RENCONTRE DES ACADEMIES DE LA REGION CENTRE

Colloque des Académies de la région Centre

(Société dunoise d’Archéologie, Histoire, Sciences et Arts,

Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois,

Académies de Touraine, du Centre, d’Orléans, du Berry)

Le samedi 26 septembre 2009, les académiciens des Académies de la région Centre se sont réunis ainsi que leurs Amis, dans l’amphithéâtre du Conseil régional d’Orléans, pour un colloque intitulé « Le Patrimoine en région Centre ».

 

            M. Gérard Hocmard, Président de l’Académie d’Orléans a ouvert la séance. Les académiciens ont ensuite pris la parole, sur un thème précis :

 

- Bernard Robreau (Société Dunoise d’Archéologie, Histoire, sciences et Arts), Les Plans terriers du XVIIe et XVIIIe siècles : un patrimoine à préserver.

La minutie de son travail a été appréciée de tous.

 

- Philippe Rouillac (Président de la Société archéologique, scientifique, littéraire du Vendômois), L’Art de vivre ligérien au XXIe siècle, héritage d’un art de cour de la Renaissance.

Ce commissaire priseur de renommée internationale, connu pour son art oratoire, a passionné son auditoire en centrant son exposé sur la beauté des jardins d’agrément.

 

- Jean-Mary Couderc (Président de l’Académie de Touraine), La Touraine et ses gloires dans les noms des bâtiments de guerre et de commerce.

Le Président de l’Académie de Touraine a étonné son auditoire par l’originalité du thème abordé si bien documenté avec, à l’appui, des photos de bateaux aux noms tourangeaux.

 

- Francesca Lacour (Académie du Centre), Le Patrimoine religieux du XIXe siècle à Châteauroux.

Avec de nombreuses photos à l’appui, cette académicienne a fait un gros travail pour répertorier les œuvres d’art méconnues dans les églises de Châteauroux.

 

- Danièle Michaux (Académie d’Orléans), Notre-Dame de la Cour-Dieu et le thème de la vierge allaitante dans l’Antiquité et au Moyen-Âge.

La vierge allaitante est rare d’où l’intérêt de répertorier les œuvres existantes et d’essayer d’expliquer le sens de ses pièces d’art.

 

Après un déjeuner-buffet de qualité qui a permis de nombreux échanges entre les participants et le public, l’après-midi a été consacrée à :

 

- Gérard Coulon (Académie de Touraine), Les Lieux de tournage en région Centre : de nouveaux lieux de mémoire ?

Ce cinéphile historien a su associer humour et érudition, pour nous présenter, affiches à l’appui, les films les plus significatifs tournés en région Centre dont « Les trois mousquetaires », « La Belle et la Bête », « Jour de Fête », « Van Gogh » etc.

 

- Lucien Lacour (Académie du Centre), La Bibliothèque du château de Touvent (Indre)

Connaître et reconnaître les livres d’une bibliothèque pour garder la mémoire de l’histoire, tel était le but de ce conférencier.

 

- Régis Miannay (Académie du Berry), Le Patrimoine littéraire du Berry (Texte lu par Catherine Réault-Crosnier suite au décès de Régis Miannay) -conférence à lire à la fin de cette présentation-

George Sand et Alain-Fournier sont les deux personnalités les plus connues mais il faut découvrir et réhabiliter des auteurs de qualité dont on parle moins : Bourdaloue, Maurice Rollinat, Marguerite Audoux, Nancy Huston, etc. Régis Miannay a su le faire avec tact et érudition.

 

- Pierre Gillardot (Académie d’Orléans), La Vapeur contre la voile ou la fin de la navigation sur la Loire moyenne.

Suivre l’évolution des moyens de locomotion fluviale avec force détails, anecdotes et images, voilà le voyage dans lequel nous a entraîné ce conférencier.

 

- Claude-Henry Joubert (Académie d’Orléans), Un Grand Poète oublié : le capitaine Marc Papillon de Lasphrise.

Ce capitaine à la poésie licencieuse, qui aimait taquiner la muse comme la femme, a beaucoup écrit. Nous avons eu la surprise de découvrir deux de ses poèmes chantés sur fond musical (flûte, deux violons, alto). Ce fut l’apothéose finale de cette journée si riche en érudition, découverte, réflexions, partage et amitié littéraire que chacun espère renouveler l’année prochaine.

