Rémi Maillard

 

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Monsieur le Président,

 

Mesdames, Messieurs,

 

Chers amis de l'Académie du Berry,

 

En cette séance solennelle d’automne de 2015,  je vous adresse mes plus vifs remerciements, pour m'avoir sélectionné tout d'abord, pour ce Prix de l'Académie 2015, qui m'est décerné . 

Ainsi que pour tous ces éloges me concernant.

 

Je vous exprime donc toute ma reconnaissance et ma gratitude.

 

Je remercie tout particulièrement Michel DELAUME, que je retrouve aujourd'hui, et avec qui, j'ai pu échanger de nombreuses fois ; 

 

Michel, toujours discret, m'avait d'ailleurs fait état brièvement, de cette belle Académie du Berry ; mais j'avoue ne pas y avoir prêté d'avantage attention ; quelle fut ma  surprise, de découvrir le mail de Madame Catherine REAULT CROSNIER, m'ayant annoncé ma sélection. 

 

Je mesure aussi, ce long voyage de ma vie, que j'ai parcouru, ( voyage, qui me paraît si court, aujourd'hui), car, si, Maître en ce métier -  je suis ; tout est encore à redécouvrir ; et apprenti, toute notre vie, nous sommes. 

 

Ce beau voyage, au cœur de la laque, je le dédie à Monsieur SEIZO SUGAWARA, ce jeune laqueur japonais, de 18 ans, qui arriva en FRANCE, en 1898, avec une délégation japonaise, pour l'exposition universelle de 1900,  à Paris.-

 

Il initia à la laque une Irlandaise, Eileen GRAY, avec laquelle, il a ouvert une école ; elle fut sa première élève, son nom restera indissociable à celui d' Eileen GRAY.

 

Malheureusement, trop avant-gardiste, le travail d' Eileen GRAY fut reconnu sur le tard. 

 

Monsieur SEIZO SUGAWARA initia ensuite, le grand Jean DUNAND, dinandier, dont le nom restera marqué avec le style naissant de l'époque « Art Déco » ;

 

Monsieur SEIZO SUGAWARA  s'est éteint en 1940, telle une ombre à l'âge de 60 ans ; malheureusement peu d'archives – voir pas du tout – le concerne.  

 

Qui suis-je donc ?

 

Lorsqu'à 14 ans, je quittai ma Normandie natale pour apprendre et engranger ce que devint ma vie ; ces moments de solitude et de douleur me permirent de renaitre et

de devenir l'homme nouveau, dont parle LOUIS CLAUDE DE St. MARTIN,  Philosophe-mystique du 18ème siècle....

 

J'étais loin de m'imaginer de venir m'installer et vivre en Berry ;

 

De GISORS (Eure) où je suis né, puis Montjavoult, Rennes, Quimper, Combrit Saint-Marine (Finistère), puis Kermabeuzen (couvent des Franciscains) où à 22 ans, j'y entrais – le temps du noviciat, le temps de penser mes blessures, le temps d'une transformation en profondeur, pour, ensuite, un an plus tard, partir vers d'autres horizons....

 

La Turquie, puis PARIS, la capitale, qui m'ouvrait ses bras....

 

Paris, capitale de toutes les folies, de tous les dangers, aussi. Après, bien des petits boulots, j'ai travaillé, comme sous-traitant, pour Ted Lapidus, et pour les plus grands noms de la Haute Couture, et le Moyen-Orient.

 

C'est avec mes collègues, Odile FAVARIO et Paulette BONIZEC, avec qui, nous partagions un local dans le quartier de la Bastille, que les collections défilaient au fil des saisons.... 

 

Lors de ma rencontre avec Paulette BONIZEC, je compris que mon destin allait basculer, pour m'orienter vers la laque –  je compris à la seconde, lorsque je vis entrer cette petite bonne femme énergique, avec son accent méditerranéen, et coiffée comme nulle autre, que mon chemin artistique serait lié au sien.

 

En effet, Paulette BONIZEC était aussi laqueur, et professeur de dessin ;

 

Avec le recul, mon ressenti se révélait juste ;

 

Aujourd'hui, Paulette est âgée de plus de 80 ans ; elle travaille toujours, et me téléphone très souvent ;  et à son tour, me demande des conseils, pour restaurer des laques retrouvées chez les antiquaires ! 

