Plaisant

Monsieur le Président, Chère consœur et chers confrères, Mmes, Mrs, chers amis,

Monsieur l'ambassadeur,

            Vous venez de tenir un discours tel qu’on les espère en cette enceinte ; brillant, précis, documenté, en un mot académique.


            Avant de vous adresser la réponse d’usage, je voudrais d’abord formuler quelques remerciements :


- à notre dévoué clavaire, Philippe Deloup qui a organisé de main de maître cette séance

- et à notre président, pour la confiance renouvelée qu'il m'accorde.


Vous m'avez sollicité, cher président et ami, pour apporter la réponse d'usage à notre récipiendaire. Pourtant, il n'y a, a priori rien de commun -en dehors du service de l'État- entre un médecin général et un ambassadeur de France, qui plus est historien et fin lettré.


De fait, existent entre nous des liens symboliques que vous ne pouviez pressentir.

Monsieur l'ambassadeur compte en effet deux médecins militaires parmi ses ascendants. Le premier participa comme aide-chirurgien major aux dernières campagnes de l'Empire : son fils, Venant, Antoine, Léon Legouest a donné son nom à l'hôpital de Metz, où il naquit. Professeur agrégé du Val-de-Grâce, membre de l'Académie de médecine, il obtint l'autonomie du Service de santé en l'arrachant en 1882 aux griffes de l'Intendance. Il en devint le premier directeur.


C'est au milieu de reliques précieusement mises en valeur - une véritable annexe du musée du Val-de-Grâce- que vous m'avez aimablement reçu, Monsieur l'ambassadeur, évoquant vos souvenirs sous un portrait de votre illustre aïeul, par Adolphe Yvon.


J'aurais pu, de vos confidences, alimenter un discours de plusieurs heures, mais par égard pour les autres intervenants et pour l'assistance, je me dois de faire court, ce qui est pour vous et les vôtres particulièrement frustrant, et pour moi difficile ; il me faut en effet tailler dans le vif d'une existence remarquable, en soulignant les aspects qui permettent d'en saisir le sens et expliquer les raisons qui vous ouvrent la porte de notre Académie.

Elle est destinée - je le rappelle - à “grouper, honorer et récompenser les écrivains, poètes, penseurs, historiens, archéologues, analystes, scientifiques, érudits et artistes du Berry, ou qui s’intéressent à notre province”. [1]


* Né à Paris, le 22 juin 1932, vous êtes pourtant plus berrichon que beaucoup d'entre nous. Votre lignée paternelle s'enracine ici en 1830, ce jusqu'à votre grand-père Achille, premier président de la Cour d'Appel de Bourges et à votre père, Marcel Plaisant, dont le patriotisme[2] et la notoriété d'avocat devenu Sénateur, Président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères, Membre de l'Institut, reste dans les mémoires. Du côté maternel (celle des Auchère) les registres paroissiaux les plus anciens mentionnent vos ascendants  berrichons.

Profondément attaché à cette région, vous y faîtes de fréquents séjours dans des maisons de famille près de la Guerche-sur-l'Aubois et à Menetou-Salon. L'on comprend pourquoi vous fûtes sollicité pour assumer les fonctions de Président du cercle amical du Berry, Les berrichons de Paris.


Vous avez fait de brillantes études couronnées - le fait n'est pas si fréquent - par l'obtention d'un baccalauréat littéraire (on disait A à notre époque) et scientifique (option "maths élem."). Vous apprécierez plus tard ce bagage qui facilitera vos échanges avec les scientifiques.



[1] (paragraphe 1 de l’article premier des statuts de l’Académie Berrichonne)     

[2]  M. Goin, du Haut Conseil de l'Académie, m'a fait savoir que "M. Marcel Plaisant fut, en 1943-1944, incarcéré à Orléans, Fresnes et Bourges et torturé par la Gestapo".


En dehors de vos mérites personnels, vous devez cette solide formation aux excellentes méthodes pédagogiques du Cours Hattemer-Prignet, établissement parisien privé non confessionnel.

Puis vous allez obtenir le Diplôme d'études supérieures de droit public, le Diplôme de l'Institut d'études politiques de Paris. Enfin, de 1958 à 1960, vous êtes Élève à l'Ecole nationale d'administration avant de vous orienter de façon raisonnée vers la carrière diplomatique.


Monsieur l'ambassadeur, vous m'avez confié, en prenant congé, la clé de votre existence et de vos inclinations profondes :
je vous cite :

"J'ai été -

Seizièmiste par vocation,

Dix-septièmiste par violon d'Ingres,

Et Diplomate de profession" (ici je transpose vos paroles).


