Louise de Kéroualle



LOUISE de KEROUALLE

DUCHESSE de PORTSMOUTH et d’AUBIGNY

Un Fabuleux destin

Origines

 

La Bretagne tisse ses liens avec la France tout particulièrement après le mariage d’Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII, avec Louis XII (1499).

 

Après des générations, en 1645, Guillaume de Penhancoët épouse Marie de Ploeuc de Timeur, fille de Marie de Rieux. De leur union vient au monde Louise de Keroualle en 1649, sur la commune de Guilers.

 

Paris

 

Le duc de Beaufort, ami de la famille, sensible aux charmes de Louise de Keroualle, intervient en sa faveur à la cour, pour devenir demoiselle d’honneur de « Madame », épouse du frère du roi, Henriette d’Angleterre encore surnommée « Minette », restée proche de son frère Charles II, Roi d’Angleterre.

 

Après le traité d’Aix la Chapelle qui met fin à la guerre des Flandres en 1668, Louis XIV cherche à mettre un terme à l’hégémonie des Provinces-unies sur mer avec la compagnie des Indes orientales. La stratégie sera de mettre l’Angleterre à ses côtés.

 

Douvres

 

Au printemps 1670, Louis XIV part inspecter ses positions vers Lille, Dunkerque, etc… Ce sera l’occasion de confier à Henriette d’Angleterre une mission auprès de son frère, Charles II.

 

Pour se faire, elle embarque à Calais afin de le rejoindre à Douvres, accompagnée de sa demoiselle d’honneur, Louise de Keroualle.

 

Charles est tout de suite sous le charme de cette demoiselle d’honneur, et tout en offrant un présent à sa sœur, il s’adresse à Louise en s’exclamant : « Voici le seul bijou que je désire garder auprès de moi ! ».

 

Au cours de cette entrevue seront scellés les accords secrets de Douvres le 1er juin 1670, entre la France et l’Angleterre, confirmés en février 1671.

 

Par ces accords, moyennant un soutien financier de la France à la couronne anglaise, en rupture avec son Parlement, donc sans budget, l’Angleterre serait aux côtés de la France dans un futur conflit avec les Provinces-unies, et Charles II devait se convertir à la religion catholique.

 

Pour ne pas choquer les membres du Parlement protestants, cette clause ne sera pas évoquée en février 1671, pour ratification des accords par le Parlement.

 

Le rôle d’Henriette d’Angleterre restera considérable dans ces négociations.

 

Disparition de « Minette »

 

A son retour en France au mois de juin 1670, Madame de Lafayette fait le récit saisissant de la disparition d’Henriette d’Angleterre, après un bain, puis absorption d’une tasse de thé ; empoisonnement ou péritonite ? La question n’est toujours pas tranchée. L’oraison funèbre prononcée par Bossuet le 21 août à Saint Denis l’immortalisera. La France venait de perdre un rouage important dans la diplomatie entre la France et l’Angleterre.

 


Bossuet par sa fameuse phrase : « Madame se meurt, Madame est morte ! », chef d’œuvre de lyrisme, est salué  par Chateaubriand.

 


Louise de Keroualle émissaire auprès de Charles II

 

Louis XIV va se servir des charmes de Louise de Keroualle auprès de Charles II pour faciliter la guerre contre les Provinces-unies, avec à ses côtés l’engagement de l’Angleterre.

 

Pour cela, Louise part pour Londres, et le maréchal de Bellefonds de rend à la cour de Charles II pour lui présenter les condoléances de la France, suite à la disparition d’Henriette d’Angleterre.

 

Colbert de Croissy, ambassadeur de France à Londres, va se servir de Louise de Keroualle pour faire la politique étrangère de la France ; elle devient un maillon de cette politique.

 

Dans un courrier de Colbert de Croissy à Lionne, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères (le 12 décembre 1670), il écrit : « Le Roi prend soin d’entretenir cette beauté dans la chambre de la Reine, plus qu’aucune autre, mais il n’a pas encore été la voir dans sa chambre, comme le bruit en couru ». Louise de Keroualle, à la fin 1670, est demoiselle d’honneur de la Reine, Catherine de Bragance du Portugal.

 

Avant de répondre aux avances de Charles II, Louise se confie à Saint- Evremond qui lui répond de façon la plus diplomatique : « Soit que vous demeuriez dans le monde, je le souhaite, soit que vous en sortiez, comme je le crains, votre intérêt est d’accommoder deux choses qui paraissent incompatibles, et qui ne le sont pas : l’amour et la retenue ».

