Prix St J. Bourdin - 2007

 

Académie du Berry

Séance solennelle du 20 octobre 2007 à Ainay-le-Viel (Cher)

 

Remise du prix Saint-Jean Bourdin 2007,
à M. Gérard Coulon, Conservateur en Chef du patrimoine

 

Allocution de Catherine Réault-Crosnier, présidente du prix


Le prix Saint-Jean Bourdin est remis chaque année, à une personne honorant par son action le Berry, mettant en valeur le patrimoine de cette belle région, les coutumes, l’histoire, les arts… Monsieur Maurice Penin de Jarrien, notre regretté Président, le remettait chaque année, à une personnalité du monde littéraire. Monsieur Alain Bilot, notre président actuel, a décidé de me passer le relais et je le remercie de sa confiance. Monsieur Saint-Jean Bourdin a réhabilité le livre des « Très riches heures du duc de Berry » et c’est Monsieur Penin de Jarrien qui a décidé d’honorer cet auteur, en associant son nom au prix annuel de l’Académie du Berry. Ce livre sera remis tout à l’heure au lauréat.

Cette année, ce prix est décerné non pas à un livre mais à l’ensemble de l’œuvre d’un auteur, celle de Gérard Coulon afin de saluer son effort de vulgarisation auprès de la population générale et en particulier des jeunes, de la connaissance de la vie gallo-romaine et la promotion du patrimoine local. Je vais d’abord présenter M. Gérard Coulon puis j’analyserai l’ensemble de son œuvre.

 

Alain Bilot, président de l'Académie du Berry, Catherine Réault-Crosnier,
 présidente du prix Saint-Jean Bourdin, et Gérard Coulon, lauréat 2007.

Sa biographie :

M. Gérard Coulon est né à Mézières-en-Brenne (Indre). Il a d’abord été professeur de français, d’histoire et de géographie puis titulaire d’autorisation de fouilles. En 1984, il travaille dans la conservation du patrimoine. Il est le fondateur et premier conservateur du musée archéologique d’Argentomagus à Saint-Marcel près d’Argenton-sur-Creuse (Indre). Il a été chargé de travaux dirigés sur la Gaule romaine à l’école du Louvre pour la préparation à l’Institut national du Patrimoine.

En 1987, il a fondé le Berry magazine qui est très apprécié et vendu à un grand nombre d’exemplaires.

Conférencier confirmé, il a réalisé environ trois cent causeries en France et à l’étranger.

De 1999 à 2003, il est devenu conservateur en chef et a dirigé à Tours, le Service des monuments et musées départementaux de la Touraine. Il a eu la charge de gestion de maisons d’écrivains comme le château de Saché où Balzac a écrit, la maison natale de Rabelais à la Devinière et le prieuré de Saint-Cosme où Ronsard a passé la fin de sa vie, la direction de châteaux (Chinon, Loches, Candé) et de musées (hôtel Goin à Tours, musée de la préhistoire au Grand-Pressigny). Il a été chargé de mission pour la mise en valeur des sites gallo-romains d’Aubigné-Racan (Sarthe), de Sanxay et de Naintré-Vieux-Poitiers (Vienne).

Il est un auteur prolifique ce qui n’enlève en rien, à la qualité de ses écrits publiés à des milliers d’exemplaires. Le Berry lui tient particulièrement à cœur puisqu’il a publié de nombreux livres sur cette région.

Le livre « La vie des enfants au temps des Gallo-romains » de M. Gérard Coulon vient d’être traduit et publié aux Pays-Bas ainsi qu’en Allemagne. Les journaux qu’ils soient locaux, régionaux, nationaux, de droite ou de gauche, sont unanimes à applaudir cette initiative de qualité, hors du commun.

Aujourd’hui, M. Gérard Coulon, archéologue, professeur d’histoire passionné par la période gallo-romaine et conservateur en chef, est un retraité très actif qui continue d’écrire et de publier, qui donne des cours dans diverses universités et des conférences en France et à l’étranger. Il est membre de l’Académie de Touraine.


Son œuvre :

Parmi ses livres les plus appréciés, édités et souvent réédités plusieurs fois, il faut citer des livres d’histoire, d’archéologie et d’autres sur le Berry. Les plus connus sont « Les Gallo-Romains » (1985, 1990, 2006), « L’enfant en Gaule romaine » (1994, 2004) –dans lequel se mêlent divinités gauloises, dieux romains et cultes orientaux dans un tableau coloré, grouillant de vie, de bruits et d’odeurs-, « Argentomagus » (1996), « Sous l’aile de Mercure, artistes et artisans en Gaule romaine » (2001), « Quand la Brenne était romaine » (2001) et surtout « Voyage en Gaule romaine » (en collaboration avec le dessinateur Jean-Claude Golvin, 2002), salué par la presse internationale. Par exemple dans ce dernier livre, Gérard Coulon évoque nos ancêtres gallo-romains et reconstruit pour nous, leur mode de vie et leur habitat : le monde des morts, le monde rural, les agglomérations, les bâtiments, les théâtres, les forums, les thermes, des îlots urbains, des villes et villas. Les illustrations nous permettent de mieux visualiser les lieux et les mœurs ; Gérard Coulon a aussi eu l’audace d’associer des textes d’auteurs latins, permettant l’accès au passé pour notre monde baigné dans le présent si concret. C’est une gageure qu’il a su relever avec succès.

