Mozart: un génie musicien

 

MOZART

Un génie musicien

                   


Conférence par Jean-Claude André et Marie-Pascale Pallu.


( Les textes en caractères gras ont été interprétés par Jean-Claude André, ceux en caractères normaux par Marie-Pascale Pallu)



Les partitions sont ouvertes, posées sur les pupitres, les musiciens s'installent, s'accordent; silence ; le chef lève sa baguette, c'est la première mesure et chaque spectateur se dit: « et oui c'est Mozart ».


1-Musique: Petite musique de nuit : plage 8


Il est là parmi vous, il nous interpelle au travers de sa musique en riant et vous adresse ce doux message: « m'aimez-vous »? Pour le décrire, je prends plaisir à emprunter le leit-motiv de Bernanos à propos de l'enfant : «  tout est grâce ».


2-Musique: concerto piano n°21 : plage 2


Johann, Chrisostomos, Wolfgang, Gottlieb MOZART est le fils de Léopold MOZART qui occupa les fonctions successives de valet de chambre de Monsieur le Comte de Thurn, de Chanoine de la cathédrale de Strasbourg pour entrer au service du Cardinal archevêque en qualité de musicien de la cour et devenir, plus tard, Vice-maître de chapelle.

« Convenit Igitur ».Il convient donc ...de ne montrer ni grâce affectée, ni laisser-aller ostentatoire, ou ne doit apparaître ni histrion, ni tâcheron...Cette épigraphe latine qui va à Léopold Mozart comme un habit bien taillé figure sous un de ses portraits, en frontispice de l'école de violon.

Le 9 février 1756, dans un courrier adressé à son éditeur , Johann Jacob Lotter, après moult détails concernant les corrections à apporter aux épreuves d'un essai , il mentionne, en passant, qu'il lui est né ,le 27 janvier à 8 heures du soir, un petit garçon dont il décline et souligne d'un trait de plume les prénoms...Il signale aussi que l'on dût délivrer la mère Anna Maria du placenta, rien d'autre. Cet enfant est le septième , le dernier, l'enfant miraculeux. En ce temps là, les naissances, sont souvent cruelles. Au foyer des MOZART, cinq petits ont été très tôt portés en terre. Une fille a survécu: Maria, Anna Walburga, Ignatia, on l'appelait plus simplement et affectueusement Nanner l. Ah! lisons la note de Léopold Mozart tracée sur le cahier de musique de cette petite Nanner l chérie, soeur de Wolfgang:


« Le silence commencerait-il, ici avec ce cahier d'apprentissage ou votre père inscrit, au fil des années qui défilent et des enfants qui grandissent, les émerveillements dont vous n'êtes plus l'unique objet? Vous n'en dîtes rien, vous n'en direz jamais rien ou presque. »

Dans ce rien ou presque rien qu'y trouve t- on ?.Une ville étroite et bavarde entourée d'eau comme une île, une famille ou l'on vit en quatuor, pour et de la musique, le douillet et rude labeur, des amis, des messes et des promenades, un chien qui aime le tabac d'Espagne, un oiseau s'égosillant dans sa cage et surtout, surtout...LUI. Ce petit frère venu et tôt capturé par la musique, le Wolfgang aux doigts plein d'encre et de notes, penché sur le violon, le clavier et le papier tandis que votre excellent père guide d'une main ferme la main enfantine, si incroyablement musicale déjà que c'est à n'y pas croire. Sauf si l'on a de la religion. Le génie , cependant, ne tombe pas du ciel Nannerl, il a, je crois ses lieux et ses circonstances. Dans la vie que nous partageons dans une société , il survient parfois cet évènement :un être en un temps et un lieu se détache-pourquoi?-de la partition collective, et voilà qu'en cet être -pourquoi celui-là?-semblent se rassembler toutes les potentialités-les dispositions-si vous voulez-de cette société. Je ne saurais m'en expliquer davantage car mon ignorance en cette matière comme en beaucoup d'autres est grande. Peut-être et cette image me revient à l'instant, en va t-il des êtres d'exception comme de ces brindilles sur lesquelles,le sel, dans vos mines salsbourgeoises, dépose ses minuscules cristaux? La brindille , alors étincelle, miroite, unique...

Votre frère est l'une de ces cristallines brindilles. Notre héritage , notre bien,..Je vous rends, à présent chère Nannerl, respectueusement à ce silence d'où vient et retourne tout être vivant, et toute musique ».