 

La rencontre s’est probablement passée à la suite de fêtes, avec bal masqué, organisé à Euston par la comtesse d’Arlington. A cette époque, Charles II logeait à Newmarket. Un mariage imaginaire aurait été organisé à cette occasion. Selon John Evelyne, mémorialiste et polygraphe anglais, « Louise se tenait déshabillée toute la journée… ». De fait est que son fils naît neuf mois après ces fêtes, le 29 juillet 1672.

 

En l’année 1671, les favorites du Roi ne manquaient pas, parmi elles la Castlemaine et l’actrice Nelly Gwynn préférée des anglais, mais Louise de Keroualle était douée d’un très grand jugement que Louis XIV savait mettre à profit.

 


Louise de Keroualle devient duchesse anglaise

 

Dès la fin 1672, Louise exprime le souhait de prendre la nationalité anglaise. Début 1673, le Roi Charles II décide de l’honorer pour son action dans la diplomatie entre l’Angleterre et la France. Pour ce faire, elle reçoit les titres de duchesse de Pendennis pour devenir Portsmouth, comtesse Farneham et baronne de Peterfield. A la mi juillet 1673, Charles II confie à Colbert de Croissy qu’il souhaite que la duchesse de Portsmouth soit dotée de la terre d’Aubigny, par la volonté de Louis XIV, et que son fils le duc de Richmond puisse en hériter.

 

A cette époque, elle mène grand train à Whitehall où la richesse de ses appartements (une quarantaine de pièces) et de ses toilettes sont bien connues ; une facture de madame Carwell, mentionne 59,15  livres de tissus et accessoires (en date du 24 janvier 1672) alors que la pension reçue par la veuve Richmond, Frances Stewart, était de 150 livres.

 

Son grand espoir était d’obtenir le « tabouret » à son retour en France, mais comme le dira plus tard l’ambassadeur Ruvigny, son retour en France n’est pas envisagé.

 

Elle amasse des trésors et se fait redouter et respecter. Dans ses affaires personnelles, elle ne saura pas placer son argent en France pour s’en faire des rentes suffisantes.

 

Le 30 mars 1672, madame de Sévigné écrit à sa fille, madame de Grignan : « Elle se trouve grosse de huit mois, voilà qui est étrange. La Castlemaine est disgraciée. Voilà comment l’on fait dans ce royaume là ! ».

 

La terre d’Aubigny est octroyée à la duchesse de Portsmouth le 10 décembre 1673, après la disparition du 11ième seigneur écossais, Charles Stuart.

 

Entre le traité de Douvres et la donation de la terre d’Aubigny, l’ambassadeur Ruvigny parle d’ «un sale trafic ».

 


L’influence de Louise de Keroualle



Louise de Keroualle profite de sa position à la cour d’Angleterre, pour que sa tante Suzanne de Ploeuc de Timeur, religieuse à l’abbaye de Henneto dans l’évêché de Vannes, devienne Mère supérieure d’un couvent.

 

Madame de Sévigné (1675) qui n’approuve pas particulièrement la duchesse de Portsmouth écrit dans une autre lettre : « Pour l’Angleterre, Keroualle n’a été trompée sur rien. Elle avait envie d’être la maîtresse du Roi, elle l’est. Il couche quasi toutes les nuits avec elle, à la vue de toute la cour ! ».

 

La duchesse ne cessera de maintenir l’alliance entre la France et l’Angleterre. Les accords secrets de Douvres seront respectés par le versement d’argent à la couronne d’Angleterre, alors que le Parlement, rarement réuni, ne vote plus le budget. Ainsi, Charles II, Roi d’Angleterre, accuse réception de la somme de 100 000 écus de Louis XIV, reçus des mains de l’ambassadeur Courtin le 25 septembre 1676 et le 1er octobre de la même année.

 

Pendant ce temps Louise de Keroualle continue à mener grand train, et reçoit  de Charles II une pension bien supérieure à sa rivale Nelly Gwynn pour les années  1676-1677 : elle perçoit 55 198 livres contre 1 604 à Nelly.

 


Hortense Mancini à Londres

 

Dans ses années d’exil en partie à Paris, entre 1651 et 1660, Charles II fait la cour à Hortense Mancini, duchesse Mazarin. Après l’échec de son mariage, elle se rend à Londres où elle loge au Palais Saint-James, dotée d’une confortable pension, pour devenir rivale de la duchesse de Portsmouth. Au désespoir de Louis XIV, elle ne devient pas agent politique, et n’est pas attirée par l’argent. Son dévolu porte sur le Prince de Monaco.