 

 

L’Académie du Berry était représentée par M. Alain Bilot, Président, M. Maurice Bazot, Chancelier, Mlle Isabelle Papieau, Clavaire, Mme Catherine Réault-Crosnier, membre du Haut-Conseil, et M. J-Y Montagu, membre titulaire.

 

 

Régis Miannay, membre de l’Académie du Berry, décédé le 14 août 2009, a pu écrire en juin 2009, sa conférence pour ce colloque. Catherine Réault-Crosnier du Haut Conseil, l’a lue. Ce fut une manière de lui rendre hommage une fois de plus.

 

LE PATRIMOINE LITTÉRAIRE DU BERRY

 

Par Régis Miannay,

Professeur émérite à l’université de Nantes

Membre de l’Académie du Berry

 

 

            Les noms de George Sand et d’Alain-Fournier suffiraient à établir durablement l’intérêt du patrimoine littéraire du Berry. Ces deux géants ont réussi à plaire à un large public en intégrant à leurs œuvres les paysages et les hommes de leur province avec leurs particularités. Au Grand siècle, en revanche, un Berrichon – Louis Bourdaloue – fut considéré comme l’un des meilleurs orateurs de son époque et toucha un public aristocratique par la rigueur de sa pensée et la perfection classique de son art : ses méditations sur les textes sacrés et les œuvres des Pères de l’Église ne se prêtaient pas à l’expression de sentiments personnels ou de souvenirs de son enfance berrichonne ! Pourtant la réputation de ces écrivains ne doit pas faire oublier nombre d’auteurs de grande qualité qui ont laissé des œuvres originales, caractéristiques de leur époque, souvent liées à la situation historique d’un territoire en proie aux guerres entre seigneurs féodaux ou entre rois de France et d’Angleterre…

 

            Des traditions, des croyances ont alors intégré le monde rural et laissé des empreintes pendant plusieurs siècles. Le Berrichon aime l’art théâtral : on représente des « Mystères » à Bourges au XVe siècle. L’intérêt des Rois de France pour Bourges va favoriser l’éclosion de talents et d’idées originales ; les relations avec l’Italie pour le commerce ou les expéditions militaires vont inciter des membres de l’aristocratie et du clergé à rechercher la sagesse et la beauté ; ainsi l’échange des idées sera favorisé et fera naître le goût des œuvres antiques en matière d’art, de littérature et de philosophie. On se lance dans l’étude des textes anciens, on les lit dans le texte, on les traduit en français. Fondée par Louis XI en 1463, l’Université de Bourges contribua à donner de l’élan aux nouvelles idées et accueillit d’illustres maîtres lesquels attirèrent des étudiants venus d’autres pays européens. Le Berry prenait les devants avec hardiesse et ouvrait ainsi la voie au mouvement de la Renaissance.

 

            Des femmes s’adonnent à la poésie avec passion : Catherine d’Amboise (1481 – 1550), Dame de Lignières, ne s’est pas limitée à l’expression de sa tristesse après plusieurs deuils familiaux, elle a exposé en vers longtemps inédits, un idéal aristocratique et chrétien nourri des philosophies de Sénèque et de Boèce. Plus jeune, Jeanne de la Font, – épouse d’un notaire, valet de chambre de Marguerite de Valois, duchesse du Berry – exaltait le rôle des femmes en traduisant la Théséide, roman de Boccace, inspiré par la légende des Amazones. Elle animait un cercle littéraire à Bourges et dans son château de Quantilly. À ce groupe, il faudrait peut-être joindre une mystérieuse Clémence de Bourges à qui Louise Labbé a adressé des vers appelant les femmes à s’émanciper en cultivant les Lettres.

 

            Les poètes sont alors protégés par le Roi et les Grands : un des plus connus, François Habert (1520 – 1574) eut comme protecteurs le duc de Nevers, François Ier et Henri II qu’il nomma « poète du roi ». Disciple de Clément Marot, il écrivit des épigrammes, des fables, des « cantiques » et des déplorations. Quelques-unes de ses fables furent reprises par La Fontaine, « Le Coq et le Renard », « Le Lion, le Loup et l’Âne »… Traducteur d’ouvrages en latin, auteur d’une comédie et d’une tragédie, il représente parfaitement l’écrivain de la Renaissance qui puise chez les Anciens mais compose ses œuvres en français. Il appartenait à une famille de poètes : son frère Pierre, son neveu Isaac composaient des œuvres distinguées par un public de lettrés.

