Discours Didier Dubant

Ambrault (Indre) et sa pierre calcaire, un patrimoine local

par Didier Dubant,

chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.

 

Académie du Berry - séance solennelle d’automne, Châteauroux, le 13 octobre 2018.

 

Résumé

La pierre calcaire, d’âge jurassique, d’Ambrault (Indre) est présumée avoir été exploitée dès l’époque gallo-romaine. Mais cette pierre est surtout considérée comme ayant été la source principale d’approvisionnement utilisée pour l’édification de l’abbaye bénédictine Notre-Dame de Déols. Elle fut aussi utilisée pour les nombreuses églises paroissiales qui dépendaient en Berry de cette riche abbaye.

Cette pierre berrichonne blanche à reflets dorés, qui habille si bien nombre de nos monuments, est en quelque sorte notre pierre de Malte. Elle resplendit aux variations du soleil, tout comme le fait la globigérine utilisée pour les façades des édifices maltais.

L’étude détaillée de la commune d’Ambrault, dans ses limites actuelles, raconte encore une autre histoire, celle d’une reprise de l’activité d’extraction, autour de Boisramier, au milieu du XIXesiècle, avec une apogée au début du XXesiècle, puis un déclin après la première guerre mondiale. C’est dans ce contexte, qu’en 1865, le fils de George Sand, Maurice Sand, vint réaliser sur place, un dessin au fusain qu’il intitula « Carrière d’oolithe à Ambrault ».

 

Plan :

. Introduction

. le cadre topographique de la commune d’Ambrault,

. la localisation et la réutilisation des anciennes carrières,

. la question de l’ancienneté des carrières d’Ambrault,

 (la reprise de l’activité d’extraction après le milieu du XIXesiècle),

. l’activité des carrières d’Ambrault au XIXeet au XXesiècle d’après les témoignages,

. les mentions de carrières avant le milieu du XIXesiècle, 

. les carrières de pierre, indiquées sur le cadastre de 1839,

. l’avis des géologues, des tailleurs de pierre et des sculpteurs,

. la pierre berrichonne et la pierre de Malte,

. Bibliographie indicatrice.

 

Introduction

 

La pierre calcaire jurassique Bathonien (J2), d’Ambrault (Indre) est présumée avoir été exploitée dès l’époque gallo-romaine.

Cette pierre est surtout considérée comme ayant été la source principale d’approvisionnement pour l’édification de l’abbaye bénédictine Notre-Dame de Déols, mais aussi pour les nombreuses églises paroissiales qui en dépendaient.

 

 

Le cadre topographique de la commune d’Ambrault,

 

D’“Ambraus” à Ambrault

La première mention d’Ambrault conservée dans les sources écrites remonte à une bulle de Pascal II, rédigée au Latran le 13 novembre 1115 et adressée à Jean, l’abbé du monastère de Déols                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               (Johannes Ier fut abbé du monastère bénédictin de Déols dans l’Indre de 1103 à probablement 1119). Cette bulle confirmative des biens de l’abbaye Notre-Dame de Déols débute par : le monastère de Vouillon (monasterium Vodolionis) avec l’église paroissiale de Bommiers(Botmet), l’église d’Ambrault(Ambraus), l’église de Chouday(Chosdai), l’église de Condé(Conde) avec ses dépendances  (HUBERT (Eugène). – «Recueil historique des chartes intéressant le département de l’Indre » dans Revue Archéologique du Berry 1901, pages 137 à 143. Article qui indique comme source : «original aux Archives Nationales, L. 223 »).

Un peu plus de vingt ans plus tard, dans une bulle du Pape Innocent II datée du 22 mars 1139, bulle confirmant elle aussi les biens de l’abbaye de Déols, la même succession de lieux est donnée : «In episcopatu Bituricensi : monasterium Vodolionis(Vouillon), cum ecclesia parrochiali de Bormet (Bommiers). Ecclesiam de Ambraus (Ambrault). Ecclesiam de Chosday (Chouday). Ecclesiam de Condé cum appendiciis suis (Condé) » (HUBERT (Eugène). – « Recueil historique des chartes intéressant le département de l’Indre » dans Revue Archéologique du Berry 1901, pages 187 à 192). 

L’origine étymologique du mot Ambrault est sans doute à rapprocher d’Ambrosius,un nom  d’homme latin.

 

Les attestations les plus anciennes dans les sources écrites pour le reste de la commune d’Ambrault

Sur le territoire de la commune d’Ambrault, les micro-toponymes constituant le cadastre de 1839 sont pour partie d’origine assez ancienne. 

Sur un total de 53 lieux-dits indiqués sur la commune d’Ambrault en 1839, 1 est attesté dès 1115 (Ambrault), 3 autres (le Breuil, Bois Ramier et la Forêt Jacquelin) le sont dès 1301, Pellegrue dès 1391, Daluet dès 1446, la rivière la Théols («Theol, procedant d’une fontaine apellée Fontheolz ») est attestée en 1566. Vient ensuite :«droits d’usages, panage, pacage & pâturage dans les bois du Riotin (comprendre petit ruisseau)autrement dit Peau de Chien » en 1749, auquel s’ajoutent sous la dénomination“Bois Ramier” en 1755 le bois correspondant aux lieux-dits“les Châtelets” et “les Vieilles Carrières”sur le cadastre de 1839 et sous la dénomination «le Terrier d’Ambrault » en 1755 l’emplacement dénommé en 1839 “le Terrier Piplé”(à moins que ce ne soit au nord-est l’éminence dénommée “la Tuilerie” sur le cadastre de 1839).

En résumé plus de 15 % des lieux-dits inscrits sur les feuilles cadastrales d’Ambrault en 1839 ont au minimum plus d’un siècle d’ancienneté.