 

Nelly Gwynn ravie de la venue d’Hortense Mancini, va jusqu’à porter le deuil pour précipiter la chute de la duchesse de Portsmouth. A la suite d’un souper dans les appartements de Louise de Keroualle, il est dit que : « L’œil restera plusieurs jours noir, ce qui fait dire par des plaisantins sans pitié, qu’elle voulait cesser d’être blonde et avoir les beaux yeux noirs de madame Mazarin ».

 


Visite du comte et de la comtesse de Keroualle

 

Au cours d’une visite à Londres du comte et de la comtesse de Keroualle,  ceux-ci sont choqués par le luxe de Whitehall où réside leur fille. Ils logeront chez        sir Richard Drown.

 


Whitehall et ses intrigues

 

La duchesse de Portsmouth pense que la relation entre Charles II et Hortense Mancini est terminée.

 

Le Prince de Monaco reçoit à souper Louise de Keroualle et Hortense Mancini, l’une après l’autre.

 

De son côté, l’ambassadeur Courtin écrit à Londres (1676) que : « Madame de Portsmouth hait mortellement madame de Sussex, parce qu’elle croit qu’elle conduit l’intrigue entre le Roi et madame Mazarin ».

 

A la fin de cette même année « l’influence de la duchesse de Portsmouth décroît de plus en plus ».

 

Pendant ce temps, ce qui importe à Louis XIV c’est de mettre fin à la guerre contre les Provinces-unies. Ce sera fait par le traité de Nimègue (1678) entre la France, les Provinces-unies et l’Espagne. Louise de Keroualle s’y emploiera, malgré le traité de non agression signé par l’Angleterre avec les Provinces-unies, peu avant.

 


Les subsides de Louis XIV

 

Dans une lettre (17 décembre 1616) de Courtin à Louvois, ministre de la guerre à la mort de Turenne, les français sont haïs par les anglais, et Charles II est attaché à la France plus pour un problème d’argent qu’un problème de cœur ; et Nelly Gwynn n’hésite pas à demander à Louis XIV par l’intermédiaire de l’ambassadeur de France, « un présent pour ses services bien plus importants que pour la duchesse de Portsmouth. »

 


L’union de la duchesse de Portsmouth avec madame Mazarin et Nelly Gwynn

 

Il ne faut pas toujours se fier à la rumeur publique sur la mauvaise entente entre les trois ennemies jurées que sont la duchesse de Portsmouth, madame Hortense Mazarin et Nelly Gwynn.

 

Courtin rapporte qu’on « enferme deux ou trois fois ces dames qu’on croyait mal ensemble, afin qu’elles puissent se réconcilier. Madame Mazarin et madame de Portsmouth sortirent se tenant par la main en sautant et dansant sur les degrés ».

 

Au cours d’un dîner dans les appartements de Louise de Keroualle, avec madame Mazarin et madame Harvey, elles sont en toute harmonie avec la duchesse au grand étonnement des londoniennes.

 

Alors que le parlement est prêt à faire la guerre à la France, Charles II ajourne les sessions, et la neutralité de l’Angleterre est obtenue par le versement de deux millions de francs annuels, dans les caisses du trésor anglais, et les parlementaires les plus influents reçoivent de fortes sommes d’argent.

 


Courtin démis de ses fonctions

 

Barillon envoyé à Londres par Louis XIV négocie le versement d’argent à Charles II.

 

La passation de pouvoir entre les deux ambassadeurs Courtin et Barillon, se fait dans les appartements de la duchesse de Portsmouth en présence du Roi Charles II. Le rôle de Louise de Keroualle sort renforcé après cette cérémonie.

 

Avant de quitter ses fonctions à Londres, Courtin recommande à Barillon : « Qu’il est important pour un ambassadeur de conserver la liberté d’être à toutes les heures du jour chez madame de Portsmouth ».

 


Le prince d’Orange

 

Le prince d’Orange épouse la fille du duc d’York, frère de Charles II, à Londres et quitte la capitale pour les Provinces-unies, peu de temps après la cérémonie de mariage.

 

A la même époque, la duchesse de Portsmouth tente d’assagir le Roi vis-à-vis des femmes ; dans une lettre adressée à Bussy-Rabutin, madame de Scudery raconte que « Keroualle a prêché le Roi, le crucifix à la main pour le détacher des femmes. »

 

La jalousie de la duchesse de Portsmouth est toujours de rigueur. A peine remise d’une maladie, elle vient s’afficher aux spectacles d’une troupe française auxquels Charles II assiste, aux côtés d’Hortense Mazarin.

