuvent compléter l'action, expliquer la scène et conservent leurs formes et leurs dimensions à la place qui leur est due.

Il procède par contraste,contraste des clartés et des ombres, contraste des attitudes, des sentiments et des caractères, et le troisième contraste, celui de la facture, tantôt finie pour la scène elle-même, tantôt esquissée pour les acces­soires. J'ai succombé à la tentation d'essayer deux des plus renommés Rembrandt que nous présente le Louvre,  « l 'Hermite Lisant »et « Le Philosophe en méditation »
d'une seule tonalité, mais cepen­dant aux cent nuances différentes.

Un de mes préférés Hollandais, possède lui, l'audace, la certitude, Frans Hals. Il juxtapose le ton de ses chairs sans les confondre,tel qu'il les prenait sur sa palette. On a difficilement dépassé la fermeté deson dessin ; l'entende­ment qu’il avait de l'ensemble, « La Bohémienne », réservée au Louvre nous prouve cette virtuosité. Du même genre; « Le pécheur », au Musée Royal d'Anvers, « Lasorcière », du Musée de Lille, et  « Hille Bobe »,du Musée de Berlin.

Beaucoup prennent Frans Hals pour un impressionniste, tant l'étonnante facilité de son pinceau l'entraine  parfois à une largeur de touche excessive,voisine du genre décoratif. Le décousu de sa vie, son amour de la bonne chère et du vin le forcèrent trop souvent à brosser hâtivement des ouvrages, qui demeurèrent imparfaits, mais on peut dire qu'il représente un tempérament.

En travaillant au Louvre, je fus attirée par deux peintures de
Gabriel Metsus, le choix dessujets, le goût; la grâce, l'expression de la
« Femme Hollandaise » et de la « Cuisinière Hollandaise" sont d'une exécution merveilleuse. Le fini n'en exclut pas la hardiesse. Tout se trouve réuni pour en
faire deux bijoux d'un prix inestimable.

Je n'oublie pas Adrien Van Ostade, peintre d'intérieurs et de scène populaires, aimant le rire bon enfant : tel son « Fumeur ».

Un peintre de genre Pieter De Hooch; par excellence peintre du soleil. Johannés Vermeer, connu sous le nom de Van Der Meer De Delft,fut le plus grand de son temps. JacobVan Ruysdael, peintre paysagiste, simple, rustique, d'une poésie mélancolique. On retrouve cette poésie dans l'oeuvre d' Hobbema car si l'un choisit volontiers le soleil couchant dans toute sa rutilance, l'autrer eprésente les heures indécises du jour sur les primitifs moulins à eau, de la Gueldre et les joyeux villages rustiques de la Drenthe.

Il fallait à ce pays,dont toute la vie dépend de la mer, un artiste qui la chante. Le meilleur mariniste Hollandais est sans conteste W.Van de Velde le jeune, ses compositions, toutes exécutées dans les tons gris et délicats; il sait se ménager une série de plans successifs dans une harmonie douce et fine.

De tous ces artistes dugrand siècle de la Peinture Flamande et Hollandaise, je n'ai pas encore nommé le plus grand, le plus prestigieux, le plus Flamand des peintres Flamands, Pierre Paul Rubens.


On a reproché parfois à Rubens de n'avoir, ni le dessin de Raphael, ni la profondeur de Vinci,ni la mesure de  celui-ci, ni le naturalisme de celui-là, mais il a le dessin, la profondeur, le naturalisme, leclair-obscur de Rubens.

Cela est déjà suffisant comme difficultés, pour saisir le mystérieux desa couleur qui déroute et confond.

Coloris aux tonalités éclatantes, l'étincelle jaillit sur la moulure des colonnades, sur les cuirasses, les étendards déployés, sur les brocards et les soies étoffées, sur les verts lointains, les chevelures blondes et le 1uxurieux étalage de chair rosée.


Ambassadeur, il séjourne d’abord en Italie, il y copie Titien, Le Corrège, Léonard de Vinci, plus impatient de connaître et de savoir que de produire.

Rappelé à Anvers, pour  la mort de sa mère, les Archiducs font tout pour le retenir.

De 1618 à 1623 sa production est tellement invraisemblable qu’elle confond la raison et que l’esprit refuserait d’y croire si les documents authentiques n’existaient là pour le prouver.

Les Ambassades étaient ses « Vacances » « je me distrais parfois en étant ambassadeur » disait-il.