 

Quelques précisions sur les lieux-dits et la répartition de la population

Le registre des délibérations municipales de la commune d’Ambrault comporte pour l’année 1831 (c’est-à-dire 8 ans avant la réalisation des feuilles cadastrales de 1839) un état qui permet de connaître  la composition  précise de la population vivant sur le territoire de la commune (attention l’orthographe initiale du document a été respectée sauf ajouts entre parenthèses) : 

“Etat de la population de la Commune d’Ambrault.

Population

Ambrault chef lieu (50 garçon(s), 43 fille(s),40 hommes mariés, 40 femmes marié(e)s, 6 veuf(s), 8 veuves, 1 Militaire aux armées. Total 188).

Brosse les terre n’existe plus.

Daluet, Moulin réuny au domaine (11 garçon(s),3 fille(s),3 hommes mariés, 3 femmes marié(e)s. Total 20).

La Grande Doussignaire (4 garçon(s),  2 fille(s),1 homme marié, 1 femme marié(e). Total 8).

La Petite Doussignere(3 garçon(s),  2 fille(s), 1 homme marié, 1 femme marié(e). Total 7).

La Grande Maison amot (5 garçon(s),8 fille(s),3 hommes mariés, 3 femmes marié(e)s, 1 veuf. Total 20).

La Croix Blanche amot (3 garçon(s), 1 fille, 2 hommes mariés, 2 femmes marié(e)s. Total

 8).

Le Crot(c’est-à-dire le Croc) amot (2 garçon(s), 3 fille(s), 2 hommes mariés, 2 femmes marié(e)s. Total 9).

Les Loges vilage (4 garçon(s), 7 fille(s),6 hommes mariés, 6 femmes marié(e)s, 5 veuves.  Total 29 (en réalité 28)).

Chatignet amot  (4 garçon(s), 4 fille(s),2 hommes mariés, 2 femmes marié(e)s. Total 12).

Boisramier vilage (56 garçon(s),67 filles, 45  hommes mariés, 45 femmes marié(e)s, 6 veufs, 6 veuves. Total 225).

La Pierre de Midy (9 garçon(s), 1 fille, 1  homme marié, 1 femme marié(e).Total 16 (en réalité 12).

Pellegrult (c’est-à-dire Pellegrue) domaine (6 garçon(s),3 fille(s), 1 homme marié, 1 femme marié(e).Total 11).

Pellegrult chateau (1 garçon, 3 fille(s),1 hommes mariés, 1 femme marié(e).Total 6).

Le Breuil vilage (34 garçon(s), 30 fille(s),13 hommes mariés, 13 femmes mariés, 3 veufs, 7 veuve(s), 1 Militaire aux armées. Total 101).

Le Therier Noire 5 garçon(s), 3 fille(s), 3  hommes mariés, 3 femmes marié(e)s, 1 veuf . Total 15).

Total 192 (?)garçon(s),180 fille(s),125 (?)hommes mariés, 125 (?)femmes marié(e)s, 17 veufs, 26 veuve(s), 3 Militaires aux armées. Total 668 (en réalité 670).

Le présent état certifier par nous maire de la commune d’Ambrault.

Batard Maire” (Registre des déliberations municipales d’Ambrault Registre du 21 mai 1826 - 19 janvier 1838 page 104).

De cet état, il ressort que le centre bourg d’Ambrault concentre seulement 188 personnes sur 670 (soit 27 %), alors que le village de Boisramier en comporte 225 ( 34 %) et Le Breuil 101 (15 %). Autre particularité, il convient de noter que plusieurs dénominations de lieux-dits ne furent pas représentées quelques années plus tard lors de l’élaboration des feuilles cadastrales : Brosse, La Grande Doussignaire, La Petite Doussignere, La Grande Maison et Chatignet.

 

 

La localisation et la réutilisation des anciennes carrières

 
Après l’arrêt de l’activité d’extraction de la pierre calcaire, pendant plus d’un demi-siècle les carrières d’Ambrault furent oubliées, pour certaines remblayées et leur emplacement fut progressivement reconquis par une végétation très dense allant de simples broussailles jusqu’à de jeunes arbres.

Mais depuis quelques dizaines d’années de nouvelles activités et de nouveaux usages se développent sur l’emplacement des anciennes carrières : transformation en parc d’agrément, aménagements en réserve naturelle, utilisation comme site d’escalade... 

De plus une activité d’extraction pour obtenir du calcaire broyé a repris sur la commune à l’ouest de Boisramier en bordure d’une ancienne carrière.

 

- Le Parc d’agrément du Gros Caillou.

Située sur la commune d’Ambrault, à l’est de Boiramier, cette ancienne carrière d’exploitation de la pierre calcaire, d’une profondeur de 18 mètres et d’une surface de près d’un hectare fut réhabilitée à partir de 1998. Quatre années furent nécessaires  pour la vider des remblais qui avaient commencé à y être déversés et au bout de 15 ans de travail de remise en valeur le site est devenu le Parc d’Agrément du Gros Caillou (source : la plaquette “Commune d’Ambrault. Boisramier. Parc d’Agrément du Gros Cailloux”, versions 2015 et 2017).

 

- La carrière Chéret

Ancienne carrière d’exploitation de la pierre calcaire, la carrière Chéret (Georges Chéret 1897 – 1970), qui couvre une surface de deux hectares, se trouve sur la commune d’Ambrault, à l’ouest de  Boisramier, le long de la D49. Depuis l’arrêt de son exploitation en 1920, une nature foisonnante a réinvesti les lieux, faisant le bonheur des naturalistes. Cette carrière n’a pas connu le sort réservé à d’autres abandonnées, embroussaillées et comblées de gravats et déchets divers. Le site qui accueille aujourd’hui une végétation très variée, du fait de l’humidité permanente du front de taille, mais également des espaces ouverts et des sols maigres en haut des parois calcaires et des éboulis offre de nos jours une richesse écologique considérable.