 

Une cabale ressurgit entre ces dames, mais Louise de Keroualle reçoit toujours les confidences du Roi ; elle obtient toujours ce qu’elle veut, et les courtisans recherchent les faveurs de la duchesse.

 


Les pensions reçues par Louise de Keroualle

 


La duchesse de Portsmouth reçoit d’importantes pensions venant des largesses de Charles II. La pension versée était de 12 000  livres par an dans les premières années à Whitehall, pour atteindre 40 000 puis, en 1679, 131 000 livres.

 

Le valet de chambre  Chiffinch allait à l’ambassade de France retirer l’argent et son épouse, lingère, attribuait les pensions.

 

Après l’accord de non agression passé entre l’Angleterre et les Provinces-unies (3 mars 1678), la France débute la campagne de Hollande.

 

Le 8 juillet 1679, Louis XIV adresse un courrier à Louise de Keroualle, duchesse de Portsmouth, pour lui transmettre toute son estime.

 


Le complot

 

En 1677, Ashley Cooper, comte de Shafkesbury, qui avait combattu le parlement aux côtés de Charles 1er, est accusé d’un complot contre les protestants auxquels la duchesse de Portsmouth serait mêlée. Dans un courrier chiffré de l’ambassadeur de France, il est précisé que le duc d’York, catholique, ne croit pas savoir si le duc de Monmouth (fils de Charles II et de la duchesse de Claveland) se trouve à l’étranger. Dans le cas où ces conjurés seraient en France, ils pourraient être renvoyés en Angleterre.

 

Détestée des anglais, Louise de Keroualle fait l’objet de nombreux articles sur sa « haute trahison et crimes ». Elle conserve malgré tout la confiance de la Reine et reste auprès d’elle, approuvée par le parlement.

 

Elle intervient également dans un entretien entre Barillon et Charles II pour demander à Louis XIV s’il veut que l’Angleterre soit gouvernée par une république ou un Roi.

 

A la suite du complot, le comte de Shafkesbury, grâce à Louise de Keroualle, revient au cabinet du Roi.

 


Intervention de Louise de Keroualle dans la politique de l’Angleterre

 

Selon Forneron : « Charles II (en 1679) se fait recommander par la duchesse de Portsmouth : il est tout entier sous son influence en ce moment, et elle a l’art de diriger le gouvernement par la main de Sunderland. »

 


La recherche d’appuis

 

Toujours sujet de la vindicte populaire, Louise de Keroualle fait l’objet de nombreux pamphlets, très fréquents à cette époque. Ces pamphlets ont pour objet « d’irriter la nation contre la duchesse catholique et la France ». Elle cherche l’appui du duc de Monmouth, fils de sa rivale la duchesse de Claveland.

 

De son côté, Louis XIV préfère payer les membres du parlement, plutôt que de régler quatre millions de livres par an à Charles II.

 

Pendant ce temps, les relations entre le Roi et la duchesse de Portsmouth sont au beau fixe : Barillon écrit qu’il a vu madame de Potsmouth à qui le Roi a confié tout ce qui se traite.

 

Après un épisode pernicieux (malaria) traité par le remède de Talbot (quinquina), Charles II se rend tous les jours chez Nelly Gwynn, pendant que le parlement souhaite l’éloignement de la duchesse de Portsmouth, rendue responsable de l’ajournement du parlement, à la demande de Louis XIV.

 

Pendant ce temps, elle continue à préserver les bonnes relations entre la France et l’Angleterre sans connaître les intentions de Charles II. Elle se rapproche du prince d’Orange dont l’épouse, fille du duc d’York, est l’héritière directe de la couronne d’Angleterre.

 

En 1680, elle privilégie les intérêts de l’Angleterre vis-à-vis de la France, et Barillon s’en inquiète.

 

La politique étrangère de la France va soutenir les républicains anglais, contre le prince d’Orange

 

Le parlement réuni, intrigue pour éviter une éventuelle succession au trône de Guillaume d’Orange à la place du duc d’York.

 

La Reine est témoin de confidences du Roi,
« ce qu’il n’a accoutumé de faire que chez madame de Portsmouth », cela confirme les relations privilégiées entre Charles II et Louise de Keroualle.

 

Les instructions de Louis XIV sont de privilégier la discorde entre le Roi et le parlement.

