Prix St J. Bourdin - 2008

Académie du Berry

Séance solennelle du 25 octobre 2008 au Chateau d’Ars (Indre)


Remise du prix Saint-Jean Bourdin 2008,
à Mme Jeanne Champagne


Allocution du Dr Catherine Réault-Crosnier

Présidente du prix



Le prix Saint-Jean Bourdin est remis chaque année, à une personne honorant par son action le Berry, mettant en valeur le patrimoine de cette belle région, les coutumes, l’histoire, les arts… Monsieur Maurice Penin de Jarrien, notre regretté Président, le remettait chaque année, à une personnalité du monde des arts. Monsieur Alain Bilot, notre président actuel, a décidé de me passer le relais, et je le remercie de sa confiance. Monsieur Saint-Jean Bourdin a réhabilité le livre des « Très riches heures du duc de Berry ». Il sera remis tout à l’heure à la lauréate, accompagnée d’une poterie de La Borne, village du Berry aux œuvres d’art renommées.

Cette année, ce prix est décerné non pas à un livre mais à l’action d’une femme metteure en scène au vu de son talent artistique et théâtral auprès des jeunes, de sa mise en valeur personnelle de George Sand dans un projet qui a su ensuite se propager en France et hors de nos frontières.

 

Jeanne Champagne, lauréate 2008, Catherine Réault-Crosnier, présidente du prix Saint-Jean Bourdin,
le Professeur Maurice Bazot, chancelier et Alain Bilot, président de l’Académie du Berry.


Présentation de Madame Jeanne Champagne :

Jeanne Champagne est berrichonne puisqu’elle est née dans une école, non loin de Nohant. Son enfance et son adolescence ont baigné dans les paysages décrits par George Sand dans ses romans. Elle a fait des études de théâtre et a eu une formation de comédienne aux Ateliers des quartiers d’Ivry. Elle a suivi les cours d’Antoine Vitez au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, a joué au TNP avec Roger Planchon et au Centre Dramatique National de Reims, avec Philippe Adrien. Elle a été engagée au Théâtre Quotidien comme assistante et dramaturge. Lucien Attoun lui a permis de faire sa première mise en scène à Théâtre Ouvert, dans le cadre du festival d’Avignon (La Maison d’Anna de Ninon Ozanne et Dagmar Deisen, d’après Anaïs Nin).

En 1981, elle a fondé la Compagnie Théâtre Écoute qui est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication (Drac Île de France) et a mis en scène, une trentaine de textes notamment de Peter Handkle, Agota Kristof, Edward Bond, H. von Kleist, Jules Vallès ou encore Annie Ernaux et George Sand.

Depuis 1988, Jeanne Champagne et sa compagnie ont inclus dans leur projet artistique, une activité de formation théâtrale en partenariat avec l’Éducation Nationale et un grand nombre d’associations dont la maison du Geste et de l’Image à Paris, les Scènes Nationales l’Apostrophe à Cergy Pontoise, l’Equinoxe à Châteauroux, ce qui est une marque de la reconnaissance et de la valeur des actions entreprises par Jeanne Champagne.

En 1991, elle a reçu le prix Passerelle des arts pour récompenser son action en faveur des jeunes. Elle a été nommée Chevalier des Arts et Lettres en 2005.

De septembre 1992 à décembre 1997, Théâtre Écoute a été associé à la Maison de la Culture de Bourges, où la compagnie a développé un important travail de créations et de rencontres avec le public. Elle continue son action en direction des jeunes, en particulier en milieu scolaire ; en 1999, à l’occasion du projet artistique et pédagogique, « Les apprentissages de la république et de la citoyenneté », Jeanne Champagne est saluée par le Ministère de l’Éducation Nationale, pour son initiative sur les « Lettres à Marianne » avec des élèves de collège (Collège Michelet – ZEP de Saint-Ouen). Faire prendre conscience aux jeunes de leurs droits et devoirs de citoyens autour des valeurs républicaines –liberté, égalité, fraternité– à travers un travail artistique et théâtral, tel était l’objectif de Jeanne Champagne. Elle est aussi intervenue dans d’autres établissements scolaires (dont le lycée Fénelon à Paris) ; elle mène des ateliers avec des adolescents et des formateurs et encadre de nombreux stages en partenariat avec les ministères de la Culture et de l’Éducation Nationale (au Nouveau Théâtre d’Angers, au Centre de Création Contemporaine de Fécamp).

En 2002 et 2003, elle a mené un projet artistique et pédagogique dans douze classes d’enseignement général et professionnel d’Île-de-France, « Les Lois de l’amour et de la vie », une manière originale d’apprendre aux jeunes. De nombreux établissements scolaires sont partenaires de ses actions de même que des théâtres et des compagnies. Beaucoup d’artistes ont travaillé avec elle et en gardent un très bon souvenir. Certains ont même fait le déplacement pour l’entourer en ce jour où elle est mise à l’honneur. Ceci prouve que là où elle vit, elle ne passe pas inaperçue. Son dynamisme, sa force de passion dans le métier qu’elle fait, sont un stimulant bénéfique pour tous.