Doué et savant, il est sûr de lui, ne connaît pas les hésitations, entoute circonstances il est persuasif, il étonne, il repousse, il froisse,presque toujours il vous convainc s’il y a lieu de le faire, il vous attendrit.

Déjà âgé d’environ cinquante cinq ans, il est sollicité par les tapissiers Bruxellois, auxquels il répond par une succession de cartons suffisants, à eux seuls, pour occuper la carrière d’un artiste ordinaire.

Son dernier tableau fut le martyr de Saint-Pierre pour l'Eglise Saint-Pierre de Cologne. Il mourut en I640 à 63 Ans, laissant à ses fils, avec le plus opulent patrimoine, le plus solide héritage de gloire que jamais penseur au moins en Flandre eut acquis par le travail de son esprit. Le nombre de ses tableaux se chiffrent à plus de deux mille.-

Avec  un tel débordement de travail, rien ne permet de nier de que des experts ou des historiens d'art ont avancés, que bien souvent, ayant créé la partie essentielle d'un tableau, il laisse à ses amis, soit Brueghel le velours ; le soin de composer les paysages qui en forment lefond. A Snyders  les naturesmortes,  à Fyt les animaux. Et lorsque, surchargé de commande de portraits il ne peut donner satisfaction, il indique son ami De Vos comme étant capable de le remplacer dans cette tache difficile

Dans l'histoire de la peinture, il prend rang parmi les Maîtres, à coté de Michel-Ange, de Vinci, de Rembrandt, du Titien,de Velasquez. Ce fut avec  crainte et émotion, que j'essayais de l'étudier dans ses scènes du nouveau Testament.« Jésus pleuré par Saint Jean et les Saintes Femmes »  et « Marie et Jésus » un volet du triptyque de « Jésus sur la paille ». Jamais je n'ai senti un tel découragement et il me fallut tendre toute ma volonté pour continuer ces études, malgré les encouragements de mon entourage et la lecture des poèmes enthousiastes qu'Emile Verhaeren lui dédie.


DISCOURS de REPONSE  de M. Léon Petizon


A l’Hôtel d’Angleterre à Bourges

18 mars 1962


Votre noble discours,chère Académicienne, nous est raison de Mille Joies.

Lors-même quel'actuelle jeunesse nourrit à la mamelle de l'indifférence, ses intentions comme ses regrets.

Vous tenez le courage de la Constante étude, permettant la Vie de Soi-même à partir de la connaissance de son prochain.

Soyez-en louée.

            Ne  faut-il une image  pour juger ou vanter laqualité d’une autre ? … Fut-elle orale,descriptive ou fictive?

Je crois que le Berry sied aux remarquables expansions  de l’Ame.Les poètes y
sont si  délicats, les peintres généreux, les sculp­teurs fiers , les historiens notoires, les novateurs dignes.

Cette assemblée  d' ailleurs m’en est témoignage  puisque qui que c’en soit bellement érudit..

L'existence peut bien être fonction d'Illusions, la satisfaction privilège de l'égocentrisme, il en demeure  que l’Amitié, par-dessus les tendances
partisanes, lie les sentiments pour en définir la notion première du Bonheur.

En chacun d’entre nous frémissent des trésors d’harmonie… mais chaque être craignant  le verdict de l "humanité cache aux confins de sa dignité l'honorabilité de sadécouverte.

La société  est faite d'initiales grandeurs dont les jugements diffèrent en raison des Privilèges que la coutume ou l’éducation leur octroient.

Les humains, cependant, sont capables d' émotivités comparables et l'Art, en mesure les  proportions.

Jouons à l'Illusion, si vos désirs un instant veulent bien favoriser le mien!


Voici la Vie des Sens.

Hors ces murailles, hors la Ville, hors vous-même, écoutez ce que chanta. le poète "Les sanglots longs des violons de l'Automne

Bercent mon cœur d'une langueur monotone" Et s'accrochent à ces rythmes verbaux, les œuvres  magistrales de J.S. Bach, les gazouillis de Poliakin, les rages de Prokofiev, étonnez ­vous des phrases de Schubert, des caresses de Mozart, des élans de Gerschwind ou Debussy, des vigueurs de Bizet, Brahms ou Saint Saëns… eff1eurez le cristal de Dany Robin qui se mourait si doucement qu'elle en est morte ainsi. La vie peut battre dans vos mains, laVie de votre montre à ce poignet chaque minute retranche le peu qui appartientà notre Destin.