 


Retour en France pour un séjour

 

Au début de l’année 1682, moins agitée pour Louise de Keroualle, elle fait venir le peintre français Gascar. Sa position semble moins menacée à Whitehall ; elle en profite pour séjourner en France et rendre compte de ses interventions à la cour d’Angleterre.

 

Au mois de mars, elle embarque à Greenwich pour aller à Dieppe, munie de lettres de recommandations de Charles II et de Barillon, qui se charge de transmettre : « La même grâce que madame la duchesse de Claveland, c’est-à-dire qu’elle ait le tabouret quand elle aura l’honneur de rendre ses respects à la Reine ».

 

De son côté, Charles II se rend à Newmarket pour les courses.

 

Arrivée dans la capitale, Louise de Keroualle se rend à Saint-Cloud. Rien ne prouve qu’elle ait obtenu le tabouret à Versailles. Selon de Boislisle, elle aurait eu un tabouret de grâce au Louvres.

 

Saint-Simon écrit que les capucins rue Saint-Honoré « l’ont reçue comme on fait à la Reine et la jetèrent dans une étrange confusion ».

 

Barillon, dans ses recommandations, précise que : « La vérité est qu’elle a témoigné beaucoup de zèle pour les intérêts de votre Majesté, et qu’elle m’a donné beaucoup d’avis qui ne m’ont pas été inutiles. Elle croit que le Roi est sincèrement dans les intérêts de votre Majesté ».

 

Pendant ce temps, à Londres les malveillances ne manquent pas, on dit qu’elle ne reviendra pas.

 

Elle quitte Saint-Cloud le 29 avril 1682 pour Aubigny. Elle y reste seulement quelques jours ; elle arrive aux eaux de Bourbon l’Archambault au milieu du mois de mai, pour trois semaines, accompagnée de sa sœur Henriette qui avait épousé monsieur Pembroke en Angleterre. Elle est de retour à Paris le 16 juin. « Peut-être pour aller en Bretagne, puis se montra à nouveau à la cour dans le milieu de juillet. Elle avait fait des placements à surveiller et des économies à confier, pour qu’on les fît valoir. C’était assez l’usage à la cour d’Angleterre de déposer des fonds à l’étranger » selon Forneron.

 

Les politiques français ont su reconnaître « son esprit froid » et son habileté.

 

De retour à Londres, son prestige en est que plus grand, et  jouit d’un grand respect, y compris de laReine.

 

Pendant ce temps, Henriette Mancini se voit privée des subsides de son mari, mais il lui reste les largesses de Charles II. Devant cette situation, Louise de Keroualle ne semble plus lui faire opposition.

 

Dans une lettre (du 21 octobre 1682) Louis XIV remercie Louise de Keroualle de ses bonnes intentions et de convenir à ses intentions à celles du Roi d’Angleterre.

 


Philippe de Vendôme

 

Dans cette conjoncture, en 1683, Philippe de Vendôme, neveu de la duchesse Mazarin, grand prieur, (second fils du duc de Vendôme et de Laure Mancini), vient à Londres. Louise de Keroualle l’accueille avec une tendresse peu dissimulée. Avertie des railleries, elle se « tient sur ses gardes ».

 

Devant cette situation, Charles II lui intime l’ordre de quitter Londres. A regret, il se rend d’abord à La Haye puis à Versailles.

 

La duchesse de Portsmouth, devant cette situation, reçoit le soutien de Louis XIV qui n’hésite pas à intervenir en personne pour tirer de tout embarras la duchesse, « qu’il jugeait nécessaire à sa politique ».

 

Après cet épisode galant, l’honneur de la duchesse n’est pas atteint.

 


Conseillère de la famille royale d’Angleterre

 

A cette époque « les secrets d’Etat et les affaires de famille aboutissent exclusivement à Rochester  (frère de la première épouse du duc d’York), Charles II et la duchesse de Portsmouth. »

 

A la recherche d’un beau parti pour sa fille Anne, le duc d’York demande l’avis de Louise de Keroualle qui lui conseille, après celui de Louis XIV, le prince de Danemark.

 

Barillon avait une grande estime pour Louise de Keroualle. Il juge ne pas avoir à recevoir d’autres gens pour régler toute affaire diplomatique en dehors de Louise.

 


Faut jurer de rien

 

Après avoir déjoué un complot contre Charles II, l’opinion publique se retourne en sa faveur.

 

La duchesse, tenue par les confidences du Roi, livre à Rochester les accords secrets de Douvres, avec le montant des subsides versé par Louis XIV.

