J Y Clément

PRESENTATION DE M. JEAN-YVES CLEMENT


LORS DE SA RECEPTION

SEANCE SOLENNELLE DE DEOLS

17 AVRIL 2010



J’ai le plaisir de vous présenter Jean-Yves Clément : une agréable mission qui m’a été confiée dans un contexte singulier et original, alors que, précisément, je venais de me réimprégner du parcours de Mozart pour les besoins d’une étude sociologique que je réalisais sur un thème lié à l’industrie culturelle.

Quelle ne fut pas, alors, ma surprise de découvrir dès les premières pages de votre remarquable ouvrage (Les deux âmes de Frédéric Chopin) tout récemment paru, la mention : « Chopin, double romantique de Mozart » : Chopin dont, écrivez-vous, la musique issue du mystère retourne au mystère ».

C’est peut-être la magie de ce même et fascinant mystère qui me fit alors, subtilement passer de mon registre d’étude centré sur les tonalités pop-rock baroque à cet univers oscillant entre classicisme et romantisme chopinien, que vous décrivez avec toute la sensibilité du musicien-poète que vous êtes.

Et c’est sans doute un peu de ce même mystère qui me fit tisser spontanément un lien – si lien pût-il y avoir - entre ces deux environnements musicaux : un lien passant par l’émergence, certes différentiellement ciblée, de cette part de rêve régénérant, fédératrice dans une société aseptisée et dont vos productions ou les Festivals que vous organisez, contribuent comme nous allons le voir, à être les vecteurs.



« La poésie, comme l’art, est inséparable de la merveille », a écrit André Pieyre de Mandiargues : cette « merveille » qui a transcendé les temps pour s’afficher comme un genre nourricier et inspirateur.


Poète, écrivain, promoteur des Arts (en particulier, de la musique), passionné et lettré défenseur de la conscience d’un Romantisme perçu dans tout son éclectisme, Jean-Yves Clément fait œuvre de naviguer sans cesse, entre expressivité des mots et des notes, entre « pays poétique » et « pays philosophique » (ainsi nommés par Leibniz) pour mobiliser tantôt ses lecteurs, tantôt public et professionnels autour d’événements culturels de grande qualité.

Berruyer et très attaché au Berry (en particulier, à cette chère et célèbre Vallée Noire, indissociable de l’œuvre sandienne), notre nouveau membre a suivi des études de musicologie qu’il a enrichies d’un cursus d’études supérieures en philosophie, le menant à concevoir un travail (dans le cadre du D.E.A. et d’une thèse de Doctorat) sur Nietzsche et l’art.

D’abord créateur de sa propre maison d’édition « Amor Fati » (à Bourges) puis, éditeur au Cherche-midi (depuis 1990) après y avoir été directeur de la collection « Amor fati », Jean-Yves Clément – qui éprouve une grande sensibilité pour les poètes du panthéon romantique et cultive une certaine prédilection pour les ouvrages de Joseph Joubert (l’ami de Chateaubriand) et surtout de Nietzsche – s’est attaché au niveau de ses fonctions d’éditeur, à établir, entre autres, l’édition des Pensées de Gustave Flaubert, de Salvador Dali, de Philippe Meyer. Il a aussi publié des textes inédits, notamment de Jules Renard, Nietzsche et d’Alain-Fournier (en l’occurrence, Colombe Blanchet, œuvre confirmant cette permanente recherche pour l’auteur du Grand Meaulnes, de l’esthétique d’une pureté sacralisée et inspirée par Claudel).

Jean-Yves Clément est également écrivain. Il est l’auteur de Propos-Exutoires (1990) et d’un recueil d’aphorismes titré De l’aube à midi, reflets de son enthousiasme pour la concision – harmonieuse – du style. Dicté par le goût de la musicalité que modèle l’aphorisme et l’incessant désir de clarté, ce recueil (Prix de la Ville de Châteauroux, en 1999) – dont le titre est, en fait, un clin d’œil au premier mouvement de La Mer, de Claude Debussy (De l’aube à midi sur la mer) – témoigne d’une idéalisation de l’accomplissement dans les trajets symboliques. Certains de ses aphorismes ont, par ailleurs, été mis en musique par Pierre Thilloy et valorisés dans l’une des créations de ce compositeur, programmée à Nancy (en mai 2005). Notre récipiendaire a, d’autre part, écrit Variations Chopin, 48 Préludes (2005) : Frédéric Chopin, dont il croise l’œuvre dès l’adolescence et dont la spécificité du langage musical le séduit d’emblée, ancrant alors en lui, une fascination sans faille.

Jean-Yves Clément fera ensuite paraître – en 2008 – Les plus belles Paroles du Coran (un choix avisé de remarquables extraits de ce Livre sacré) et rédigera en janvier de cette même année, 111 notes d’amour : un recueil imprégné de toute cette grâce poétique chère à Chagall dont l’une des œuvres a d’ailleurs été choisie pour en illustrer la couverture. Méditations et dialogues s’y conjuguent pour donner toute sa force au discours du poète en quête d’amour absolu : un véritable cheminement initiatique vers l’accès à l’inabordable, réactivant l’image de cet attachement d’Alain-Fournier à cette difficile conquête de l’idéale pureté et au mythe de la beauté diaphane, émotionnelle, dont Yvonne de Galais (cette autre « Mélisande ») – incarnée au cinéma, par Brigitte Fossey (qui a, d’ailleurs, préfacé ce      recueil) – est la projection.