Jeanne Champagne a sillonné la France, pour présenter ses pièces de théâtre, notamment la trilogie de Jules Vallès : L’enfant, Le bachelier, L’insurgé. Elle a donné 300 représentations qui ont rassemblé plus de 60 000 spectateurs. Elle parcourt le monde entier, elle a fait récemment (en avril et mai 2008) des tournées à l’étranger. En juin 2008, elle revenait de Montevideo en Uruguay et de Buenos Aires en Argentine.

Un des moments forts de sa carrière, a été lorsqu’elle a joué « George Sand à l’Assemblée nationale » en 2004 à l’Assemblée nationale, au Parlement de la Communauté française de Belgique et à la Cartoucherie de Vincennes. Les paroles de Jeanne Champagne sont alors émouvantes et passionnées : « J’ai l’impression d’avoir toujours connu George Sand. Avec cette lecture-spectacle, c’est comme si je retrouvais une amie que je n’avais pas vu depuis longtemps, dont l’œuvre n’aurait pas pris une ride mais bien au contraire « un coup de jeunesse. » »

Nous avons le vertige à suivre Jeanne Champagne, tellement elle aime à voyager pour partager ses créations.


Son œuvre :

Jeanne Champagne est Berrichonne de cœur, c’est sûr puisqu’elle a choisi de mettre en valeur « George Sand à l’Assemblée nationale ». Ce fut une consécration pour cette femme que d’avoir été choisie pour faire découvrir les liens de George Sand avec la politique, dans le cadre de l’année George Sand (à l’occasion du bicentenaire de sa naissance). La conception, le montage des textes et la réalisation de la lecture-spectacle lui ont été confiés en tant que metteur en scène et responsable de la compagnie Théâtre Écoute. Jeanne Champagne dans son argument, nous fait réfléchir : George Sand a refusé de siéger à l’assemblée nationale, en son temps car les femmes n’avaient pas le droit de vote, l’inégalité entre hommes et femmes était proclamée comme une évidence. Pour George Sand, il fallait d’abord donner ces droits aux femmes. Jeanne Champagne nous fait entendre là, un message qui reste actuel dans le sens où cette égalité est régulièrement remise en cause : elle proclame le droit aux justes revendications des femmes, droit à l’instruction et à la reconnaissance de leurs droits civils à égalité avec les hommes. Cent vingt jeunes, filles et garçons, vont porter les paroles de George Sand et de son époque via les journaux, romans, pour transformer le présent et l’avenir. Les lycéens et lycéennes ont découvert les textes de George Sand et ont préparé ce projet sous la direction de Jeanne Champagne, depuis octobre 2003. (Elle a reçu le soutien de l’Assemblée nationale et du Ministère de la Culture et de la communication en collaboration avec les ministères de l’Agriculture et de l’éducation nationale.) Le texte de son spectacle est en ligne sur le site Internet www.georgesand.culture.fr et peut être utilisé gratuitement pour toutes activités éducatives et culturelles non commerciales, c’est dire le charisme de Jeanne Champagne.

Récemment elle a aussi été inspirée par Antigone qui fait partie de ses réalisations. Après « Les gardiens du rêve », elle a mis en scène et présentée en décembre 2007, « Debout dans la mer » d’après « Racleurs d’Océans » d’Anita Conti, au Centre de Création Contemporaine de Fécamp puis en janvier 2008, à la Cartoucherie de Vincennes, ainsi qu’Extraviada de Mariana Percovich qu’elle a mis en scène en mai 2008 à Théâtre Ouvert. Le 31 mai 2007, « Debout dans la mer » était à l’affiche d’Equinoxe, scène nationale de Châteauroux, dirigée par François Claude.

Je ne suis pas étonnée que Jeanne Champagne ait envie de proposer une nouvelle lecture des œuvres de George Sand, une réévaluation de ses écrits pour mettre en lumière, l’actualité de ses engagements, la modernité de son travail. Elle veut entretenir la culture, faire régner la justice, passer le flambeau de l’engagement pour plus de justice et de respect de l’homme, de la femme, de la terre et elle y met les moyens. Elle est résolument contemporaine dans le bon sens du terme afin que nous soyons tous toujours plus acteurs de l’histoire en marche.

Oui, Jeanne Champagne, berrichonne de racines et de cœur, metteure en scène, créatrice conceptuelle, est une talentueuse et passionnée professionnelle du théâtre vivant. Elle mérite par toute son œuvre et encore plus par son action auprès des jeunes (en particulier de la découverte de George Sand), d’obtenir le prix Saint-Jean Bourdin de l’Académie du Berry que nous sommes heureux de lui remettre ce jour.