 

Barillon est souvent aux ordres de la duchesse ; Charles II et Louis XIV s’en accommodent.

 

Une mission du Roi de France (17 juin 1783) demande à Louise de Keroualle d’intercéder auprès de Charles II pour que le duc d’York devienne membre du Conseil du Roi d’Angleterre.

 

Les relations de la duchesse avec Louis XIV sont toujours très dévouées ; il l’en remercie par différents courriers, en particulier de maintenir l’union entre la France et l’Angleterre.

 

Les relations étroites entre Louise et Louis XIV font qu’il la remercie de prendre des nouvelles de sa santé après une chute de cheval à Fontainebleau (20 septembre 1683).

 

De son côté, Charles II souhaite que la terre d’Aubigny soit érigée en duché-pairie pour assurer l’avenir de son fils, le duc de Richmond.

 

Par courrier, Louis XIV écrit : « J’ai ordonné qu’on fit expédier incessamment les lettres patentes de l’érection de ladite terre d’Aubigny en duché et qu’elles soient envoyées au plus tôt ». (21 janvier 1684)

 

A cette annonce, Louise de Keroualle témoigne une joie excessive, et depuis ce temps elle a reçu les compliments de toute la cour, et Barillon de s’exprimer : « Elle est la souveraine véritable ! ».

 

Quelques jours plus tard, l’acte est signé de la main de Louis XIV, enregistré chez notaire à Paris (12 novembre 1685).

 

Au mois de mars, après érection de la terre d’Aubigny en duché-pairie, Louis XIV souhaite sa confiance entretenue à Louise de Keroualle. Elle devient duchesse d’Aubigny à brevet.

 

Au mois de mai 1684, Louis XIV annonce à Charles II que la terre d’Aubigny était par sa volonté devenue duché-pairie.

 

A la suite d’une maladie de Louise, la fragilité de l’avenir de son fils est reconnue. Cet état précipite la reconnaissance de la nationalité française au duc de Richmond (Paris – 22 novembre 1685).

 

Pendant la maladie de Louise « le Roi est presque toujours dans sa chambre » et le Roi de France écrit : « Je serais bien aise d’apprendre que la maladie de la duchesse de Portsmouth n’ait fait qu’augmenter son crédit ».

 


Derniers jours de Charles II

 

Charles II avait l’habitude de se divertir dans la galerie des fêtes de Whitehall en compagnie de Louise, et de madame Mazarin.

 

Au matin du 12 février 1685, au lever, Charles II perd « la parole et la connaissance et tombe ». Un moine lui donne les derniers sacrements. Il disparaît cinq jours plus tard converti à la religion catholique, conformément aux accords secrets de Douvres.

 

La duchesse de Portsmouth vient de perdre son protecteur et la France un allié.

 

Pendant quinze années, grâce à sa prévoyance et sa clairvoyance, elle avait su maintenir de bonnes relations diplomatiques entre l’Angleterre et la France.

 

Le duc d’York, frère du Roi, monte sur le trône sans pouvoir maintenir un équilibre avec le parlement.

 

La belle bretonne s’embarque en août 1685 pour la France. Elle retrouve sa sœur Henriette, remariée au marquis de Thois.

 

Dès 1686, la duchesse de Portsmouth retourne à Londres.

 

Le duc de Richmond, qui avait abjuré la religion anglicane devant Bossuet et Louis XIV au château de Fontainebleau, retourne à Londres après la révolution de 1688.

 

A Versailles, selon Saint-Simon, Courtin évite à Louise de Keroualle l’exil pour avoir critiqué madame de Maintenon.

 


Le rejet de Whitehall

 

Après 1689, la cour du prince d’Orange, devenu Guillaume III, n’honore plus sa pension et les dividendes sur la post office ne sont plus réglés. Elle charge monsieur Henry Sidney de protéger ses intérêts.

 

Cette même année, le comte de Keroualle disparaît. La pension versée par Louis XIV au duc de Richmond, lui revient en partie.

 


Le Berry

 

Elle se retire sur ses terres d’Aubigny devenues duché-pairie, non enregistré. De ce fait l’état de pairie disparaît avec celle de son fils en 1723.

 

En 1697 elle a l’intention de se rendre à Londres, mais Guillaume III d’Orange l’en dissuade.

 

Au début du XVIIIième  siècle, elle apporte une aide financière pour la construction d’un hôtel Dieu près de la halle d’Aubigny.