Mystère de la création...la brindille est celle d'une maman aimante mais que l'on dit sans talent et de Léopold qui va découvrir et favoriser le génie de cet enfant qui dispose comme l'écrit André Tubeuf de « tout l'inné d'un enfant comme il en naît tous les dix siècles, et tout l'acquis de tous les autres ».


3-Musique: Ah! vous dirais-je maman, Fazil Say: plage 4


Léopold est artiste et pédagogue ,c'est « l'honnête homme » qui connait le latin et le grec, parle outre sa langue natale le français et l'italien, maîtrise les mathématiques, l'histoire, les sciences naturelles et , pour couronner le tout, chante, enseigne le violon et tient l'orgue de la cathédrale. Cet autodidacte hors pair va  façonner le creuset ou la musique éclôt et envahit chaque fibre du petit garçon surdoué. Comme il aimait son papa cet enfant:

« Tout de suite après Dieu vient Papa » et plus loin:

« Quand tu seras vieux je te mettrai à l'abri de l'air, dans un bocal, pour te garder toujours près de moi et continuer à te vénérer »

Et comme papa est fier de son fils:

« Notre grand et puissant Wolfgang semble savoir à l'âge de 7 ans tout ce qu'un homme acquiert à 40 ans ».


On a souvent accusé Léopold d'avoir exhibé son fils dans toutes les cours d'Europe , d'avoir profité de ce surdoué à des fins pécuniaires à seule fin de faire vivre la famille mais il a su conduire le génie à l'éclosion. Mozart enfermé mais libre cependant grâce à sa spontanéité, son espièglerie, à cet humour, à ce rire que Milos Forman a immortalisé dans son film Amadeus , ce rire qui le protège de toutes les agressions de la vie.

« Adieu cou-ousine.Je suis, j'étais, je serais, j'ai été, j'avais été, j'aurais été, oh! si j'étais, oh! que je sois, plût à Dieu que je fusse, je serais, je serai, si je pouvais être, oh! Que je fusse, j'eusse été, j'aurai été, oh! si j'avais été, oh! Que j'eusse été, plût à Dieu que j'eusse été, qui?-un nigaud- ».


4-Musique: sonate Alla Turca , PIRES, plage 8


Sur cet enfant prodige tout a été dit et écrit. A quatre ans il composait ses premières esquisses , à six on le produisait dans les salons. Il a appris en même temps les notes et les lettres tout en se produisant sous l'oeil exercé de Léopold dans tous les palais d'Europe.


Papa était en fait le premier imprésario d'une vedette inclassable et dont l'oeuvre est inscrite dans le temps. Fouette cocher ! c'est presque un rêve dans ce XVIII e siècle des lumières et de tous les dangers :Vienne et l'impératrice Marie-Thérèse à Schoenbrunn en 1762,mais aussi Munich, Mayence, Francfort, Coblence, Paris et Londres de 1763 à 1765, Lille, Gand, La Haye, Malines puis derechef Paris, Dijon, Lyon, Genève, Lausanne, Berne, Zurich. L'écrivain Grimm qui le rencontre au cours de sa tournée européenne ne tarit pas d'éloge:


« Wolfgang est un phénomène si extraordinaire qu'on a peine à croire ce qu'on voit de ses yeux et ce qu'on entend de ses oreilles. Il a un si grand usage du clavier qu'on le lui dérobe par une serviette qu'on étend dessus et il joue sur la serviette avec la même vitesse et la même précision ».


5-Musique: rondo en ré, Arrau, plage 7


A Versailles le 1er juin 1764 la Reine s'entretient en allemand avec Wolfgang et la Marquise de Pompadour ne veut pas l'embrasser...

« Qui donc êtes-vous pour refuser de m'embrasser ?l'Impératrice d'Autriche, elle, m'a embrassé »

Le nomade doit cependant trouver un poste fixe et, à 11 ans, il est nommé kontzermeister du Prince archevêque de Salsbourg qui l'attache à son service à raison d'un bail de 10 ans...


6-Musique : messe du Couronnement , Gloria, Pinnock ,Kyrie, plage n°1


En ce lieu il découvre l'univers de ceux que nous nommons les Princes et bien que Maître de musique il devient serviteur et doit contribuer comme d'autres à l'ornementation de la Cour. L'échine souple, ça Mozart, malgré les gros yeux de Léopold, ne sait pas faire. La réplique est souvent cinglante:

« je ne suis pas Comte, mais j'ai peut-être plus d'honneur au coeur que bien des Comtes ».