Puis, en cette année 2010 (commémorant le Bicentenaire de la naissance de Chopin), Jean-Yves Clément produit deux nouveaux ouvrages conçus parallèlement : Nuits de l’âme, 21 poèmes d’après les 21 Nocturnes de Frédéric Chopin (une commande initiale de la pianiste Brigitte Engerer, prévoyant une lecture de ces pièces de poésie conjointement à l’interprétation des Nocturnes, lors de ses futurs concerts) et un essai biographique, Les deux âmes de Frédéric Chopin. Il s’agit, ici, d’un essai composé de sept tableaux-portraits à travers lesquels le musicien philosophe – réinterrogeant les frontières entre classicisme et    romantisme – se livre à une introspection du « Moi » romantique, nous fait voyager dans l’univers esthétique et intimiste – tout en dualité – de Chopin, dont l’itinéraire artistique sera précisément marqué – comme le révèle cet ouvrage original – par l’émergence d’une « deuxième âme »…


« La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation
des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes », a dit Marcel Proust. Parallèlement à l’écriture, Jean-Yves Clément multiplie avec talent, les centres d’intérêt. et privilégie la poétique d’une littérature nourrie des enjeux esthétiques de la musique.

      Œuvrant à dynamiser une série d’événements musicaux et littéraires consacrant le mariage des notes et des mots, il fait le choix de promouvoir ainsi, en tant que codirecteur artistique, l’œuvre musico-littéraire en Vallée Noire, à travers deux manifestations très attendues (placées sous la présidence d’Alain Duault et les présidences d’honneur de Marie-Christine Barrault, Sonia Rykiel) :

-          « Les Fêtes romantiques de Nohant », créées en 1995, fédérées autour de personnalités du monde musical, artistique, littéraire (personnalités contemporaines et des siècles précédents) : un événement culturel centré sur une programmation de concerts, conférences, spectacles littéraires, musicaux.

-          « Les Rencontres Internationales Frédéric Chopin », qu’il conçut (avec Yves Henry), en 1997 : une découverte du monde de Chopin (qui séjourna sept étés à Nohant, auprès de George Sand et y écrivit la majorité de ses œuvres), un univers appréhendé à travers des concerts-lectures, des Master-classes, des causeries-rencontres animées par des spécialistes internationaux…

Ces deux festivals ont dorénavant fusionné en cette grande année du « Bicentenaire Chopin », pour constituer un événement très prometteur  : le Festival de Nohant.

Dans cette logique événementielle et depuis 1997, Jean-Yves Clément pérennise – avec le soutien du Café des Deux Magots – le Prix « Pelléas » qu’il a instauré pour primer un ouvrage consacré à la musique et dont les meilleures qualités littéraires auront été reconnues. Coresponsable (avec Yves Henry) de la programmation musicale de la Scène Nationale d’Equinoxe à Châteauroux en 1999, Jean-Yves Clément va concevoir, en 2000, « Les Romantiques d’Ars », déclinés en trois éditions. Il s’agit d’un concept reposant sur la fête et l’Art, dont le libellé est le miroir d’un engouement pour l’impact de l’histoire romantique européenne et l’esprit dix-neuviémiste du château d’Ars : un château – alors propriété du Docteur Papet – antre de soirées mémorables pour Frédéric Chopin et George Sand (qui en fit, comme chacun le sait, l’un des sites de son roman, Les Beaux messieurs de Bois-Doré). Le Prix d’Ars est, dans ce contexte, créé et sera remis à de jeunes artistes par un jury constitué, entre autres, de Macha Méril, Sonia Rykiel, Jean Piat…

En 2002, Jean-Yves Clément imaginera « Les Lisztomanias de Châteauroux », pour honorer la mémoire et l’œuvre de Liszt, objets, comme devait le constater notre récipiendaire, de trop peu de manifestations au niveau de la France : une mobilisation matérialisant, par ailleurs, l’un des souhaits de Liszt qui écrivit à George Sand, le 30 mai 1844 : « Si au mois d’août, vous êtes encore à Nohant, nous pourrions organiser notre ancien projet de festival à Châteauroux ». Ces « Rencontres internationales Franz Liszt » généreront l’existence de deux académies de piano et d’improvisation (la seconde constituant une référence unique en Europe) pour valoriser de jeunes instrumentistes.

Enfin et depuis 1996, notre professionnel de l’événement culturel s’implique aussi positivement dans un festival saumurois renommé « Les journées nationales du Livre et du Vin » dont il eut l’initiative et est demeuré directeur littéraire : des journées auxquelles ont eu, entre autres, l’occasion de participer Alain Robbe-Grillet, Michel Onfray… et au cours desquelles sont décernés plusieurs Prix littéraires, dont le célèbre Prix Antoine Blondin…

Directeur artistique – dès 2004 – des deux éditions du festival « Chartres en plein chant » (un festival littéraire, poétique, musical, voulu festif), conseiller littéraire des « Futurs de l’Ecrit » à l’abbaye de Noirlac en 2007, Jean-Yves Clément – qui a été concepteur de spectacles pyrotechniques, animateur à « Radio France Berry » et chroniqueur à « France-Musique » – est également conférencier, présentateur de concerts et animateur de croisières musicales.

La qualité et la pluralité de ces nobles activités lui ont valu d’être promu Chevalier des Arts et Lettres, en 2004.


« Franz, Frédéric et moi, de Bourges à Châteauroux… Itinéraire d’un Berrichon romantique… », tel est le titre original et prometteur de votre discours de réception, que nous allons avoir grand plaisir à écouter.


                                                                                              Isabelle Papieau

 
Dernière modification : 09/11/2010
 
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