 

Elle prend la défense de ses sujets (dès 1692) en proposant à monsieur de Pontchartrain de diminuer la taille versée à monsieur Séraucourt de Bourges, la grêle ayant anéanti les récoltes.En proie à des difficultés financières, elle demande à monsieur Chamillard d’intervenir pour le paiement de sa pension de 15 000 livres.

 

De Paris, elle écrit (24 juillet 1709) à monsieur Desmaret : « L’estat où je me trouve monsieur, me forsse à prendre la liberté de vous importuner de sais lignes pour vous demander en grasse très instemment de vouloir bien mordonner le payement de ma pension. » (Elle possédait mal l’orthographe).

 

Chaque année, entre 1699 et 1705, un arrêt du Roi empêche les créanciers d’entamer une procédure. Elle restait protégée par le Roi. Puis ses créanciers sont autorisés à se faire payer sur les fermages.

 

A Brest, une partie des quartiers de Recouvrance et des Sept Saints, où elle possède un hôtel particulier, sont expropriés pour agrandir l’arsenal. Ses créanciers seront payés sur les sommes versées pour indemnisation. Outre ces biens, elle possède le château de Trémazan (proche de Kersaint et de Portsal).

 

En Berry, la régence du duc d’Orléans lui accorde en 1721 une rente de    600 000  livres en contrepartie de l’abandon de sa rente annuelle de 20 000 livres. Son fils disparaît deux ans plus tard. Marié à Anne de Brudenell, il avait deux filles et un fils, second duc de Richmond. De retour à Londres, le 1er duc de Richmond était grand maître de la Loge du Horn à Westminster.

 

Le château d’Aubigny, simple châtelet de neuf chambres en 1672, Louise de Keroualle en fait un château assez confortable avec trente quatre chambres. Elle restaure la chapelle et, dans la basse cour, elle fait construire une orangerie proche du logis du concierge, et de celui des gardes.

 

Elle possède également de nombreuses propriétés et demeures, souvent avec jardin. C’est ainsi que monsieur Abicot, avocat, lui verse au mois de mars 1 731,195 livres pour trois années de location de la propriété « la Venizière ».

 

Elle achète de nombreux jardins hors les murs de la ville pour faire un jardin d’agrément de huit hectares avec pépinière, potager, chenil.

 

Le train de vie du duc de Richmond est très important en 1733, où il séjourne en particulier à Compiègne et à Chantilly.

 

En Bretagne, la duchesse rachète les terres de Keroualle et de Mesnoallet, vendues par le comte de Keroualle (1682), auxquelles elle ajoute celle du Châtelet.

 

Au cours d’un séjour à Paris, dans son hôtel particulier rue des Saints Pères, malade, elle fait rédiger son testament dans lequel elle réserve des sommes pour les membres de son personnel. Elle désire être enterrée à 6 heures du matin dans la chapelle des Carmes déchaussés dans le quartier de Saint-Germain des Prés où la famille de sa mère, les Rieux, a un hôtel particulier. Elle disparaît le 14 novembre 1734 à l’âge de quatre vingt cinq ans, après avoir passé quinze années à Londres et près de cinquante ans à Aubigny.

 

Un inventaire de ses biens à Paris est réalisé au mois de décembre 1734 ; celui du château d’Aubigny se fait au début de 1735.

 

Un mémoire, remis au mois de février de cette année (1735), fait apparaître la fragilité des comptes de la duchesse de Portsmouth et d’Aubigny, qui s’est dite grugée par son homme d’affaires, monsieur Ory, selon Saint-Simon.

 


La descendance

 

Son petit-fils, second duc de Richmond, hérite de la terre d’Aubigny sans être paire de France ; son père n’ayant pas fait enregistrer l’acte d’érection de la terre d’Aubigny en duché-pairie.

 

Au mois d’août 1735, il crée la loge d’Aubigny, inscrite sous le numéro 133 des loges anglaises. C’est une loge personnelle, d’une vingtaine de membres avec peu d’activités.

 

Après un inventaire effectué en 1811, avec quelques mobiliers du château de la Verrerie et une vente aux enchères, le château d’Aubigny est acheté par la municipalité pour devenir : l’école, la gendarmerie, la prison et la mairie.

 

Le château de la Verrerie est vendu en 1842 aux enchères, à la société Legentil, après contestation de la succession du 3ième duc de Richmond en 1806. La famille De Vogüé le rachète quelques mois plus tard.

 


L’empreinte de la duchesse de Portsmouth et d’Aubigny dans l’histoire

 

Les descendants de Louise de Keroualle sont les ducs de Richmond, le dixième actuellement avec son fils, le comte de March.