Grâce aux efforts conjugués du propriétaire des lieux et du Conservatoire du Patrimoine Naturel de la Région Centre (créé en 1990, le Conservatoire du Patrimoine Naturel de la Région Centre s’est donné pour mission la sauvegarde des milieux naturels les plus remarquables pour leur faune, leur flore, leur qualité paysagère ou géologique) le site a fait l’objet d’un recensement des espèces remarquables qu’il abrite ( 159 espèces de plantes, 39 espèces de papillons, 15 espèces de criquets et sauterelles, 2 espèces de batraciens, 3 espèces de reptiles protégées au niveau national et 21 espèces d’oiseaux), a été aménagé et mis en valeur afin de permettre son ouverture au grand public et aux scolaires.

* Le front de taille de cette ancienne carrière fut par ailleurs à nouveau utilisé pour fournir les pierres de taille nécessaires à la restauration en 1992 de l’une des baies du bas-côté nord de l’église abbatiale Notre-Dame de Déols

(sources : 

- la plaquette intitulée “La carrière Chéret. Quand la biodiversité s’inviste dans la carrière”. Conservatoire du Patrimoine Naturel de la Région Centre. 

- PECHERAT (R.)., REMERAND (P.)., DUBANT (D.). dir. - L’abbaye Notre-Dame de Déols, Académie du Centre et Lancosme éditions 2009, pages 121, 124, 125 233).

 

 

La question de l’ancienneté des carrières d’Ambrault

(la reprise de l’activité d’extraction après le milieu du XIXesiècle)

 

            L’examen du cadastre de 1839, révèle qu’une grande partie des carrières, aujourd’hui abandonnées ou remblayées ne figure pas sur les feuilles cadastrales de la commune d’Ambrault. Ces carrières ont donc été ouvertes et exploitées après cette date.

 

En 1836 le recensement statistique et le dénombrement de la population indique la présence sur le teritoire de la commune d’Ambrault de seulement 3 personnes se déclarant comme étant des carriers sur une population totale de 722 habitants.

En 1866 le recensement indique la présence de 8 carriers à Ambrault sur 924 habitants.

En 1872 le recensement indique16 personnes se déclarant comme carriers sur 987 habitants.

En 1886 le recensement indique  23 personnes se déclarant carriers sur 1.151 habitants.

En 1891 le recensement indique 32 carriers 1.219 habitants.

En 1911 le recensement indique 36 carriers pour une population totale de 1.134 habitants.

Vient ensuite la grande guerre (1914-1918)

En 1921 le recensement n’indique plus que 10 carriers pour une population totale retombée à 958 habitants. 

L’activité des carrières de pierre calcaire à Ambrault a donc repris au milieu du XIXe siècle avec une apogée au début du XXe siècle et un effondrement après la première guerre mondiale, la dernière carrière de cette période d’activité cessant d’être exploitée peu après la seconde guerre mondiale (sources : Mairie d’Ambrault et POITOU (Christian) – Paroisses et communes de France. Dictionnaire d’histoire administrative et démographique. Indre. CNRS Editions, 1997, page 220.

 

Maurice Sand de passage à Ambrault en 1865
En 1865, Maurice Sand (le fils de la « romancière et écrivaine » George Sand), qui fut élève du peintre Delacroix et amateur de géologie, réalisa un dessin au fusain des carrières d’Ambrault intitulée : “Carrières d’oolithe à Ambrault. (Indre) 1865”. Il a représenté des hommes travaillant à des cuves (abreuvoirs ?) en bas de la carrière, pendant que d’autres sur une échelle  évacuent des blocs de pierre de petite taille.

Le dessin de Maurice Sand est conservé à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris dans le Fonds George Sand. Il se trouve en page 8 du carnet de  “croquis de voyage ” de Maurice Sand portant le n° 7 et correspondant à la période 1862-1876 (http://bibliotheques-specialisees.paris.fr/in/actualites/collections-numerisees/un-oeil-sur/Les-dessins-de-voyage-de-Maurice-Sand-(1823-1889)!f661cc27-fdf0-3771-8b1a-a7e26a9f4d6a).

*“Le calcaire oolithiques’est formé par précipitation du carbonate de calcium autour de noyaux microscopiques siliceux dans une mer chaude aux eaux agitées, comme il s’en forme encore de nos jours dans le voisinage des récifs.

Les affleurements les plus proches de Châteauroux se trouvent dans le voisinage du Poinçonnet, où le calcaire est exploité dans quelques carrières.

Mais les centres d’extraction sont Ambrault pour la pierre de taille et Saint-Gaultier pour les fours à chaux. La pierre d’Ambrault est en profondeur homogène et très peu fossilifère, celle de Saint-Gaultier à des parties coralligènes (corail) très dures”  (DUPLAN (C.). – Les Aspects naturels et les sols de l’Indre, Paul Mellottée éditeur, Paris 1930, p. 135).

 

L’augmentation de l’activité des carriers à Ambrault a également un impact sur les chemins qu’ils utilisent comme le montre un réclamation adressé par six d’entre eux au Conseil Général : 

“Messieurs,

Une pétition vous a été adressée par six carriers d’Ambrault qui demandent à être dispensés de la subvention industrielle qui leur est imposée annuellement pour les dégradations que supporte le chemin de grande communication n° 109, du fait de leur exploitation.

Le service vicinal a fait naturellement chaque année le comptage du nombre de colliers à charge qui sert de base à la demande de l’administration. Ce nombre, croissant chaque année, indique que l’industrie des pétitionnaires est en voie constante de prospérité, ce dont vous ne pouvez que vous féliciter avec eux.

En 1880, 1.459 colliers ont été comptés et ce nombre en 1883 s’est élevé à 2.273 pour le service des fournitures des six carriers réclamants.

Ces roulages extraordinaires ont naturellement causé au chemin qui les supporte des dégradations extraordinaires et il est tout naturel que les industriels, qui ont un intérêt majeur à ce que le chemin soit tenu en bon état, participent spécialement à son entretien dans la proportion de l’usure qui est de leur fait.