Il en a marre d'être celui qu'il nomme «  le tapoteur-né » et il quittera l'Archevêque Colloredo selon une procédure qui ne ressemble en rien aux licenciements dont nous avons l'habitude. Mozart:



« Que votre Grandeur sérénissime me permette donc de lui demander très respectueusement mon congé, car je suis obligé de profiter des mois de l'automne prochain, pour n'être pas exposé au mauvais temps pendant les mois froids qui vont bientôt venir. Je remercie très humblement votre Grandeur pour toutes les grâces que j'ai reçues d'Elle, et dans l'espoir très flatteur de pouvoir servir avec plus de succès qu'à présent, dans mon âge mûr. Le très humble et très obéissant :W.A MOZART.


Colloredo répond:

Ex decret Celcissimi , 28 août 1777

Pour la Chambre des Comptes, avec ceci:

« Que le père et le fils aient, selon l'Evangile, la permission d'aller chercher fortune ailleurs ».

Le père sera repêché, le fils s'élance à 21 ans à la conquête du monde.


7-Musique: concerto pour piano n° 26 du Couronnement , PIRES, 3e mouvement plage 6

Il file ailleurs qu'à Salsbourg :dans sa famille et dans les cours plus lointaines, par Munich et Augsbourg, puis il se rend à Mannheim tout en composant inlassablement des symphonies, des musiques d'église et en égrenant le long de cette nouvelle route ses premiers opéras. Pour se détendre...il écrit à sa cousine:


« Vous allez peut-être penser que je suis mort?...que je suis crevé?...Oui crevé...Eh! Bien non ! n'en croyez rien, je vous prie. Comment pourrais-je écrire si joliment si j'étais défunt?-Comment cela serait-il possible?-Je ne veux pas chercher d'excuse pour mon long silence; vous n'en croiriez pas un mot; et pourtant ce qui est vrai reste vrai ! J'ai eu tant à faire que j'avais bien du temps pour penser à ma cousine, mais je n'en avais pas pour lui écrire. Si donc vous vouliez me répondre de la ville d'Augsbourg-écrivez moi bien vite-afin que je reçoive la lettre; sinon si je suis déjà parti, au lieu de lettre , je n'aurai que la crotte. Ah! crotte mot délicieux! crotte trotte! ça aussi c'est beau-crotte, trotte!-crotte, frotte -oh ! charmant! crotte, frotte! Voilà ce que j'aime!-Crotte, trotte et frotte, crotte trotte et frotte crotte. Passons à un autre sujet... »


8-Musique: concerto pour violon n° 5 , Mutter, disc 1, plage 7


Le temps passe ; il retrouve Paris en juillet 1778 , il est accompagné de sa mère Anna-Maria qui, malade, va rapidement s'éteindre dans les bras de son fils. La page est tournée et il l'écrit brusquement à son père:


« J'espère que vous avez bien reçu mes deux dernières lettres-.Nous n'allons plus nous entretenir maintenant de leur objet principal. C'est maintenant passé et quand bien même nous écririons des pages entières sur ce sujet nous n'y pourrions rien changer »


Paris ne lui apporte que des déceptions ; de plus son père le somme de rentrer à Salsbourg et de ne plus penser à cette jeune cantatrice de 15 ans remarquée au sein de la famille Weber au sein de laquelle il avait été hébergé après son licenciement. Mozart fait le dos rond, mais il ne pliera pas cette fois-ci au service du Prince-archevêque Colloredo, se réfugiant, à nouveau, près de ces Weber qui compte tant de filles à marier...C'est là que Mozart va être frappé par l'amour. Constance aura plus de chance qu'Aloysia. Laissons lui le soin de la décrire:


« Elle n'est pas laide, mais elle n'est pas belle non plus, toute sa beauté consiste en deux petits yeux noirs et une belle tournure. Elle n'a pas de vivacité d'esprit , mais assez de bon sens pour pouvoir remplir ses devoirs de femme et de mère. Elle n'est pas portée à la dépense, ceci est foncièrement faux; au contraire, elle est habituée à être mal vêtue-car le peu que la mère a pu faire pour ses enfants , elle l'a fait pour les deux autres, jamais pour celle-ci. Il est vrai qu'elle aimerait à être proprement et gentillement habillée, mais non avec éléganceet la plupart des choses dont une femme a besoin, c'est elle-même qui peut se les faire. Elle se coiffe elle-même chaque jour, elle s'y entend en tenue de ménage, elle a le meilleur coeur du monde, je l'aime et elle m'aime du fond du cœur. Dites- moi si je pourrais me souhaiter une meilleure femme? »


C'est le 4 août, en catimini, à la barbe de Léopold, que le jeune Mozart épouse Constance et c'est le 5 que le père berné donnera son consentement...Wolgang ne sera pas d'une fidélité à toute épreuve lors ses déplacements mais l'impertinent savait écrire milles choses délicieuses à sa chère et tendre. Ah! S'il avait eu les SMS...