 

Dans leur arbre généalogique, on retrouve la famille Spencer qui s’allie aux Richmond à la fin du XIXième siècle. Ainsi, lady « Di » se trouve dans cette descendance par alliance, et reste une pure curiosité.

 


Louise de Keroualle dans la littérature

 

Au XVIIIième siècle,  les pamphlets étaient monnaie courante. En 1690 paraît « L’histoire secrète de la duchesse de Portsmouth ». Cet ouvrage est un pamphlet à charge contre la duchesse.

 

Balzac fait allusion à la duchesse en lui attribuant la pérennité en France des robes à panier. Dans son roman « Albert Savarus », il précise qu’elles furent « apportées par une anglaise à Paris inventé à Londres ; on sait pourquoi, par une française, la fameuse duchesse de Portsmouth ».

 

Dans « L’homme qui rit » de Victor Hugo, il est rapporté le journal d’Evelyne où il écrit : « J’ai vu un dimanche soir le Roi avec ses filles de joie, la Portsmouth, la Claveland, la Mazarin et deux ou trois autres, toutes à peu près nues dans la galerie du jeu ». On peut reconnaître dans cet écrit la plume d’un provocateur.

 

Beaucoup plus récemment, un opéra ballet intitulé « Jeux de l’amour », a pour livret (en 1961) la vie du second duc de Richmond et celle de la duchesse de Portsmouth, écrit par Roberts Gittings, sur une musique de Doris Gould.

 

Le roman « Lady Louise » de Joël Raguénes (2006) brosse une histoire de Louise avec réalisme.

 

De nombreux portraits existent de la duchesse qui ne sont pas tous identifiés avec exactitude. Sa beauté au XVIIIième siècle ne serait peut-être pas aussi remarquée à notre époque.

 

La ville d’Evry, dans la région parisienne, a donné le nom de Louise de Keroualle à une de ses artères,  où elle possédait le château de Mousseau, sur la route de Versailles à Fontainebleau.

 

Plus récemment, la ville d’Aubigny-sur-Nère a donné son nom à une rue, et sa chambre est reconstituée dans le château.

 

Sur la commune de Guilers, proche de Brest, se trouve le manoir de la famille de Keroualle (Keroual), dans un bois dit de Keroual, remis à l’honneur par les habitants.

 

D’une famille de petite noblesse bretonne, rien ne pouvait présager un fabuleux destin.

 

Elle n’a pas déçu Louis XIV dans sa tâche d’entremetteuse. Elle doit sa réussite au service de la France grâce à sa qualité de clairvoyance douée d’un fin jugement, et d’une grande habileté. Elle a toujours agit dans l’intérêt de la France, n’est-ce pas remarquable !

 

La devise de Louise de Keroualle reste : « En la rose je fleuris ».


                                                                  Dr Guy Courcou - 12 octobre 2013


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BIBLIOGRAPHIE


-Balzac (Honoré de) : Albert Savarus – La comédie humaine

  Editions Rencontre – édito-service S.AGenève


-Bely Lucien : Les secrets de Louis XIV  - Mystères d’Etat et pouvoirabsolu

  Editions Tallandier - 2013


-Droz Jacques : Histoire diplomatique : 1648 à 1919

  Editions Dalloz – 2005


-Forneron (H) : Louise de Keroualle duchesse de Portsmouth – 1649-1734

  Librairie Plon : 1886


-La Fayette (Madame de) : Histoire de madame Henriette d’Angleterre

  Editions Mercure de France – collection leTemps retrouvé – 2001


-Mancini : Mémoires d’Hortense et de Marie

  Editions Mercure de France – collection leTemps Retrouvé  - 2003


-Saint-Simon : Mémoires – Bibliothèque La Pleïade

  Editions Gallimard T5 – 1986


-Sévigné (Madame de) : Correspondance - Bibliothèque la Pleïade T1

  Editions Gallimard – 1995


-Hugo Victor : « L’homme qui rit »

  Editions Folio – classique – 2012


-Voltaire : « le siècle de Louis XIV »

  Livre de poche – bibliothèque classique –2005

Archives

-Archives des affaires étrangères : archives diplomatiques – Angleterre

-Archives départementales du Cher

-Archives départementales du Finistère

-Archives nationales

-Bibliothèque Méjane – Aix en Provence

- British Library

- West Sussex Record Office –Chichester.



 

 
Dernière modification : 16/11/2013
 
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