 

            Des noms remarquables et nombreux doivent être rappelés ; contemporains de François Habert, le Castelroussin Gabriel Bonnin consacre une partie de son œuvre à prêcher la modération pendant les « guerres de religion ». Proche de la Pléiade, le Berruyer Pierre Motin (1556 ? – après 1612) fut reconnu comme poète important ; il figure dans une anthologie récente (collection La Pléiade, Gallimard). D’autres sont presque oubliés aujourd’hui : Julien Pié, Jehan Lauron, Joachim de Coignac, Barthélémy Anneau célébraient presque tous les paysages du Berry dont ils étaient épris.

 

            Au XVIe siècle, les livres deviennent plus accessibles. Un imprimeur berrichon, Geoffroy Tory, publia à Paris en 1529, un traité de calligraphie, de typographie, d’orthographe et de grammaire, conçu dans l’esprit de la Renaissance. Jean de Léry, pasteur réformé, a laissé des témoignages historiques : sur le siège effroyable de la ville de Sancerre tenue par les Huguenots, sur une tentative manquée d’implantation d’une mission évangélique au Brésil, livre dont le sujet a suscité la réflexion de Claude Lévi-Strauss (cf. « Tristes Tropiques ») et plus récemment celle du Berrichon Jean-Christophe Rufin dans son roman Rouge Brésil (prix Goncourt 2001). À partir de ces noms encore connus, on peut se faire une idée d’une période riche, épanouie qui présente une première grande manifestation littéraire dans le Berry.

 

            Pendant les XVIe et XVIIe siècles, le pouvoir royal délaisse le Berry. Le collège des Jésuites, créé à Bourges, forme des clercs ; certains d’entre eux ont des activités littéraires. Si les poèmes didactiques en vers latins d’Augustin Sourcier – né à Bourges vers 1670 – ne témoignent pas d’une grande originalité, Louis Bourdaloue (1632 – 1704) se distingue par une maîtrise remarquable de l’art oratoire. Ses sermons sans concession (contrairement aux reproches adressés aux jésuites par les jansénistes, faisaient l’admiration du Roi et de la Cour : entre 1678 et 1693, il prêcha l’Avent douze fois devant le Roi et les Grands. Son Éloge funèbre du Prince de Condé (1683) marqua fortement les esprits, même beaucoup plus tard Voltaire ! Son œuvre la plus souvent citée aujourd’hui, le Sermon sur les richesses résiste au temps, ainsi ne peut-on oublier « le roi des prédicateurs et le prédicateur des rois ». Fils d’un comédien célèbre originaire d’Issoudun (1600 – 1655), Michel Boyron dit « Baron » (1633 – 1727) fut un excellent latiniste et composa des comédies publiées dans son œuvre en trois volumes.

 

            Le bilan est encore plus maigre au XVIIIe où l’on ne rencontre que Claude Guimond de la Touche (1719 – 1760), poète, auteur de la tragédie Iphigénie en Tauride jouée au Théâtre français (1757) mais son audience fut limitée par les critiques des philosophes Grimm, Diderot et Voltaire ; pendant ce temps, la bourgeoisie berrichonne lisait ces écrivains et suivait la vie littéraire parisienne.

 

            Après la Révolution, on assiste, avec George Sand, à la naissance de la littérature berrichonne dont les auteurs trouvent leur inspiration dans le Berry. Par un extraordinaire renversement, la pauvreté de cette province – qui était une faiblesse – devient une chance car ce pays n’avait pas encore été corrompu par le PROGRÈS. Disciple de Rousseau, adepte du romantisme libéral, inquiète de l’industrialisation naissante, George Sand prit le parti de célébrer le monde rural dans lequel elle avait vécu et qui était dédaigné par le public parisien. Ses paysans représentent l’homme proche de la nature : lent, peu instruit, superstitieux, qualités de poète qui transparaissent dans son langage, ses contes, ses chansons, ses danses. Les paysages du Berry, la vie de ses habitants offrent, tout près de Paris, un dépaysement complet.

 

            Cette femme libre fut un bourreau de travail. Malgré la publication récente de sa correspondance par Georges Lubin (vingt-cinq volumes aux éditions Garnier et un petit volume de supplément aux éditions du Lérot) et par Thierry Bodin (Lettres retrouvées, Gallimard, NRF, 2004), son œuvre n’est pas encore disponible en totalité. L’édition dite « complète » parue chez Calman-Lévy en 1926 comporte cent-seize volumes et on est loin du compte. Sait-on qu’elle publia soixante-quinze romans ? un grand nombre de pièces de théâtre ? Il n’y a que la poésie qu’elle négligea volontairement estimant qu’elle n’avait aucun don pour ce genre littéraire.