Catherine RÉAULT-CROSNIER


Bibliographie :

- Jeanne Champagne (http://www.theatre-contemporain.net/biographies/Jeanne-Champagne/ consulté le 15 avril 2008)

- Jeanne Champagne (http://www.lesarchivesduspectacle.net/index.php?IDX_Personne=1133, consulté le 15 avril 2008)

- George Sand à l’Assemblée nationale, lecture-spectacle (http://www.assemblee-nationale.fr/evenements/G-Sand/g-sand.asp, consulté le 15 avril 2008)

- Debout dans la mer (http://www.equinoxe-lagrandescene.com/_spectacles0708/debout_dans_la_mer.html, consulté le 15 avril 2008)

                          


Au nom de l’Académie du Berry, Mme le Docteur Catherine Réault-Crosnier a remis à Mme Jeanne Champagne, le livre de Saint-Jean Bourdin commentant le livre des Très Riches Heures du duc de Berry, puis Monsieur Alain Bilot, président de l'Académie et Melle Isabelle Papieau, clavaire de l’Académie, lui ont remis une poterie de La Borne, avec une inscription comprenant le nom de la lauréate et la date.

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Réponse de Mme Jeanne Champagne


Je suis très honorée de recevoir ce prix. Votre discours et tant d’éloges sur mon travail me touchent profondément. Je vous remercie sincèrement de cette reconnaissance.

Je suis née dans une école non loin de Nohant, cette petite école dans le Berry est ma « source » ; un père « maître d’école », un idéal de liberté, de fraternité, vécu dès le berceau sous le regard bienveillant de Marianne.

Mon enfance a baigné dans les paysages décrits par George Sand, mais ce n’est pas à cette époque qu’elle a retenu mon attention, c’est plus tard, lorsque j’ai vraiment découvert l’écrivain, l’épouse, la mère, l’amante, la femme plurielle passionnée et passionnante qui a mis en œuvre sa vie et ses idées avec une liberté étonnante.

George Sand parle un langage de notre temps, elle est notre contemporaine. Son engagement dans son œuvre, dans sa vie et dans tous les combats de notre siècle fait prendre conscience à chacune et chacun d’entre nous de la nécessité de devenir actrice et acteur de sa vie et de l’histoire en marche.

« J’ai toujours vécu par l’idée : quand ce soleil pâlit, rien ne me charme, quand il se ranime, rien ne m’épouvante. » dit George Sand. C’est vrai, j’aurais pu être « épouvantée par l’idée de faire travailler ensemble, à l’Assemblée nationale, cent-vingt jeunes filles et jeunes gens de différentes régions de France, de Paris et sa banlieue, mais « l’idée » était si belle et le soleil de cette idée si chaud que je me suis enflammée et le bonheur de chacune et chacun a été au rendez-vous.

      


Jeanne Champagne, lauréate 2008 du prix Saint-Jean Bourdin.

Dans mon métier de femme de théâtre, rien ne se fait seul, c’est ce qui en fait l’originalité et la force. C’est « ensemble » que nous mettons en œuvre des idées et c’est peut-être en cela que nous rejoignons George Sand.

Aussi, avant de laisser la parole aux mille jeunes filles et jeunes gens à travers le film réalisé par Anne-Lise Maurice et Catherine Pamart, qui a pour titre « Entre la veille et le lendemain », je voudrais remercier toutes celles et ceux qui ont participé à la réalisation de ce projet, particulièrement :

  • Reine Prat, chargée de mission pour l’année George Sand au Ministère de la Culture ;
  • Jean-Louis Debré, Président de l’Assemblée nationale ;
  • Michel Perrot qui a rassemblé les textes politiques de George Sand ;
  • Georges Buisson, administrateur du Palais Jacques Cœur et de la Maison George Sand à Nohant ;
  • François Claude, directeur de la scène nationale d’Équinoxe à Châteauroux et sa magnifique équipe avec qui j’ai le bonheur de travailler actuellement ;
  • les artistes et techniciens Tania Torrens, Gwenaelle David, Laurent Charpentier, Denis Léger-Milhau, Samira Mesbahi, Mariam Gueguetchkori, Jeanne Bleuse, Franck Thevenon, Thierry d’Oliveira-Reis ;
  • et ici présents Gérard Didier scénographe, Anne-Lise Maurice, ma fidèle collaboratrice et Yvan Bernardet, régisseur de plateau.

Pour conclure, j’emprunte encore une fois ces quelques mots à George Sand :

« Tout de que l’artiste peut espérer de mieux
C’est d’engager ceux qui ont des yeux à regarder aussi.
 »


Jeanne Champagne remercie également celles et ceux qui nous ont accordé leur soutien :

  • Drac Centre ;
  • Drac Île de France ;
  • Conseil régional du Centre ;
  • Conseil général de l’Indre ;
  • Monum ;
  • Le Ministère de l’éducation nationale ;
  • La DDAI (délégation au développement et aux affaires internationales) ;
  • ARCADI (action régionale pour la création artistique et la diffusion en Île-de-France) et avec la participation artistique du Jeune Théâtre National.

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Dernière modification : 12/11/2011
 
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