Votre Commission est d’avis que c’est en toute justice qu’une demande de subvention leur a été faite” (Conseil Général du département de l’Indre. Session ordinaire d’avril 1884, pages 93 et 94).

 

En 1902, un état des carrières dans le département de l’Indre est présenté devant  le Conseil Général de l’Indre.

Cet état signale qu’il “existe six groupes de carrières d’une certaine importance :

1° les carrières souterraines de Villentrois qui, en 1901, ont occupé 30 à 40 ouvriers et ont produit 1.800 mètres cubes d’une pierre de taille tendre assez estimée, 

2° les carrières souterraines de Palluau, qui fournissent une pierre beaucoup plus tendre et moins recherchée, ces carrières sont peu importantes,

3° les carrières à ciel ouvert de Clion, qui occupent de 25 à 30 ouvriers et fournissent annuellement un millier de mètres cubes de pierre de taille,

4° les carrières d’Ambrault, qui occupent de 50 à 60 ouvriers et produisent annuellement environ 2.000 mètres cubes de pierre de taille,

5° les carrières du Pally, près Argenton, de Chabenet et de Saint-Gaultier, qui occupent une centaine d’ouvriers et produisent annuellement environ 40.000 tonnes de chaux,

6° enfin, les carrières de phosphate de chaux des environs de Bazaiges et de Neuvy-Saint-Sépulcre, qui occupent de 50 à 60 ouvriers et qui ont produit en 1901 3.200 tonnes de phosphate” (Conseil Général de l’Indre. Rapport de délibération Session de 1902, pages 374 et 375).

 

 

L’activité des carrières d’Ambrault au XIXeet au XXesiècle d’après les témoignages

 

Témoignage de Bernard Laurent, de Boisramier, fils et petit fils de carrier, né en 1930 et ayant toujours vécu dans le pays

“L’Association Ouvrière des Carriers d’Ambrault” existait déjà depuis le 12 janvier 1903, donc dans les années de 1930 à 1939, j’ai eu l’occasion de côtoyer les carriers qui tous habitaient le village (Boisramier) ou dans les alentours proches, le moyen de locomotion étant la paire de sabots, ce n’était pas évident de se déplacer.

Les hommes de la famille : père, grand père, oncle, cousins tous travaillaient principalement avec un bail d’exploitation à la carrière Chéret (située à Boisramier commune d’Ambrault).

Le village (Boisramier) avec les carrières employait une centaine d’ouvriers. Il fallait ajouter le personnel qui transportait les chargements de pierre avec des attelages de chevaux, les “ricandiers”(en berrichon un ricandier est celui qui utilise un mauvais cheval), vers les lieux de travail des clients, parfois situés très loin (Vierzon, Saint-Amand, Lignières, Levroux et Châteauroux).

Dans le village (Boisramier), un maréchal-ferrant faisait chanter son enclume pour fabriquer des fers et toute la journée c’était un défilé de chevaux à ferrer.

A la carrière les journées étaient longues et pénibles, surtout l’été dans la profondeur de la paroi. Les blocs de pierre étaient dégagés de la paroi avec des outils rudimentaires : le pic, la masse de quinze kilos et des coins de fer, puis déplacée à la pince (sorte de barre à mine) et avec des rouleaux de bois placés sous la charge.

La période d’hiver était surtout employée à faire les “découverts” (décapages superficiels). Sur des parties de terrain non exploitées on enlevait la terre, les débris et les pierres pour arriver à trouver la matière exploitable.

En 1939 tout s’est arrêté les hommes sont partis à la guerre, les chevaux ont été réquisitionnés, les carrières de Boisramier avaient tourné la page.

Après-guerre, le ciment, le béton est arrivé. Ce n’est plus la page qui se tournait, mais le livre qui se fermait à tout jamais

(source : 

http://www.cen-centrevaldeloire.org/images/fichiers/files/Temoignages_CarriereCheret/aa-BernardLaurent-Declaration.mp3).

 

Témoignage de Paul Meunier, de Boisramier  commune d’Ambrault

De 1870 jusqu’à la guerre de 14 ce fut l’âge d’or des carrières. Il y eut de 130 à 140 personnes qui travaillaient dans les 5 ou 6 carrières (de Boisramier) qui étaient en exploitation.

Il y avait en plus tous ceux qui roulaient la pierre, ainsi que deux maréchaux, car les chevaux usaient les fers. A l’époque c’était des roues (à bandage externe) en fer. Il fallait aussi les resserrer en les chauffant.

Il y en avait aussi qui venaient chercher la pierre, des maçons de Saint-Août, Vouillon, Mâron, car la pierre ne se vendait pas chère.

Ils faisaient des dessus de portes, des marches, des quartiers, des monuments funéraires et des dalles.

Après la deuxième guerre mondiale tout est venu d’un coup le ciment, les parpaings, le granit, ce n’était plus la peine, on aurait pu se moderniser, il aurait fallu amener de la lumière

(source : 

http://www.cen-centrevaldeloire.org/images/fichiers/files/Temoignages_CarriereCheret/ab-PaulMeunier-Lescarrieres.mp3)

 

Témoignage de Bernard Laurent, de Boisramier, fils et petit fils de carrier, né en 1930 et ayant toujours vécu dans le pays

Il y avait des côtés qui n’étaient pas toujours accessibles. C’était accessible que par des gauchers. Quand les droitiers découpaient des blocs dans la façade, d’un côté cela s’attrapait bien. Mais de l’autre côté c’était plus difficile et un gaucher se débrouillait mieux. Sur les pics qui faisaient des saignées, des rainures dans la pierre, le manche des droitiers était cintré d’un côté pour tenir l’outil sans se blesser. Pour le gaucher le manche était cintré à l’envers

(source :

http://www.cen-centrevaldeloire.org/images/fichiers/files/Temoignages_CarriereCheret/ag-BernardLaurent-Lesgauchers.mp3)

 

Témoignages de Bernard Laurent et Paul Meunier

Dans le fond de la carrière, il y avait une partie qui était surélevée de la hauteur d’un plancher de brancard, de voiture à chevaux. Cela faisait un quai. Les carriers y amenaient les blocs à l’aide des rouleaux de bois ou de fer et les déposaient dans le véhicule.