 

            Plusieurs récits de son œuvre romanesque se déroulent dans le Berry. Citons les plus connus : Jeanne (1841), La Mare au Diable (1846), Le Péché de M. Antoine (1847), La Petite Fadette (1848), François Champi (1850), Les Maîtres sonneurs (1853), Légendes rustiques (1866), tous romans inspirés par sa province. S’ils contribuèrent beaucoup à sa célébrité, ils lui valurent aussi bien des sarcasmes ! Elle s’intéressa aussi à la musique avec Consuelo (1842 – 43) et la Comtesse de Rudolstadt (1843 – 44). De plus, sa correspondance énorme en fait un témoin irremplaçable de son siècle. Avec elle, une femme se hissa au premier rang de la vie littéraire de son époque, réalisant ainsi le rêve des dames de la Renaissance. De sa demeure à Nohant, elle fit un centre d’accueil et d’échanges avec les plus grands écrivains et artistes de son temps et rassembla dans sa province un groupe d’admirateurs qui partageaient ses goûts et ses inspirations.

 

            Un contemporain, Thabaud de Latouche, journaliste, poète, romancier et dramaturge, écrivit des vers dans le goût de l’époque pour célébrer les paysages du Berry qui lui étaient familiers, particulièrement le vallon et le hameau de Logère, à Mouhers dans l’Indre. La postérité a retenu la publication de son roman Fragoletta, Naples et Paris en 1799 (1829) dont le personnage principal est un androgyne. Les deux frères Deschamps, Émile et Antony, contribuèrent aussi à la naissance de la poésie romantique. Nombreux furent les amis berrichons qui s’illustrèrent dans les Arts ou les Sciences ; le botaniste Jules Néraud dit « le Malgache » bisaïeul de Pierre de Boisdeffre, fit paraître Botanique de ma fille (1847), Zulma Carraud se fit un nom dans la littérature pour la jeunesse et son petit-fils, Raymond Payelle dit « Philippe Hériat » se fit connaître avec La Famille Boussardel.

 

            Ce temps fut aussi celui de la découverte de ce qu’on pensait être la trace de la civilisation gauloise dans les noms de lieux, les « tumuli », les dolmens et menhirs dressés dans la campagne. George Sand se fit ethnologue et fit connaître les traditions et les croyances anciennes de son terroir. À la même époque, Germain Laisnel de la Salle (1801 – 1875) commença à publier des notes sur des croyances et des légendes du centre de la France et le comte Jaubert (1768 – 1894) recueillit les particularités du vocabulaire berrichon dans son Glossaire du Centre de la France. Le vicomte Ribault de Laugardière (1833 – 1914) rassembla plus d’une centaine de chants traditionnels. Le mouvement littéraire qui s’intéresse aux plus humbles a des prétentions à la fois scientifiques et poétiques et va ainsi se développer et trouver un public en dehors du Berry.

 

            Vers 1880, Maurice Rollinat – fils de François Rollinat, ami proche de George Sand – étonna le public du Quartier latin et de Montmartre par sa musique et ses poésies fantastiques. D’après un de ses camarades du Chat noir, son originalité provenait de l’influence des paysages de son enfance berrichonne. Dans ces groupes de jeunes artistes de la fin du siècle, épris de nouveauté, on s’enthousiasme pour ce mystérieux interprète à la voix étrange : « Il est des nôtres précisément parce qu’il n’est pas des nôtres » (Émile Goudeau). Après le succès des Névroses (1883), Rollinat se retire à Fresselines dans une maison paysanne sur les bords de la Creuse.

 

            Le succès parisien de Rollinat incita des poètes, des conteurs et des chansonniers à se produire sur scène ou dans des cabarets ; il faut citer Mac-Nab (1856 – 1869), auteur de chansons et de monologues, Jacques Martel (1877 – 1941), Joseph Barbotin, Gabriel Nigond, Maurice Dauray (1877 – 1945) fondateur du café artistique Le Pierrot Noir à Châteauroux, Jean Baffier (1851 – 1920, Jean Rameau, Hugues Lapaire (1869 – 1967) et Jean-Louis Boncœur (1911 – 1997).