* Le survol de votre parcours professionnel montre à l'évidence que ce mariage de raison devint bien davantage avec les années.

La carrière, vous aviez été plongé dedans dès l'enfance. Dès l'âge de huit ans, à Vichy, vous étiez le témoin quotidien des allées et venues de telles hautes personnalités. Plus tard, votre père vous fit partager une mission diplomatique à New-York, qui vous fit cette année-là arriver à Sciences-Po après le début du cursus.


Vous avez particulièrement apprécié le temps des emplois subalternes, avant l'accession au titre et aux fonctions d'ambassadeur. On le comprendra aisément, puisque, sans cesse, vous y avez croisé l'Histoire.

En particulier lors de la conclusion de la tragédie algérienne, lors de la rupture de la France avec l'OTAN, lors des accords d'Helsinki.


Avoir été une année chef de cabinet du préfet à Constantine vous valu d'être nommé Secrétaire de la délégation française à la Conférence d'Evian en1962 : la date du cessez-le-feu portée dans le blanc laissé à cet effet sur le document officiel est de votre main. Ce souvenir est d'autant plus puissamment gravé qu'il fut renforcé par l'émotion. Lors de votre arrivée à Evian en compagnie de la délégation emmenée par Louis Joxe, le maire de la ville ne venait-il pas d'être assassiné ? De plus, dans les semaines qui suivirent, vous fîtes l'objet de menaces téléphoniques. (Vous n'en poursuivrez pas moins votre travail de Chef du bureau des Affaires politiques au secrétariat d'Etat chargé des Affaires algériennes (1964).


Vous avez été Secrétaire à la délégation permanente de la France auprès de l'OTAN de 1964 à 1968. C'est dans ce cadre qu'il vous revint, en 1966, de porter à chacune des délégations des 15 pays membres le manifeste signifiant que la France se retirait de l’organisation militaire, rejetant la formule de l’intégration des forces. Puis vous êtes nommé premier secrétaire puis conseiller d'ambassade en République fédérale d'Allemagne et vous assumez les responsabilités d'Expert français aux négociations quadripartites sur Berlin (1968-1973).


Cette affectation Outre-Rhin ne doit rien au hasard mais à votre maîtrise de l'idiome local, ce qui mérite une digression.

Lors de vos études, vous aviez choisi l'allemand en première langue en souvenir d'une tradition. Dans votre famille, il était stipulé depuis Legouest que tous les garçons apprendraient ce langage. Lorrain, votre trisaïeul avait en effet opté pour la France lorsque celle-ci fut amputée de l’Alsace et d'une partie de la Lorraine à l'issue de la guerre de 1870. Devenir capable de comprendre l'ennemi, c'était se préparer à reconquérir ce territoire. Près du tombeau du soldat inconnu, à même le sol, une grande plaque rappelle au visiteur que ce vœu a été exaucé le 11 novembre 1918.


De tous les évènements historiques vécus, vous mettez l'accent sur les "accords d'Helsinki". Ils furent signés -rappelons-le- en 1975, au terme de la conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (C.S.C.E), portant notamment sur la libre circulation des hommes et des idées dans toute l’Europe, U.R.S.S. et démocraties populaires comprises. Vous représentiez alors la France à la commission sécurité de cette Conférence qui se tint à Genève à partir de 1973. Dans ce prolongement, vous serez le représentant de la France aux négociations de Vienne sur les forces armées classiques et sur les mesures de confiance et de sécurité en Europe (1989-91).


L'importance de ce traité tient au fait que, pour la première fois, les forces classiques étaient concernées, ce par la réduction de leur volume. Complétant les traités de 1970 et de 1973 sur les armements nucléaires, il s'est agi, à l'époque, d'un accord historique.


Votre dernière rencontre avec l'histoire s'inscrit à la fin de votre carrière, lorsque le Gouvernement Balladur voulu donner une nouvelle orientation à la politique française envers la Chine. Pour ce faire, il envoyait à Pékin un professionnel d'expérience chargé de recoudre ce qui avait été quasi tranché. Vous alliez alors largement contribuer aux efforts de normalisation de nos relations avec la Chine.

Placé en bonne place sur votre piano à queue trône une photo prise lors de la signature du contrat de la deuxième centrale atomique chinoise. Vous figurez au centre d'un groupe important, près du Premier ministre Li Peng, de son épouse -dont il tenait par sa présence imposée à signifier le rôle de précieuse conseillère-  et de la vôtre, qui fut de son côté conseillère juridique aux affaires algériennes.