Pour des “quartiers” de pierre de la paille était déposée au fond de la charrette pour ne pas abimer les blocs. On les faisait “marcher” à coups de dix centimètres par ici, dix centimètres par là, sur cinq six mètres, jusqu’à pouvoir les charger. Après il fallait mettre trois ou quatre chevaux pour monter la pente de la carrière et rejoindre la route.

Le transport était indépendant de la carrière. C’était des gens qui ne faisaient que cela. Ils étaient à leur compte et ne faisaient que rouler la pierre. Ils roulaient pour plusieurs carrières. Leur métier était transporteur

(source : 

http://www.cen-centrevaldeloire.org/images/fichiers/files/Temoignages_CarriereCheret/ai-BernardLaurent-et-PaulMeunier-Manip-et-transport.mp3

 

Témoignages de Bernard Laurent et Paul Meunier

Il y en a qui faisaient les deux. Ils avaient un petit bout de culture. Dans le village (Boisramier) il y avait une bande de petits exploitants qui vivaient avec seulement dix hectares de terre. Il y en avait qui n’avaient que quatre ou cinq hectares avec une chèvre ou une vache. Pour le complément, ils allaient à la carrière. Ils y travaillaient pendant deux ou trois mois, selon la saison. L’hiver, ils allaient au bois, car la pierre gèle (et ne peut donc être exploitée pendant cette période).

D’autres ne faisaient que cela. Ils travaillaient à la carrière toute l’année.

Certains partaient comme maçon une partie de l’année 

(source :

http://www.cen-centrevaldeloire.org/images/fichiers/files/Temoignages_CarriereCheret/aj-BernardLaurent-et-PaulMeunier-Ladoubleactivite.mp3).

 

Témoignage de Bernard Laurent

A la fin fin, ils avaient fait venir un concasseur. 

(source :

http://www.cen-centrevaldeloire.org/images/fichiers/files/Temoignages_CarriereCheret/at-BernardLaurent-Lafindelacarriere.mp3).

 

Ambrault et ses Monuments aux Morts

Le premier Monument aux Morts se trouve en centre bourg, tout à côté de l’église. En forme d’obélisque il porte sous une croix de guerre en relief, l’inscription : “AMBRAULT A SES ENFANTS MORTS POUR LA FRANCE 1914 1918”.Réalisé en calcaire d’Ambrault, ce monument est dû “aux ciseaux de MM. Henri Perrot et Auclair d’Ambrault ”. Son inauguration eut lieu le dimanche 1er octobre 1922. Le journal d’Issoudun du jeudi 5 octobre 1922 évoquant le monument précise :la commune d’Ambrault a eu l’excellente idée d’associer l’art berrichon au courage de ses enfants. Ce sont, en effet, des gars du pays qui ont taillé dans leur pierre d’Ambrault le modeste monument à la mémoire de leurs compatriotes tombés à l’ennemi. Cette louable initiative les honore grandement. La commune a été heureusement inspirée en commandant son monument chez elle, à ses concitoyens, au lieu de le faire venir d’un bazar quelconque qui lui-même l’a peut-être reçu indirectement d’Allemagne...”.

Le deuxième monument se trouve à Boisramier. L’ancien calvaire constitué d’un socle en calcaire local dominé par une colonne tronquée, elle aussi en calcaire local, dominé par une croix latine en fer, fut doté d’une plaque de teinte noire portant en lettres d’or l’inscription : “AUX ENFANTS DE BOIS-RAMIER MORTS POUR LA FRANCE DURANT LA GUERRE 1914-1918” suivie desnoms et prénoms des 23 enfants de Boisramier, Morts pour la France pendant la première guerre mondiale. A la base de la plaque est inscrit : “28 SEPTEMBRE 1924”.

A ces deux monuments, il faut ajouter un troisième qui se trouve à l’intérieur du cimetière actuel. Contre la base d’une petite croix latine portant à la jonction des bras la date 1851 est fixée une plaque rectangulaire sur laquelle se trouve l’inscription suivante : “AUX ENFANTS D’AMBRAULT – PRUNIERS BOMMIERS – MEUNET ET VOUILLON MORTS POUR LA FRANCE”.

Nota : un quatrième monument commémoratif, en mémoire des enfants de la paroisse d’Ambrault, Morts pour la France, pendant la Grande Guerre existe. Il se trouve à l’intérieur de l’église Saint-Martin.

 

 

Les mentions de carrières avant le milieu du XIXesiècle

 

Le projet de chemin d’Issoudun à La Châtre 

En 1743, le Contrôleur général des finances Philibert Orry fonde l'administration des Ponts et Chaussées et confie à Daniel-Charles Trudaine, qui devient conseiller d'Etat spécialisé, la responsabilité du "détail du service des Ponts et Chaussées ".

En 1747, Daniel-Charles Trudaine crée le « Bureau des dessinateurs du Roi » qu'il confie à Jean-Rodolphe Perronet. L’objectif est d’aider à l'établissement des Atlas des routes de France, qui seront communément appelés : Atlas de Trudaine. Ces Atlas des routes de France sont destinés à éclairer le souverain sur les nouvelles routes projetées et les routes existantes à améliorer. 