« Constance ma Chérie,

Prépare moi bien proprement ton joli nid chéri, car mon petit bonhomme le mérite, il s'est fort bien conduit, il ne souhaite rien tant que posséder ce que tu as de plus beau. Imagine toi ce voyou qui, pendant que je t'écris, se glisse lentement sur la table, se montre et m'interroge. Mais, moi je ne suis pas paresseux, je lui donne un petit coup sur le nez, mais le garçon...Et maintenant le polisson brûle encore plus et ne se laisse presque pas maîtriser. »


9-Musique: Exsultate jubilate, Alléluia, Liturgical chants,plage 11


Futilité direz-vous mais création assurément...en même temps qu'il pense aux coquineries il termine l'Enlèvement au Sérail, opéra écrit en allemand, où l'on découvre un despote éclairé et clément qui permettra l'évasion d'un couple qui s'aime et nous administre une grande leçon de tolérance dans un pays dévoré-déjà-par le fanatisme religieux. L'héroïne dénommée Blonde , dit à Osmin le noir geôlier :


« Un coeur né pour la liberté ne se laisse jamais traiter en esclave; et quand bien même il a perdu la liberté , il en conserve l'orgueil et se rit de l'univers ».


10-Musique :ouverture de l'Enlèvement au Sérail volume 9 opéras, part1,plage1


On entre dans l'époque ou il va livrer un opéra par an. Il est heureux, dans la cour des grands et Joseph Haydn son maître glisse dans l'oreille de Léopold:

« Je vous le dis devant Dieu, en honnête homme, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse ».


Mais jugeons de son emploi du temps:


« A six heures, je suis toujours coiffé. A 7 heures complètement habillé. Ensuite j'écris jusqu'à neuf heures. De neuf heures à 1 heure, je donne mes leçons. Puis je mange lorsque je ne suis pas invité, et dans ce cas on déjeune à 3 ou 4  heure. Je ne peux travailler avant 5 ou 6 heure et souvent , j'en suis empêché par une académie, sinon j'écris jusqu'à 9 heure. Du fait des académies et de l'éventualité d'être appelé ici ou là, je ne suis jamais sûr de composer le soir, mais aussi ai-je pris l'habitude (surtout lorsque je ne rentre pas tôt) d'écrire quelque chose avant d'aller me coucher. Je le fais souvent jusqu'à 1 heure pour me lever à nouveau à six heure ».


Il suffit d'avoir du génie...et dans son âge d'homme il essaie de se débarrasser de cette image d'enfant surdoué qui l'a privé de son enfance. Il entend désormais écrire dans une sérénité totale, aspirant à la lumière, au mieux-être, à la connaissance du monde et de soi. Il dédie six quatuors à son ami devenu son père en musique Joseph Haydn:


« C'est de la même manière, homme célèbre et ami très cher, que je te remets mes six fils. Ils sont, il est vrai, le fruit de longs et laborieux efforts, mais l'espérance que m'ont donnée de nombreux amis de les voir en partie récompensés m'encourage, et je me flatte à la pensée qu'ils me seront un jour de quelque consolation. De tout cœur, ami très cher, ton ami le plus sincère :W. A MOZART. »


11-Musique: quatuor les dissonances, string quartets, Minuetto  plage 7.


Mais qui est donc ce Mozart jeune homme qui propose cette devinette lors d'un bal masqué ?: « Nous existons pour le plaisir de l'homme. Que pouvons-nous faire si certains évènements surviennent qui aboutissent au contraire? Si l'homme doit se passer d'un seul d'entre nous, il est imparfait ».