 

Je louais, alors, un petit studio inoccupé au dernier étage d'un  immeuble dans le 16ème arrondissement – rue de Passy - avec la complicité de la concierge de l'immeuble, où j'ai pu y réaliser mes premiers panneaux laqués ; 

 

Devenu parisien, il m'arrivait d'aller diner, quelquefois  “au Petit Quincy” où l'on y dégustait quelques spécialités du Berry, sans savoir – à l'époque- où géographiquement se situait cette province ; le destin se chargeant de me la faire découvrir.

 

Quelques années plus tard, je louais une maison  à ORCAY (Cher), tous près de

Nançay ; où le garage devint mon atelier, le week-end.

 

En 1991, ce fut l'achat de ma maison actuelle à AIZE (Indre), où tout allait changer. 

Qu'il est loin ce temps, où j'envahissais toute sa surface en atelier, dans l'attente de la réalisation des travaux de restauration, que je réalisai chaque week-end ; 

 

Ce lieu devint mon hâvre de paix, où je m'y ressource, où je vis, où je travaille, où la terre est venue mienne ; ses vallons et ses bois ont été pour moi, ma guérison, et ma force ; aujourd'hui, mon sanctuaire. 

 

En 2004, à Nançay (Cher), je crée en parallèle, avec ma boutique de décorations pour la maison à l'enseigne “ Art's & Déco”, ma propre galerie à l'enseigne “Prométhée” ; 

 

Depuis toutes ces dernières années, je présente mes créations nouvelles dans le cadre d'expositions personnelles à Paris, Bourges, Châteauroux, Orléans, le château de Valençay ; et tout récemment, à Rambouillet, où le deuxième personnage de l'état m'a permis de réaliser une très grande exposition au Palais du Roi de Rome – Monsieur Gérard LARCHER ayant pris le temps de visiter à mes côtés, cette exposition repré-sentant 7 années de travail. 

 

Ce beau métier de laqueur, je regrette de vous en offrir uniquement la résultante, le produit fini ; car, le plus beau pour moi, c'est sa naissance, avec ses difficultés,  parfois même ses souffrances ;

 

Métier d'intimité, de surprise, de découverte, que l'on ne peut percevoir et comprendre, qu'en le pratiquant ;

 

Métier alchimique, la matière au fil des mois se transforme, s'enrichit, s'illumine vers

cette lumière, qui la définit et dont elle a besoin pour vivre, et pour exister – cette lumière qui fait sa vie, mais,  qui est aussi le miroir de celui qui l'a conçue, polie au fil du temps et de la patience ; 

 

Métier de contemplation, qui, par sa rigueur, ses mouvements répétitifs, par le choix du silence, m'ont permis de retrouver cette intériorité méditative du monastère, et a fait pour moi, de ce métier, un support d'éveils, où le meilleur de l'humain se révèle: 

                                     “Chercheur de Lumière” ;

 

Ce métier, malgré tout, est en danger : il fut un métier d'homme, car très physique ; les femmes, aujourd'hui, qui l'ont adopté, sont en majorité, attirées par son lustre, sa brillance, son luxe, son prestige ; pour celà, elles sont allées à la facilité, en  abandonnant les techniques fondamentales du métier ;

 

La nouvelle génération, par dépit pour la tradition, innove dans sa recherche, mais en fait un tout autre métier, qui ne correspond plus à celui d'origine. 

 

Nos institutions sont sourdes et ont oubliées, qu'avec la deuxième guerre mondiale, 

l'élan de la créativité n'a pas connu l'essort mérité ; car, à cette époque, la FRANCE

comportait les meilleurs décorateurs, créateurs, ébénistes, designers qui utilisaient la laque – 1920 / 1930 ayant marqués une empreinte dans les arts décoratifs ; et dont je suis l'héritier.

 

Quoiqu'il en soit, je resterai fidèle défenseur des traditions, du savoir-ancestral, par ses techniques dans la création contemporaine, car le chemin nous a été traçé avant nous, par d'autres laqueurs, qui, avec la même passion, ont expérimenté. 

 

Sans SEIZO SUGAWARA, Eileen Gray, Jean Dunand, je ne serai pas laqueur aujourd'hui, et je ne peux, qu'humblement, les en remercier, et leur dédier cette journée. 

 
Dernière modification : 29/12/2015
 
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