L’un de ces projets passe par « Ambrault », c’est le«n° 22. Chemin d’Issoudun à La Châtre passant par Planche, Ambrault, St-Aoust et St-Chartier. 7 cartes », l’actuelle D918 (la partie intéressant Ambrault est conservée sous la cote F/14/°8468, supports n ° 10, notice ZZ002256 et n° 11, notice ZZ002257 de la base Archim). 

Le support n° 10 va de  “Planche” jusqu’au centre bourg d’ «Ambrault » et le support n° 11 du sud du centre bourg d’Ambrault jusqu'au centre bourg de «Sainthou St Août » (c’est-à-dire Saint-Août).

Sur le support n° 10 sont figurés de part et d’autre du futur tracé (c’est-à-dire sur un faisceau d’une largeur totale dépassant légèrement un kilomètre et demi) différents éléments du paysage : la vallée humide de la «Rivière de Théols », des espaces boisés, des parcellaires, de l’habitat et des routes. 

Entre le nord du centre bourg d’Ambrault et Boiramier des carrières y sont représentées, accompagnées de l’indication «Carrière à pierre de Taille ».

De plus l’ «Observation » rédigée qui accompagne le support n° 10 indique : «la traverse du village d’Ambrault est pavée de gros cailloux que l’on trouve assez communément aux environs et qui sont très propres à faire de bonnes chaussées. Les Carrières auprès de ce village fournissent la plus belle et la meilleure pierre de la Province ». 

 

1804

Dans son “Mémoire statistique du département de l’Indre” paru en 1804 le Préfet de l’Indre François Jean-Baptiste Dalphonse mentionne Ambrault dans la liste des communes du département de l’Indre qui fournissent de la pierre : «en général, toutes les carrières de ce département sont de pierres calcaires. Les carrières qui fournissent la plus belle pierre sont celle des communes d’Ambrant (lire Ambrault), de Condé, de Clion, d’Ecueillé, de Lourouer, de Tendu, de Valançay, du Blanc, de Martizay, de Mérigny, de Saint-Civran et de Tournon ». La plupart des pierres de ces carrières sont belles à l’œil, facile à suivre, à tailler, à polir, mais faciles aussi à se décomposer » (DALPHONSE (François Jean-Baptiste) - Mémoire statistique du département de l’Indre. 1804. Réed. Horvath 1982,page 346).

 

6 mars 1831

“N° 29 Délibération au bornage des communaux.

L’an 1831, le 6 du mois de Mars, le Conseil Municipal de la commune d’Ambrault réuny extraordinairement en vertu de l’autorisation de Monsieur le Sous Préfet d’Issoudun en date du 1er Mars présent  Mois... 

...Le Maire a exposé au Conseil Municipal, que par la délibération en date du six avril 1829, il avait demandé a faire limiter et borner les terre(s) Communal(es) entre la Commune de Saint-Août et la commune d’Ambrault et tous les riverains qui les jouxte(nt).

Le Maire a déclaré au conseil Municipal qu’il avait fait le choix de 24 Borne(s)pour le Bornage de la limitation des communaux au Sieur Silvain Dagot Carrier, qui ont couté soixante centimes la pierre rendu sur place, (ce)qui fait la somme de quatorze, quarante centimes... 14F40, plus trois journée(s) faite(s) par Louis Memin, transport et plantation des borne(s)à un franc par jour, qui fait la somme de 3 francs.

Somme total 17F40.

Considérant que le Conseil Municipal demande à M. le Sous-Préfet que la dite somme soit payée audit Sieur Dagot et Memin, elle sera allouée au receveur Municipal de la Commune dans sont compte de 1831“ (Registre des délibérations municipales d’Ambrault. Registre du 21 mai 1826 - 19 janvier 1838, pages 102 et 103).

 

 

Les carrières de pierre, indiquées sur le cadastre de 1839

 

- La Pièce des Carrières

Au nord-ouest du centre bourg d’Ambrault et à l’ouest de «le Bois Ramier”, une carrière ayant une forme en Y est figurée au  lieu-dit“la Pièce des Carrières” sur la “Section B2dite des Carrières”) du cadastre de 1839.Cette ancienne carrière située au sud-ouest de la zone d’extraction actuelle, est de nos jours largement remblayée et reconquise par des arbres et des buissons.

Les lieux portent la dénomination “les Carrières d’Ambrault” sur la “Carte généralle de deux forests de Chasteauroux et de Bomier et autres bois appartenants à S.A.S. Monseigneur le Prince en Berry. Tirée sur les lieux par Henry Sengre, l’an 1682 » (Archives Nationales : N/II/Indre/2).

Sur le cadastre de 1839 l’accès à cette carrière et donc l’évacuation des pierres extraites s’effectuaient par l’est, grâce à un chemin relié directement au “Chemin de Vouillon à Ambrault ”. Du côté ouest le “Chemin des Carrières”, venant de “le Bois Ramier”, bien que se dirigeant vers cette carrière se terminait cependant en 1839 quelques mètres avant d’atteindre celle-ci.

Au nord sur la même feuille en 1839 se trouve le lieu-dit “Le Gros Caillou”.

 

- Les Vieilles Carrières

Au sud-ouest de “le Bois Ramier” et près du “Gué de Grisblond”, la forêt abrite le lieu-dit «les Vieilles Carrières » (Ambrault Section A2, dite de Bois-Ramier «levé par Driembinski Géomètre - à l’échelle 1 à 4.000 -  1839 »). 

Ces anciennes carrières sont complètement recouvertes par une forêt qui a fait l’objet d’une réformation en 1748 (“Jugement rendu par les Commissaires députéz par Sa Majesté pour la Réformation des Bois & Forêts dépendans du domaine de Châteauroux. Du 7 novembre 1748 » . Elles correspondent à ce qui est appelé localement “la ligne des trous” (http://www.cen-centrevaldeloire.org/images/fichiers/files/Temoignages_CarriereCheret/ac-BernardLaurent_Les14carrieres.mp3).