C'est peut-être un musicien-philosophe?:


« Je ne sais pas écrire en poète; je ne suis pas écrivain. Je ne sais pas répartir les expressions assez artistement pour qu'elles donnent ombre et lumière, je ne suis pas peintre. Je ne puis pas même exprimer par signes et pantomime mes sentiments des choses et mes idées. Je ne suis pas danseur, mais je sais faire des sons, je suis musicien. Voilà mon cher papa , je vous prie bien humblement de bien vouloir m'aimer encore un peu et de vous contenter entre-temps de ce piètre souhait, jusqu'à ce que, dans la petite armoire étroite de mon entendement, de nouveaux tiroirs soient construits où je puisse mettre la raison dont j'ai encore l'intention qu'elle vienne. »


Musicien certes, il l'est mais pas musicien de rupture. Il souhaite plaire au plus grand nombre en faisant toujours mieux et la magie de sa musique fait que sa phrase a toujours cette saveur particulière qui unit les hommes dans le beau.:


« Il y a des passages ici et là qui pourraient satisfaire le connaisseur mais ces passages sont écrits de façon à ce que l'auditeur ordinaire y prenne plaisir sans qu'on sache pourquoi. »


Même l'Empereur s'y laisse prendre et crie « Bravo Mozart » et le théologien protestant Barth:


« Je ne suis pas sûr que les anges, lorsqu'ils sont en train de glorifier Dieu , joue de la musique de Bach; je suis certain en revanche, que lorsqu'ils sont entre eux, ils jouent du Mozart et que Dieu aime alors tout particulièrement les entendre ».


12-Musique: Symphonie Jupiter, Muti, plage n°3


C'est dans ce temps de gloire qu'il est initié franc-maçon à la loge de la Bienfaisance. Laïcs et religieux se côtoyaient dans les ateliers et cette ambiance philosophique plut à Mozart qui aimait partager la fraternité entre les hommes, célébrer le culte de l'amitié, afficher la générosité au premier rang de ses exigences .L'appartenance de Mozart à la franc-maçonnerie n'était pas en contradiction avec sa foi et sa pratique religieuse. Son père, lui-même franc-maçon ,enseignait la bible en loge et travaillait en permanence les textes de l'Evangile selon Saint-Jean.


13-Musique: concerto pour flute et harpe, Neville Marriner, andantino,plage:2


A la même époque, en 1786, il pressent que des bouleversements vont s'opérer dans ce XVIIIe siècle tout bruissant  des idées des Philosophes et la lecture du Mariage de Figaro de Beaumarchais lui fait pressentir un bouleversement politique. Son opéra composé sur le livret de son ami Da Ponte sera créé le 1er mai 1786, il le titre « la folle journée »,Elle n'en finira plus de courir partout de par le monde et personne ne l'arrêtera jamais , entre maîtres et valets la distance vole en éclats comme entre la scène et les spectateurs et, ainsi que le notera le jeune général Bonaparte, : « le Mariage de Figaro , c'est déjà la révolution en action ».


14-Musique: ouverture des Noces de Figaro, CD32,part 1, Plage 1


Mais après des échecs, Mozart éprouve une grande lassitude. Il pense à la mort: « je suis habitué à  cette véritable amie de l'homme ».


Sait-il qu'il ne vivra pas longtemps? Rejeté par Vienne, il gagne Prague. C'est le moment que choisit Léopold, père et frère de Wolfgang pour quitter ce monde au printemps 1767, Mozart n'est pas auprès de lui, la froideur est apparente:

« Donc si vous mourez, mon cher papa, c'est moi et non pas vous qu'il faudra plaindre. Amen ».


Hanté par Don Juan qui naît dans sa tête au cours des nuits chaudes de l'été viennois et dans les vapeurs du vin de Tokay, il est enivré de musique et de chants:


« Mon cerveau s'enflamme, surtout si on ne me dérange pas ;ça pousse, je le développe de plus en plus, toujours plus clairement. L'oeuvre est alors achevée dans mon crâne, ou vraiment tout comme, même si c'est un long morceau, et je peux embrasser le tout d'un seul coup d'œil ,comme un tableau ou une statue. Dans mon imagination, je n'entends pas l'oeuvre dans son écoulement, comme ça doit se succéder, mais je tiens le tout d'un bloc pour ainsi dire; c'est un régal ».


Vingt quatre heures avant la représentation de Don Giovanni, l'ouverture n'était pas écrite. Mozart se réveilla en sursaut à 5 heures ce matin d'octobre 1787; à 7 heures ,le copiste recueillait l'ouverture immortelle, sans une rature.