La tâche fuschia de sa robe fait un contraste saisissant avec la tonalité sombre de l'ensemble.

Paradoxe apparent, vous vous sentez depuis ce séjour plus proche de ce peuple que de certains européens du nord, par ce que vous vous êtes pénétré de leur culture. J'emprunterai à vos travaux deux citations qui illustrent votre démarche :

-          de Rabelais : "La curiosité envers l'étranger fait partie de l'éducation"..

-          d'Érasme ; "Connaître l'esprit et les mœurs de toutes les nations, c'est une partie de la sagesse des rois".


Au-delà des confrontations historiques que je viens de rappeler, le rôle d'adjoint - aimez-vous répéter- est passionnant, car on apprend sans cesse. Ce fut le cas à l'Administration centrale où vous avez occupé successivement les postes de Sous-directeur (1974) et de Directeur Adjoint (1978). Ce fut le cas à Washington en tant que Ministre plénipotentiaire (1978), puis Ministre conseiller (1980-81).  " Le numéro deux- dites-vous- fait tourner la machine". Vous y avez appris l'Amérique du Nord et du sud, l'Asie, le concret de l'administration, y compris celle -pesante -si j'ai bien saisi- du lycée français.


Disert sur ces périodes fécondes, vous êtes resté plus discret sur vos fonctions d'ambassadeur- Chine exceptée - que ce soit en Afrique du Sud (1981-84), en Grèce (1987-89), en Suisse (1991-93), au Liechtenstein (en résidence à Berne) (1992-93). Comme si le fait d'être plongé dans un milieu décrit par Claude Lévi-Strauss comme "mondain, brillant, dévoré d'ambitions rentrées ou insolentes" convenait moins à la réserve de votre caractère que le souci d'une action efficace mais sobre, sous-tendue par la méditation et le travail dans l'ombre.


On ne saurait douter de votre réussite dans vos fonctions à la lecture du Who's-Who et de vos promotions successives ; Directeur de l'Europe à l'Administration centrale (1984-87) ; Secrétaire général adjoint du ministère des Affaires étrangères et Conseiller diplomatique du gouvernement (à partir de 1993).

Enfin, pour couronner le tout, vous avez été élevé à la dignité viagère d'ambassadeur de France.


Telle est, trop brièvement résumée une carrière professionnelle magnifiée par les évènements, les rencontres et les prises de responsabilité personnelles.


Diplomate de profession

Seizièmiste par vocation,

Dix-septièmiste par violon d'Ingres ;


Cette profession de foi souligne s'il en était besoin vos pôles d'intérêts les plus profonds.

L'Histoire vous passionne et votre fils, devenu professeur agrégé en cette matière avant d'entrer à l'ENA, a sans doute réalisé vos désirs. Vous êtes avant tout un humaniste avide de savoir, baigné depuis l'enfance dans le Latin et le Grec. Lors des vacances forcées de 1940, votre père vous avait initié au Latin dont vous n'avez cessé de développer la maîtrise. Levé tôt, vous réservez chaque jour au moins deux heures à la lecture. Vos choix, lors des dernières vacances, éclairent l'évidence : la grammaire latine afin de combler, dites-vous, quelques lacunes ; une anthologie de la poésie latine de la Renaissance[1]que vous qualifiez d'exceptionnelle ; Bourdaloue enfin, "pour saisir les différences avec Bossuet"[2].


Vous venez brillamment d'évoquer cet illustre prédicateur berruyer né trois siècles avant vous, à l'occasion du tricentenaire de sa mort.


Seizièmiste par vocation.


En témoignent vos travaux, peu nombreux, avancez-vous, pour un académicien. Sans doute, mais d'une exceptionnelle qualité de forme et de fond. Votre très large culture historique sous-tend la précision de vos analyses et le lecteur insuffisamment averti que je suis a dû rafraîchir et enrichir sa connaissance d'un siècle que vous qualifiez d'exceptionnel ; avec Rabelais, Ronsard, Montaigne, le seizième siècle, "c'est la jeunesse, le printemps, l'explosion". 

Plusieurs de vos travaux sont consacrés à mon collègue médecin, illustre père de Pantagruel :

Vous avez publié

-   en1971 ; le sens du mot "politicq" chez Rabelais à la lumière d'un titre de la librairie Saint-Victor ; "le mortier de la vie politique"

-    la même année ; Rabelais maître ou disciple de Guillaume du Bellay ?