Lors haussant lesépaules de dédain, comme violette coiffe sa houppette, humez les effluves: duprintemps, prêtez vos grâces aux mys­térieux caprices… des parfums: voicil'ingénuité du muguet, candeur de la rose, somnolence des lavandes, brio del'héliotrope.

Vécus ces sortilèges,veuillez souscrire aux délicatesses du palais.

Prêtant goulûment auxgastronomies provinciales, vous décou­vrirez l'émoi d’un vin de Sancerre, lapuérilité d'un goujon de ces rivières, l'âcreté d'un piment torturant la chaird'un poulet, vous rougirez de la fadeur d'un légume, de l'éffronterie d'une salade,et songerez à l'immortalité d'une sauce, lors-même que le champagne, en sursauts digestifs vous admonestera, hoquet par ci… hoquet par là, la note des fastes engloutis.

Pour peu, la caresse alors troublera vos félicités stomacales. Discrètement vous compterez, compresserez vos orteils en sou­liers, tâterez vos besicles même si n'en portez point, chercherez quel­que chose, un rien de ce qu'on définit, n'importe quoi pour honorer vos raisons de Jouir du bon temps…

Toutes ces grâces résultant de ce que langue avait par trop tâté du palais.

En aurais-je terminé de sorte avec les sens de l’être?

Non pas! Je voudrais q'une minute, un morceau de ce Temps, vous gardiez le courage de fermer les yeux, afin de saisir moralement ce qu'il en serait de ne plus voir, de  sentir  intensément des paupières closes sur un monde qui jamais plus ne s'éveillera.

Tout serait alors de deuil et pleurs et les heureux s'étonneraient. Que cherchent-ils au Ciel tous ces Aveugles ?

Mais que 1a LumièreSoit!

Voici la table familière, la main qui m'est chère, le bleu, le vert, le rouge, voici  le monde, la Vie toute pleine en vous-même.

Et tout un incommensurable amour en ces toiles de Paule Briand. Je sais qu'il est malaisé d'exprimer verbalement les émotions déterminées par les qualités picturales… Pour autant queles notes, les silences créent l’harmonieuse présence de la musique, les couleurs, les mouvements donnent à la Peinture sa grandeur, insolite parfois.

Mes bons amis,contemplez ces œuvres les unes ensuite des autres… en songeant qu'à chaque envolée colorée Paule Briant, mit beaucoup de son cœur, toute son âme, avec la certitude que vous aideriez l’espoir.

Furent peu nombreux les Peintres de Talent!

Et seraient charmés ceuxqui compteraient en collection leurs pièces d’art.

On jurait de Vinci qu’il était fou !... fou pour mourir à Amboise… à deux valses d’ici !

Le Titien lui,parlementait de son échelle avec les hauts dignitaires ecclésiastiques  et Raphaël lavait d’équivoques relations.Rubens signait les œuvres de son école.

Que furent Michel Ange ? Rembrandt…Poussin…Velasquez…Watteau ? Jeriche ?

Matisse croquait des pommes et Lautrec en son esprit défiait la Goulue.

Corot, Sisley couronnaient les provinces, Manet, Renoir multipliaient les subtilités del’époque galante.

Gauguin coiffait lesTahitiennes, Monsieur Degas donnait à ses chevaux les croupes de ses danseuses et Maître Picasso, sert au dos des assiettes l’élucubration du siècle.

Seraient-ce là vos seuls amis ?

La jeunesse a besoin de l’expérience, Paule Briant n’est point ignorante du fait : pour autant ses parents qui lui permirent l’étonnante connaissance des maîtres flamands, lui sont chers, votre amitié lui donne joie.

Par main gauche et pied droit nous devrions, en nos demeures, expugner les horreurs que les servitude snous léguèrent.

L’œuvre d’Art ne trouvepas refuge en lieux communs !

Paule Briant sait àquelles fins sa peinture est destinée. Nous ne saurions rester indifférents.Les créateurs de Forme  et de Lumière ne sont-ils point censeurs des émotions ?

Que votre bon cœur s’engarde à notre Amie, qui sut tourner pour nous quelques pages d’Art.

Nous offrir toiles si belles.

Et que notre amitié lui signifie la confiance de l’Académie Berrichonne.

 
Dernière modification : 14/05/2013
 
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