Gérard Coulon est aussi un enseignant qui sait parler aux jeunes, leur expliquer d’une manière agréable, la vie gallo-romaine ce qui explique la popularité de ses conférences en milieu scolaire. Ses livres sont appréciés de tous, et fait encore plus rare, lus par la jeunesse. Ils sont attrayants, illustrés avec des dessins et aquarelles à déplier, permettant de mieux visionner en sa mémoire, l’architecture des villes gallo-romaines et la vie de l’époque. Certains ont été vendus à des milliers d’exemplaires, ce qui est un exemple s’il en était besoin, de l’impact de ses livres sur un public pourtant pas toujours enclin à réfléchir sur l’histoire.

Pour la littérature jeunesse, il faut citer « La vie des enfants au temps des Gallo-Romains » (2001, 2005), « La vie des enfants à l’époque de Pompéi » (2002), « Le Dico des Gallo-romains » (2003) - Ce dernier livre permet un large aperçu de cette civilisation, de la conquête de la Gaule par César à l’avènement de Clovis- Les mots-clés en gras, les frises de bas de page et les illustrations de qualité sont autant de moyens mémo-techniques qui permettent de mieux retenir l’attention et de plaire aux enfants. D’autres livres de cet auteur sont aussi appréciés des jeunes dont « Le Tour de Gaule raconté par deux enfants » (2004), « Les villas gallo-romaines » (2005), « La vie des enfants à Rome au temps des Césars » (2006).

M. Gérard Coulon a également publié environ 300 articles dans des revues locales et régionales et d’autres très connues, revues d’histoire, d’archéologie, littéraire, de préhistoire, d’art, de pédiatrie. Il a participé à plusieurs émissions de télévision (« Histoires naturelles » sur TF1, « Les mots de minuit » sur France 2, « Va savoir » sur France 3) et de radio (« Les p’tits bateaux » sur France Inter, France Culture, Europe 1, etc.).

Gérard Coulon a aussi été un ardent défenseur du patrimoine du Berry comme ses nombreux livres en témoignent, en particulier « Histoires de Châteauroux et de Déols » (1981), « L’eau et le grès, une Histoire de la Brenne » (1986), « Vieux métiers et pratiques oubliées en Berry et ailleurs » (1989), « L’Indre à tire d’aile » (1994), « De Méru au Bas-Berry, Les boutonneries oubliées : Le Blanc, Fongombault et Charneuil » (2005), « Une cause célèbre sous la Monarchie de juillet, l’affaire Marie Gaultier à Argenton-sur-Creuse en 1837 » (2005) affaire qui intéressa George Sand et Stendhal. Il a aussi réalisé un livre « L’Indre au cinéma, lieux et récits de tournages » qui n’a pas d’équivalent à sa connaissance ; C’est un répertoire d’une grande richesse documentaire, classé par ordre alphabétique des communes de l’Indre dans lesquelles des tournages ont été effectués de 1921 à 2006. On y découvre que de nombreux acteurs et actrices célèbres y sont passés (dont Jean-Paul Belmondo, Michel Piccoli, Jean Gabin, Jean-Claude Brialy, Gérard Depardieu, etc.). Dans le même état d’esprit, il a écrit « Argenton-sur-Creuse et ses écrivains » (1996).

En tant que conservateur d’Argentomagus, Gérard Coulon a été un des membres directeurs de publications de colloques dont celui d’Argentomagus sur « Les sanctuaires de tradition indigène en Gaule romaine » (1994) et « La Pierre dans la ville antique et médiévale » (2000). On peut citer aussi le colloque de Châteauroux sur « L’archéologie du terroir. Rupture et continuité dans l’occupation des sols » (2005).

Gérard Coulon n’a jamais fini d’écrire et de nous enrichir comme en témoigne son activité en 2007, avec en particulier, la parution de son livre « Les Voies romaines en Gaule » (chez Errance, à destination du public étudiant) et de sa participation à « L’Histoire de la France » dont il a rédigé la partie concernant l’Antiquité (livre coécrit à quatre personnes).

Comme tout écrivain passionné par son art, Gérard Coulon a toujours des livres en projet ; dont l’ « Inventaire des dolmens et menhirs du département de l’Indre » et l’ « Inventaire des graffittis gallo-romains » (en 2007 ou au début de 2008).