15-Musique:ouverture de Don Giovanni,CD35,part 1, plage 1


Sombre Don Juan qui disparaît dans les flammes de l'enfer, émotion avec le départ du père, Mozart a besoin d'apaisement .Seul l'enchantement joyeux de la FlûteEnchantée en 1791 apportera une note lumineuse. Dans cet opéra il y met le meilleur de lui-même en nous exprimant son amour de la vérité.Cette musique est tension de forces contraires du bien et du mal qui agitera l'être humain jusqu'à la fin des temps.Perfection, sagesse, c'est l'absolu, l'utopie qui fait avancer le monde. Mais Mozart n'ignore pas l'homme, ce que nous sommes réellement et qu'il a défini dans le personnage de Papageno, celui qui nous ressemble, « ni ange, ni bête » aurait écrit Pascal. C’est le dernier cri de vérité de Mozart.
Sa dernière phrase consciente prononcée répète les mots de Papageno:


« C'est moi l'oiseleur, cet homme de la nature qui donnerait toutes les conquêtes de la sagesse pour un verre de vin ou les caresses d'une Papagena créée à sa ressemblance ».


16-Musique : La Flûte Enchantée,Pa-pa-paPapagena,Karajan, plage N°15


En ces premiers jours de décembre 1791, Mozart a déjà, selon ses propres paroles « le goût de la mort sur la langue ».La présence d'un prêtre, pour lui que l'on dit catholique, ne lui semble aucunement nécessaire, car dans certains cas, les consolations suprêmes peuvent être des intrusions...La seule, l'unique préoccupation de Mozart est son Requiem. Sur ce Requiem inachevé se concentrent ses pensées fiévreuses et ses soucis. Une nuit, son manuscrit lui fut apporté, une répétition s'installe autour de son lit de mort. Aux premières mesures du lacrymosa, Mozart se met à pleurer si fort qu'il dût s'interrompre.Ici s'arrêta le Requiem.
Le lendemain 5 décembre 1791, il meurt.

Il eut droit, lui le Divin, à un enterrement de 3e classe. Quelques amis l'accompagnèrent jusqu'à sa dernière demeure, mais le cortège recula devant le mauvais temps, il s'égrena, puis il ne resta plus personne. Constance, son épouse, était absente. Deux porteurs le mirent en terre, on ne retrouva jamais son lieu de sépulture.


17-Musique: concerto pour clarinette, 2e mouvement, andante Acédémie St Martin in the Fields, plage 2


Eloge funèbre:


« Il a plu au Grand architecte de l'Univers d'arracher à notre chaîne fraternelle un maillon qui nous était le plus cher et le plus précieux. Qui ne le connaissait pas? Qui n'aimait pas notre si remarquable frère Mozart?

Il y a peu de semaines, il se trouvait encore parmi nous, glorifiant par sa musique enchanteresse l'inauguration de ce Temple.

Qui de nous aurait imaginé qu'il nous serait si vite arraché? Qui pouvait savoir qu'après trois semaines nous pleurerions sa mort? C'est le triste destin  imposé à l'Homme de quitter la vie en laissant son œuvre inachevée aussi excellente soit-elle. Même les rois meurent en laissant à leur postérité leurs desseins accomplis.

Les artistes meurent après avoir consacré leur vie à améliorer leur art pour atteindre la perfection. L'admiration de tous les accompagne jusqu'au tombeau.

Pourtant si les peuples pleurent, leurs admirateurs ne tardent pas, bien souvent, à les oublier. Leurs admirateurs peut-être, mais pas nous leurs frères ! La mort de Mozart est pour l'Art une perte irréparable.ses dons reconnus depuis l'enfance avaient fait de lui l'une des merveilles de son époque. L'Europe le connaissait et l'admirait.

Les Princes l'aimaient et nous nous pouvions l'appeler: « Mon frère ».

Mais s'il est évident d'honorer son génie il ne faut pas oublier la noblesse de son cœur .

Son amour fraternel, sa nature entière et dévouée, sa charité, la joie qu'il montrait quand il faisait bénéficier l'un de ses frères de sa bonté et de son talent, telles étaient les immenses qualités que nous louons en ce jour de deuil.

Il était à la fois un époux, un père, l'ami de ses amis et le frère de nos frères ».


Merci Wofgang.


18-Musique:Requiem,lacrymosa,Herreweghe, plage 8 en entier.

 
Dernière modification : 20/01/2011
 
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