En décembre 2016 l’emplacement de ces anciennes carrières était visible depuis les airs au milieu de la forêt grâce à la teinte verte du lierre qui entourait le tronc des arbres à cet endroit, alors que tout autour les arbres avaient perdu leurs feuilles.

Au sol l’emplacement de ces anciennes carrières se présente sous la forme de plusieurs dépressions à bords adoucis, entourées de cordons de terre et de pierre calcaire, interrompu uniquement par un accès qui n’est jamais tourné en direction du ruisseau du Liennet, qui passe plus l’ouest selon un axe sud-nord.   

 

- Source de la Théols

Les parcelles situées au sud-ouest de la Source de la Théols (actuellement dans le bois portant la dénomination “les Sapins” sur la carte IGN au 1/25.000 – parcelles n° 26 et 27 sur la feuille d’Ambrault Section C dite de Pellegrue levée “par Clérault Géomètre” en 1839), situées le long de la  D67 qui relie le centre bourg d’Ambrault au centre bourg de Bommiers, semblent correspondre à une autre zone d’extraction ancienne recouverte par des arbres.

 

L’avis des géologues, des tailleurs de pierre et des sculpteurs

 

- Le sol qui affleure dans la partie nord de la commune d’Ambrault est constitué de calcaires d’âge Jurassique Oxfordien supérieur et Kimméridgien inférieur (J6-7a). Ces calcaires sont par endroits recouverts de sables roux, d’argile de décalcification et de limons éoliens (CFA), résultant du mélange d’une formation d’âge quaternaire (la Formation d’Ardentes (FA) qui est une formation constituée d’épandages du type dépôt alluvial constitué de sables, graviers et galets) avec des argiles issues de la décalcification du substratum d’âge Jurassique. 

L’Oxfordien (de - 163,5 à - 157,3 Ma, c'est-à-dire millions d’années) est l’étage le plus bas du Jurassique supérieur (de - 163,5 à - 145,0 Ma), qui lui-même appartient à l’ère secondaire (de - 252 à - 66 Ma). L’Oxfordien a été caractérisé pour la première fois en 1829 dans la région d’Oxford en Angleterre par le naturaliste, géologue et minéralogiste Alexandre Brongniart (1770-1847). Au-dessus de l’Oxfordien, également dans l’étage Jurassique supérieur se trouve le Kimméridgien (de - 152,3 à - 157,3 Ma) qui tire lui son nom du village de Kimmeridge, qui se situe sur la côte du Dorset, un comté dans le sud-ouest de l’Angleterre (son littoral qui est surnommé la « Côte Jurassique » est inscrit au Patrimoine Mondial de l’Unesco). Le terme de Kimméridgien a été introduit en 1842 par le naturaliste et paléontologue français Alcide Charles Victor Marie Dessalines d’Orbigny (1802-1857).

Jean-Michel Fabre fut le premier à décrire en 1838 les formations de calcaire du Berry à travers son ouvrage « Description physique du département du Cher et considération géologique sur le mode de formation des terrains métazoïques » (In Mémoire pour servir à la statistique du département du Cher. Bourges 1838, 192 pages).

En 1875, Henri Douvillé et Emile Jourdy dans « Note sur la partie moyenne du terrain jurassique dans le Berry » (In Bulletin de la Société Géologique de France, Troisième série, tome 3, 1875, pages 93-133) se basant sur leurs propres observations réalisées dans la carrière de Villemongin (commune de Mâron) font le lien avec les niveaux de l’Oxfordien et du Kimméridgien, en se conformant comme ils le disent eux-mêmes aux « divisions établies par(William) Smith » (1769 – 1839) dans sa publication « A geological Table of Organized Fossils » (1816).

 

- Au niveau de Boisramier, le calcaire Oxfordien supérieur (J6), qui repose sur J5-6 : des “Marnes à Spongiaires” Oxfordien moyen (partie terminale) et Oxfordien supérieur (partie basale), cède la place en affleurement à un niveau plus ancien, un calcaire oolithique d’âge Bathonien (J2) (de - 168,3 à - 166,1 Ma, appartenant au Jurassique moyen) qui fut caractérisé pour la première fois en 1843 dans la région de Bath, dans le comté du Somerset, au sud-ouest de l’Angleterre, par le géologue belge Jean-Baptiste-Julien d’Omalius d’Halloy (1783 - 1875).

Ce sont ces calcaires parfois oolithiques, mais le plus souvent graveleux et biodétritiques, qui ont été activement exploités par les carriers à Boisramier (sur le territoire de la commune d’Ambrault).

En 1930, C. Duplan qui est professeur à l‘Ecole Normale d’Instituteurs de Châteauroux publie “Les Aspects Naturels et les sols de l’Indre”, aux Editions Paul Mellottée à Paris. Dans cet ouvrage, il consacre plusieurs pages au “Jurassique de l’Indre” (les pages 115 à 131) et évoque les différents types de fossiles de faune et de flore qui peuvent y être rencontrés.

Concernant le Bathonien C. Duplan précise pages 134-135 : “Le calcaire oolithique s’est formé par précipitation du carbonate de calcium autour de noyaux microscopiques siliceux dans une mer chaude aux eaux agitées, comme il s’en forme encore de nos jours dans le voisinage des récifs.

Les affleurements les plus proches de Châteauroux se trouvent dans le voisinage du Poinçonnet, où le calcaire est exploité dans quelques carrières.

Mais les centres d’extraction sont Ambrault pour la pierre de taille et Saint-Gaultier pour les fours à chaux. La pierre d’Ambrault est en profondeur homogène et très peu fossilifère, celle de Saint-Gaultier a des parties coralligènes très dures ; on remarque  aussi de gros amas de calcaire cristallisé très dense, leur calcite est transparente”. 