Conclusion :

Par son dynamisme littéraire et historique, par son impact auprès des jeunes, par la présentation de ses livres, minutieuse et attrayante, M. Gérard Coulon a permis à un public nombreux d’accéder à des sujets qui leur avaient parus au premier abord, difficiles et rébarbatifs. Il a de plus permis à ce public de se passionner par cette partie de l’histoire ancienne, en la rapprochant de la leur, par exemple en parlant de la vie des enfants aux enfants, de la maternité et de la médecine de l’époque, du Berry à travers des récits agrémentés d’images pour recréer des sortes de bandes dessinées à sa manière, cette vision étant proche du monde audiovisuel si contemporain. M. Gérard Coulon méritait donc d’être mis à l’honneur, lui qui a si bien su et continue de faire aimer notre histoire et notre patrimoine d’une manière minutieuse et respectueuse de la vérité et je suis heureuse de lui remettre le prix Saint-Jean-Bourdin au vu de l’ensemble de son œuvre si originale, ludique et éducative.


Mme Catherine RÉAULT-CROSNIER




Au nom de l’Académie du Berry, Mme le Docteur Catherine Réault-Crosnier a remis à M. Gérard Coulon, le livre de Saint-Jean Bourdin commentant le livre des Très Riches Heures du duc de Berry, et Melle Isabelle Papieau, Clavaire de l’Académie, lui a remis une poterie de La Borne, liée au patrimoine du Berry, avec une inscription comprenant le nom du lauréat et la date.

--------------------------------------

 



Réponse de Gérard Coulon


Je voulais simplement dire quelques mots, si vous le permettez. Cette récompense et ces cadeaux ne peuvent que m’inciter à continuer à écrire. Vous savez que lorsqu’on reçoit un prix, on dit généralement « Cela ne m’intéresse pas ». Mais finalement on est touché et aujourd’hui, je reconnais que je suis profondément touché.

Je vous remercie d’avoir pensé à moi pour le prix Saint Jean Bourdin. Je reçois cette récompense pour l’ensemble de mon œuvre. Il faut avouer que cette expression « l’ensemble de mon œuvre » est quelque peu pompeuse parce que, quand on a écrit un certain nombre de livres, est-on persuadé pour autant d’avoir construit une œuvre ? Certainement pas, œuvre ou simple succession de livres, c’est le public qui, in fine, décide. « L’ensemble de mon œuvre »… je ne sais pas si vous ressentez la même impression que moi mais j’ai la nette sensation qu’après cette remise de prix, c’en est fini pour moi. Eh bien, non ! Certains le déploreront, d’autres s’en réjouiront peut-être, mais je continuerai à écrire tant que Dieu me prêtera vie.

Redevenons un peu sérieux. Quel est le moteur qui nous pousse à écrire ? C’est vrai que lorsque je n’écris pas, et mes proches le savent, je deviens neurasthénique et pourtant, je suis d’un caractère gai. J’ai besoin d’écrire. J’ai un besoin vital d’écrire. Ce qui m’anime, ce sont la curiosité, la passion et l’éclectisme. Vous avez constaté à la lecture du Docteur Catherine Réault-Crosnier que j’écrivais sur différents thèmes et cet éclectisme, je le revendique haut et fort. Je ne veux pas être un spécialiste confiné dans un domaine unique, par exemple l’enfant en Gaule romaine pour lequel j’ai écrit plusieurs ouvrages. Je tiens à conserver une fraîcheur d’esprit en m’attaquant à des sujets que j’aime, qui me passionnent mais pour lesquels j’ai besoin de mener de longues recherches. Et j’avoue que passer d’un thème à un autre me stimule tout particulièrement. En ce moment, par exemple, je travaille sur la Touraine au cinéma. J’ai peut-être attaqué un sujet un peu trop ambitieux puisqu’on y a tourné des films extraordinaires, voire mythiques comme La Belle et la Bête, comme le Van Gogh de Pialat… J’éprouve une sorte de délassement à passer d’un sujet à un autre et à me dépayser complètement les neurones et les mécanismes de création. Donc je continuerai à écrire, d’autant que l’écriture me procure d’intenses émotions. Mais n’écoutez jamais, et surtout ne croyez jamais un auteur qui vous dit qu’écrire le rend heureux. C’est faux, archi-faux ! L’écriture procure une véritable souffrance intime. Mais lorsque l’œuvre est terminée, quel bonheur, quand bien même les mots sont maladroits et finissent par vous trahir. Écrire, publier, c’est pour moi une source d’émotions profondes dont je ne puis me passer. Et finalement, la plus belle des émotions n’est-elle pas celle que l’on partage avec les autres, c’est-à-dire avec les lecteurs ? Je vous remercie.


 
Dernière modification : 12/11/2011
 
Retour haut de page