 

            La transition avec le XXe siècle fut assurée par le critique d’art et romancier Albert Aurier, les frères des Gachons – Jacques le romancier et André le dessinateur – le journaliste Joseph Ageorges, les poétesses Gisèle Barbotin et Henriette Charasson.

 

            Une tendance va s’accentuer : le Berry, dans l’esprit du public cultivé est synonyme de simplicité. C’est pourquoi les œuvres sont mieux reçues lorsqu’elles sont composées par des auteurs aux origines populaires et avec une grande simplicité et ce sont plutôt des femmes qui intéressent ce public. Marguerite Audoux entra tardivement dans la vie littéraire, à quarante-sept ans, avec son roman Marie-Claire qui lui valut le prix Femina en 1910. Élevée dans un orphelinat, couturière, elle fut encouragée à écrire ses souvenirs : ce petit roman toucha un public nombreux. Elle fut soutenue par Octave Mirbeau, Alain-Fournier, Valery Larbaud, André Gide et Léon-Paul Fargue.

 

            Une autre personnalité hors du commun fut Raymonde Vincent (1908 – 1995), prix Femina en 1936 pour Campagne, récit d’une enfance campagnarde en Berry. Le monde de l’enfance est aussi étudié par des hommes : ainsi peut-on nommer Henri-Alban Fournier (1886 – 1914). Singulière destinée d’une œuvre et de son auteur, Le Grand Meaulnes a séduit des millions de lecteurs et suffit à assurer la gloire de celui-ci. Malgré un accueil favorable de la critique, le roman manque de peu le prix Goncourt ; « Alain-Fournier » – son nom de plume – s’inspira d’une expérience sentimentale malheureuse et des paysages du Berry. Son enfance en effet fut berrichonne. Né à La Chapelle d’Angillon d’une famille d’instituteurs, il vécut de 1881 à 1898 à Épineuil-le-Fleuriel où son père avait été nommé à l’école publique du village. Alain-Fournier n’était pas un esthète. Très sensible, il n’était pas à l’aise dans les constructions rationnelles ce qui le distinguait de son ami et bientôt beau-frère Jacques Rivière. En date du 22 août 1906, il lui écrivait ceci : « Mon credo en art et en littérature : l’enfance. Arriver à la rendre sans aucune puérilité avec une profondeur qui touche les mystères. Mon livre sera peut-être un perpétuel va-et-vient insensible, du rêve à la réalité. » La critique a retrouvé des sites précis auxquels Alain-Fournier a été fidèle dans ses descriptions.

 

            En raison des mouvements grandissants de la vie moderne, on pourrait citer beaucoup d’écrivains inspirés par le Berry ou pour qui cette province fut un point de départ, une escale, un refuge ou une retraite : Michel Abadie, Gaston Chérau, Léon-Paul Fargue, Jean de Boschère, Jean Giraudoux, Georges Bernanos, Louis-René des Forêts. Parmi les contemporains nés à Châteauroux on retient les noms des frères Pichette, Henri le poète (1924 – 2000) et James le peintre (1920 – 1996). Jean-Christophe Rufin (né à Bourges en 1952) poursuit une brillante carrière de diplomate et d’homme de Lettres (Le parfum d’Adam, 2007).

 

            Le Berry possède un patrimoine vivant qui ne cesse de s’enrichir, constitué au cours d’une histoire pleine de contrastes. On peut penser qu’un nouveau chapitre a commencé à s’écrire depuis la seconde guerre mondiale. La société paysanne ancienne est presque disparue mais des hommes veulent conserver et faire connaître ce patrimoine. Ainsi des écrivains extérieurs au Berry comme la canadienne Nancy Huston (Instruments des ténèbres, 1996, Une adoration, 2003) qui s’inspire des paysages du Boischaut sud, continuent de s’intéresser au Berry. Son regard sur les paysages et l’histoire des paysans relève d’une autre sensibilité qui refuse tout idéalisme. Il reste malgré tout chez elle, une grande et profonde sympathie pour cet univers unique. « Tout se passe comme si à une certaine époque, l’on était parvenu à établir une relation harmonieuse entre les hommes et les paysages qu’ils habitaient. Le bocage, c’est une forme de beauté à l’échelle humaine. » (Extrait du commentaire d’un album photographique Le Chant du Bocage, 2005).

 
Dernière modification : 26/03/2015
 
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