-    en 1974 : la guerre et la paix selon Rabelais.

Cet écrivain est resté fidèle jusqu'au bout au principe de ne pas entreprendre de guerre sans avoir essayé tous les arts et moyens de la paix. Cela dit, s'il faut tout faire, par intérêt, pour éviter la guerre, elle n'est pas pour autant toujours illicite à ses yeux [3] .


Ces trois essais sont parus dans une revue de culture générale, celle de l'Association Guillaume Budé dont vous êtes membre fondateur.


Vous avez consacré à ce grand humaniste du XVIe un remarquable essai intitulé :

L'histoire antique dans l'institution du prince d'après Guillaume Budé[4]

Il entend répondre à la question : Que se passe-t-il quand l'humaniste fait intervenir l'histoire antique dans l'histoire de son temps ?

Budé propagea en France l'étude du Grec et contribua à la création des "lecteurs royaux", le futur Collège de France. "Telle est la gloire de Guillaume Budé (…), écrivez-vous, qu'elle est arrivée à faire oublier la qualité sous laquelle il était officiellement reconnu et qui à l'en croire lui coûtait le plus de temps et de peine ; celle d'un haut fonctionnaire".

N'y aurait-il pas en ces lignes la marque d'une secrète nostalgie personnelle…



[1] par Pierre Laurens

[2] (Il s'attacha plutôt à réformer les mœurs qu'à expliquer le dogme)

[3] ( ici il s'écarte d'Erasme).


[4] 1973 Actes du IX° congrès (Rome 13-18 avril 1973)


Dix-septièmiste par violon d'Ingres ;


"L'Evêque de Meaux et le père Bourdaloue me rappellent Démosthène et Cicéron", écrivait La Bruyère dans les Caractères. "Tous deux, maîtres dans l'éloquence de la chaire, ont eu le destin des grands modèles ; l'un a fait de mauvais censeurs, l'autre de mauvais copistes".

Vous venez de Bourdaloue camper un magistral portrait.

Vous aviez, de Bossuet, relu récemment Les élévations. Si ce prédicateur inspiré alimente vos méditations intimes, je n'ai pas trouvé dans vos travaux leur traduction. J'aurais aimé pourtant apprécier votre point de vue sur ce siècle dont j'ai approfondi la connaissance, par nécessité, puis par passion, au Val-de-Grâce. Bossuet -faut-il le rappeler- prononça en 1667 l'oraison funèbre de sa fondatrice, Anne d'Autriche. [1]

Ses méditations sur la mort nous confrontent à la vanité des choses humaines ; "l'homme est méprisable en tant qu'il passe, et infiniment estimable en tant qu'il aboutit à l'éternité". Nous n'avons pas esquissé cette discussion, mais vos charges de vice-président de l'Oeuvre d'Orient (les Chrétiens de France au service des chrétiens d'Orient) me donnent à penser que cette question reste au cœur de votre existence.


Fait a priori paradoxal compte tenu de vos préférences affichées, c'est à un personnage du XVIII ème siècle, Saint-Simon, que votre travail le plus important est consacré. Il s'agit d'un essai trop modestement taxé de simple "crayon, ébauche et plan d'une recherche" à mener plus tard à bien.

Il faudrait -écriviez-vous en 1988- pour étudier sérieusement ce que fut et fit Saint-Simon diplomate[2], ne serait-ce que pendant les sept ans de sa vie active, des années de travail". 

On reste confondu par tant de modestie à la lecture de ce qui constitue à mon avis bien davantage qu'une ébauche. Votre travail fouillé et très documenté rétablit l'objectivité historique. Vous brisez le portrait peu flatteur que certains auteurs[3] ont proposé à des générations d'étudiants ; "psychologue pénétrant et peintre-né, mais borné du côté de l'intelligence", "dont le visage et l'attitude sont ceux d'un personnage infatué de lui-même". Les propos des tenants de son rival, l'abbé Dubois, que vous rapportez, n'ont rien de plus flatteur.

Certains lui reprochent d'avoir concentré "une part importante de son intérêt et de son action sur des questions de rang et de cérémonial". C'est se laisser aller au "doux péché d'anachronisme", selon le mot d'Annette Wievorka, en oubliant l'importance que l'on accordait à l'époque aux questions de préséance. Par ailleurs, la lecture diplomatique des Mémoires et de la correspondance démontre surabondamment et contrairement aux idées reçues, sa capacité de concevoir une politique générale ”. Malgré "son attachement obstiné à l'alliance espagnole, il sut reconnaître les réalités de son temps"[4]. Si, par intransigeance excessive, "il n'a pas su persuader le Régent du bien-fondé de ses analyses", c'est sans doute -concluez-vous- "à l'échec relatif du diplomate que nous devons le chef-d'œuvre de l'écrivain".