La notice de la carte géologique d’Ardentes XXII-26 rédigée par Jacqueline Lorenz avec la collaboration de Claude Lorenz en 1975 précise en page 5 : “la base est constituée de calcaires graveleux souvent riches en Bryozoaires. En montant dans la série ces calcaires se chargent en oolithes et on rencontre parfois des niveaux formés uniquement d’oolithes. Vers le sommet apparaissent de nombreux chenaux visibles dans les carrières d’Ambrault et de Boisramier. Au-dessus reposent sur quelques mètres des niveaux riches en Polypiers (Villemongin) ou en grosses entroques (Boisramier, Pruniers)”.

* Les entroques sont des animaux marins pourvus d’un squelette calcaire et dont l’habitat de prédilection est le récif de corail.

 

- Plus au sud à partir du centre-bourg d’Ambrault, sur toute la surface de la commune affleure le Bajocien décalcifié (RJ1) : des débris de chailles (concrétions de calcédoine ou de calcite) au milieu d’une terre argileuse, beige à ocracée. Au lieu-dit « Le Terrier », qui correspond au point le plus haut de la commune, ce sont même des chailles de grande taille qui se rencontrent dans les parcelles cultivées. En surface, les argiles sont de type kaolinique blanchâtre à ocracée. Le Bajocien qui est un étage du Jurassique moyen (de - 170,3 à - 168,3 Ma) et qui fut suivi par le Bathonien (de - 168,3 à - 166,1 Ma), fut défini en 1850 par le naturaliste et paléontologue français Alcide Charles Victor Marie Dessalines d’Orbigny (1802-1857), qui s’inspira des Bajocasses ou Baiocasse, dénomination du peuple celtique armoricain ayant donné son nom à la ville de Bayeux dans le Calvados.

 

En résumé sur la commune d’Ambrault la succession chronostratigraphique est donc, du plus ancien au plus récent, la suivante : le Bajocien décalcifié (RJ1), le calcaire Bathonien (J2), la Marne à Spongiaires Oxfordien moyen (J5-6) et le calcaire Oxfordien supérieur (J6).

Les dépôts marins qui nous intéressent ici se sont formés à quelques dizaines de mètres de profondeur sur une plateforme ouverte sur le milieu océanique.

Mais, à cause de la dérive des continents, ces niveaux de sédimentation marine que l’on observe dans le sous-sol de l’Indre se sont formés non pas sous notre actuelle latitude (45° de latitude nord), mais en position subtropicale à 30 ° de latitude Nord, ce qui correspond de nos jours à celle de la Floride ou du Sud marocain.

 

Les roches visibles dans le sous-sol d’Ambrault correspondent à une sédimentation d’origine marine, alors qu’au même moment des dépôts sédimentaires continentaux s’accumulaient. (les plus proches se situent actuellement dans le sud-ouest de la France). C’est dans ces dépôts continentaux que des ossements de reptiles de grande taille furent découverts au début du XIXe siècle. En 1842, Richard Owen (1804 - 1892) un naturaliste et paléontologue britannique s’appuyant sur ces découvertes inventa le terme dinosaure (du grec ancien deinos : qui signifie terriblement grand et sauros :lézard) pour caractériser ces reptiles de grande taille, leur permettant ainsi de faire une entrée remarquée dans le monde des espèces disparues.

 

Les cartes géologiques concernant la commune d’Ambrault :

- Carte géologique de la France à 1/50.000. Ardentes XXII-26. Bureau de Recherches Géologiques et Minières, 1975.

Les explorations et les tracés géologiques ont été effectués de 1969 à 1973 pour les terrains secondaires par Mme J. Lorenz, maître assistant à l’Université de Paris VI.

- Carte géologique de la France à 1/50.000. Issoudun XXII-25. Bureau de Recherches Géologiques et Minières, 1975.

Les explorations et les tracés géologiques ont été effectués de 1971 à 1973 sous la coordination de S. Debrand-Passard, ingénieur géologue au B.R.G.M.

 

Témoignage de Bernard Laurent, de Boisramier, fils et petit fils de carrier, né en 1930 et ayant toujours vécu dans le pays

C’est une pierre qui se taille assez bien. Elle est assez tendre. C’est une pierre blanche. Elle n’est pas tellement gélive, c’est-à-dire qu’elle ne craint pas vraiment la gelée. C’est à peu près la même dureté que la pierre de Chauvigny (Vienne). D’après les sculpteurs qui sont venus à Boisramier, la pierre de Boisramier à juste le grain un peu plus gros que la pierre de Chauvigny

(source :

http://www.cen-centrevaldeloire.org/images/fichiers/files/Temoignages_CarriereCheret/ad-BernardLaurent-LapierredAmbrault.mp3).

 

 

La pierre berrichonne et la pierre de Malte.

 

La pierre calcaire, blanche, d’âge jurassique, dite d’Ambrault, qui habille si bien nombre de nos monuments, est donc en quelque sorte notre pierre de Malte. Elle resplendit aux variations du soleil, tout comme le fait la globigérine utilisée pour les façades des édifices maltais.

 

 

Bibliographie indicatrice

 

- Plusieurs témoignages sur :

http://www.cen-centrevaldeloire.org/images/fichiers/files/Temoignages_CarriereCheret/at-BernardLaurent-Lafindelacarriere.mp3

 

- La plaquette “Commune d’Ambrault. Boisramier. Parc d’Agrément du Gros Cailloux”, versions 2015 et 2017.

 

- La plaquette intitulée “La carrière Chéret. Quand la biodiversité s’invite dans la carrière”. Conservatoire du Patrimoine Naturel de la Région Centre. 

 

- DUBANT (D). - Le Berry 100 églises, légendes et sites. Passé Simple, éditions Alan Sutton 2000, 96 pages.

 

- PECHERAT (R.)., REMERAND (P.)., DUBANT (D.). dir. - L’abbaye Notre-Dame de Déols, Académie du Centre et Lancosme éditions 2009, pages 121, 124, 125 233.

 
Dernière modification : 22/10/2018
 
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