Séance solennelle 26 04 08

26 AVRIL 2008

SEANCE SOLENNELLE DE PRINTEMPS

SOUS LE SIGNE DU VOYAGE ET DES ARTS



L’Académie du Berry avait choisi Issoudun (ville inspiratrice du roman La Rabouilleuse) pour organiser sa séance solennelle de printemps et recevoir, en tant que membre titulaire, une éminente spécialiste du patrimoine artistique : Mme Sophie Cazé, conservateur en chef du musée de l’Hospice Saint-Roch.

Membres et invités de l’Académie ont eu le privilège d’inaugurer cette journée par la visite guidée des quelque 3000 m2 de ce remarquable musée issoldunois : un antre de la culture liant patrimoine et modernité, riche d’œuvres dignes de musées nationaux et contextualisées (des fantastiques arbres de Jessé aux fascinantes collections marquées, entre autres, par l’art extra-européen, les productions surréalistes, contemporaines...). Ce voyage matinal à travers les époques et les styles, la tradition picturale, les symboles et l’onirisme, a ainsi conduit -selon un itinéraire adroitement pensé et mis en scène- de la chapelle et l’apothicairerie à la fidèle reconstitution du salon parisien « Art nouveau » de celle qui fut amie de Georges Bataille, Paul Eluard, Max Ernst : Léonor Fini…

A l’issue d’un repas convivial à « La Cognette » (restaurant réputé au cadre proche des décors balzaciens), débuta -dans l’esthétique et fonctionnel amphithéâtre du Centre des Congrès- la séance solennelle de l’Académie : une séance placée sous la présidence de M. Alain Bilot (dont il fut rappelé la toute récente et honorifique promotion au grade d’Officier des Arts et Lettres).

Après la présentation de trois nouveaux membres (le maître-cuisinier Alain Nonnet, Maître Jean d’Audignon et M. Gérard Pillet), M. Daniel Juillard -membre correspondant de l’Académie, licencié ès Lettres, diplômé d’Etudes Supérieures du Droit des Affaires- a traité avec pertinence, de la problématique situation de la presse écrite dans une société dominée par les nouveaux outils de communication. Membre du Comité directeur du Syndicat de la Presse hebdomadaire régionale et directeur-gérant de L’Echo du Berry, M. Juillard analysa les raisons du malaise de la presse française, plus fragile que ses consœurs européennes par son histoire : un malaise expliqué par la perte -dans les années 70/80- du quasi-monopole de la publicité, le coût d’achat élevé, l’avènement de la presse gratuite et celui des groupes d’investisseurs n’ayant pas une vision globale du secteur puis, le conséquent développement d’Internet à l’origine d’une modification des pratiques de consommation… Dans un discours rassurant, il fit ensuite, partager quelques pistes d’espoir : autant de pistes reposant sur le fait qu’aucun nouveau média n’en avait fait disparaître d’anciens, la valeur de validation du contenu de la presse face à la relative fiabilité des informations sur Internet, la spécialisation de la presse (paramètre potentiel pour contrecarrer l’ingérence du phénomène de mondialisation dans le champ concerné...), la proposition de systèmes globaux d’information (mixant son et image).

Présentée par M. Thierry Bodin (Président de la Société des Amis d’Honoré de Balzac et de la Maison de Balzac, Expert près la Cour d’Appel de Paris, Issoldunois de cœur), Mme Sophie Cazé s’avère l’âme même de l’habile aménagement de la structure de qualité qu’est le musée de l’Hospice Saint-Roch. De formation académique classique et licenciée en Histoire, Mme Cazé est nommée en 1979, à la tête du  musée d’Issoudun, au sein duquel elle ne cessera de s’occuper avec vaillance, de la valorisation du patrimoine et de la diffusion de l’art contemporain : deux orientations savamment cultivées lors des restaurations, acquisitions et nombreuses expositions. Actrice de l’agrandissement du musée (la première opération de ce type, en région) et d’une restructuration du site (voulue fondée sur les axes chronologique, thématique et scénographique), ce conservateur en chef avisé -qui a opté pour la médiation vers le public- assure depuis 1987, la direction des établissements culturels de la ville d’Issoudun.

Sophie Cazé orienta judicieusement son discours de réception sur le parcours atypique d’Auguste Borget, ami de Balzac et peintre voyageur : une communication articulée autour de deux thématiques affinant la personnalité de Borget perçu, ici, comme peintre de marines puis, comme observateur des populations rencontrées au hasard  des voyages…

En confrontant textes et dessins d’Auguste Borget, Mme Cazé précisa la pensée politique, intellectuelle de cet Issoldunois né à la charnière des XVIIIème et XIXème siècles : un Romantique (aux allures de dandy) issu des Lumières, qui va tester au cours de ses voyages abordés avec l’œil d’un peintre de marines, ce qu’il a retenu de son éducation classique. Le conservateur en chef démontra la maturation des œuvres de ce peintre d’abord descriptif, au regard scientifique, qui revint sur le motif pour dessiner les éléments les plus beaux ou les plus modestes, traduisit les reflets, prit des notes sur les couleurs, évolua d’un dessin de reportage à une production très fouillée tout en portant un grand intérêt à l’ingéniosité des populations chinoises, indiennes ou d’Amérique du Sud : des populations qu’il découvrira à travers le prisme d’une position philanthropique d’Européen et dont il croquera l’activité ou décrira les pratiques religieuses. Sophie Cazé relata donc, brillamment, la destinée tronquée de l’un des ces premiers peintres voyageurs retiré à Bourges, isolé du milieu parisien et en marge du monde de la modernité, de la technicité : une destinée à laquelle mirent fin primitivement, les événements de 1848 et la mort de Balzac dont Borget était l’ami.

Une journée radieuse, des communications variées et passionnantes, auront ainsi contribué au succès de cette première séance solennelle de 2008, dans la cité de la Tour Blanche…

 
Dernière modification : 04/11/2008
 
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