J'encourage les érudits à lire votre travail dont ce résumé squelettique trahit la richesse.



[1] "Au Carmel de la rue du Bouloi le 18 janvier 1667". (In Bossuet- la Pléiade)

Cet immeuble (N°19-20-21-23) fut occupé pendant la Fronde et jusqu'en 1656 par les religieuses du Carmel de l'Incarnation du faubourg Saint-Jacques. Situé en face du Val-de-Grâce, il recevait les visites régulières d'Anne d'Autriche avant qu'elle n'édifie l'église votive. On peut y admirer - commandé pour ce couvent (détruit) - quatre tableaux de Philippe de Champaigne (deux depuis 1993, deux autres depuis 2002).

[2] 1988 Cahiers Saint-Simon n°16

[3] G. Lanson (directeur honoraire de l'ENA) et P. Truffau.

Manuel illustré d'histoire de la littérature française. Hachette 1931.

[4] (" Prescience du rôle de la Russie, conscience de la place des affaires économiques ")


J'ai souligné votre réserve, votre souci de ne pas se mettre en avant. Dans deux ouvrages de commande et de vulgarisation sur la diplomatie ;

Le ministère des affaires étrangères[1]

L'ambassadeur et le consul (coll. Raconte moi)[2]

vous rappelez les rôles d'un ambassadeur : défendre et promouvoir les intérêts politiques, commerciaux, économiques et financiers, culturels enfin. J'ai la conviction que vous avez assumé ces tâches en incarnant "la France", tout en laissant au second plan François Plaisant.

Il en est qui parlent, d'autres dont le rayonnement vaut à lui seul témoignage et action.


Vous étiez armé -comme vos prédécesseurs Rabelais et Saint-Simon- d'une culture historique à toute épreuve.

À l'image de Saint-Simon dont vous écrivez : "dès sa jeunesse il lisait d'histoire “ tout ce qui [lui] tombait sous la main " ;

Comme lui vous savez l'Allemand, "Trait plus rare, pour les diplomates du temps"et pas si fréquent de nos jours ;

Et que dire du Latin ! "Il avait appris assez de latin pour être encore capable de s'entretenir dans cette langue avec l'archevêque de Tolède afin de se passer d'interprète". Sans aller jusque-là, il vous est arrivé de pouvoir partager des confidences téléphoniques en latin avec un collègue afin d'assurer leur confidentialité !


En un mot, vous êtes un honnête homme au sens classique aspirant depuis votre retraite à une tranquillité propice à la méditation et à la lecture. 

Mais il est difficile de dire non lorsque l'on est sollicité du fait de ses compétences, d'où votre participation active

- à la commission générale de terminologie et de néologie (où vous représentez le Département, au sens diplomatique du terme) ;

-  à la Société d'histoire générale et d'histoire diplomatique (où vous êtes administrateur) ;

- à la Société Saint-Simon et, désormais, puisque vous avez bien voulu accepter la proposition de notre président, à l'Académie Berrichonne, ce qui nous honore.


Exigeant et fidèle en amitié, vous êtes resté proche d'un professeur de la Sorbonne, Pierre Laurens, rencontré lors de votre service militaire, dans l'armée de l'air. Vous aviez co-signé à l'époque votre première publication "Armée et formation humaine", où l'on pressent déjà la fibre humaniste en devenir.


Une devise latine, Per ardua ad astra complète Les armes de la Royal Air Force : un aigle aux ailes étendues sous une couronne. Cette sentence ne sera pas entre nous un message codé, mais partagé par sa traduction avec l'assistance.

Par le plus difficile, vers les astres.

Ce pourrait être votre devise si l'on entend :

-"par le plus difficile", votre patiente et exigeante quête de la connaissance, 

-et par "vers les astres", non la recherche des honneurs qui ponctuent naturellement une carrière réussie mais bien celle de la complétude personnelle.


Bienvenue en notre insigne Académie.



[1] (Les essentiels Milan 2000)

[2] coll. du citoyen Nane ed. (1997 & 2004) préfacé par Dominique de Villepin




 
Dernière modification : 26/11/2009
 
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